‹ La fiancée. L'officier de FortuneChapitre 74 sur 96 · L'ORPHELINE · texte numérisé non relu

L'ORPHELINE

I.e vent d'hiver a flétri le feuillnge; L'astre du jour, de ses pâles rayons, A lentement pénétré le nuage Qî'.i nous voilait la cime de nos monts.

La châtelaine au pied du chêne antique Voit l'orpheline, elle gémit tout bas; Ses pieds sont nus, son air mélancolique. Et ses cheveux hérissés de frimas.

— Hélas ! dit-elle, ô bonne châtelaine ! Au nom du ciel , au nom de vos enfants, Daignez venir au secours de ma peine, Moi qui jamais n'ai connu mes parents !

— Ma pauvre enfant, je plains votre misère, Répond la dame, et gémis avec vous;

Mais plus à plaindre est encore la mère Qui pleure, hélas ! sa fille et son époux.

Voici douze ans que, pour fuir l;i venL;ca:îca D'un chef cruel que le ciel a maudit, J'errais au loin ; et, ma seule esiiérance. Dans un torrent ma fdle s'englculit.

— Voici dcuze ans, dit la pauvre petite* C'était le jour que les chrétiens /.éîés Ont appelé jour de sainte BrigiUe :

Quatre pêcheurs tendirent leurs lilcts.

La sainte fit que des flots ils sauvèrent Un puuvre enfant qui s'en allait mourir; Ces bonnes ger.s sous leur toit l'elevèrn;! . C'est moi , daignez à mes maux coni;)iUi!

La châtelaine un seul instant hésiie.

Et puis soudain l'embrasse avec transporf •:

— Je le bénis, bunn(; sainte Brigitte, ïoi qui sauvas ma lille dtï la mort.

î.a châtelaine a retrouvé sa fille; ILicbes atours rcmplacenl les haillons :

Dans ses cheveux c'est la perle q^ii brille, Ces beaux cheveux hérissés de plaçons '.

Tandis qu'Annette chantait avec une grâce infinie , lord ISIenteith remarqua non sans quelque surprise que celte ballade paraissait faire sur l'esprit de sir Duncan une impression beaucoup plus vive qu'elle n'aurait dû en produire sur un homme de son âge et de son caractère : il savait fort bien que les Highlanders de cette époque écoutaient une ballade ou une romance avec beaucoup plus de sensibilité que leurs \oisins les Lowlands ; mais cette raison même ne lui semblait pas suffisante pour expliquer l'embarras avec lequel le vieillard évitait alors de tourner les yeux vers la musicienne , comme s'il eût craint de les laisser reposer sur un objet aussi intéressant. Encore moins devait-on s'attendre qu'une circonstance aussi simple eût causé une altération si visible dans des traits où se peignaient ordinairement la fierté la plus austère et une rigide inflexibilité : il baissa peu à peu ses longues paupières grises jusqu'à ce qu'elles couvrissent presque entièrement ses yeux, dont on voyait s'échapper furtivement une larme, et resta en silence dans la même position une minute ou deux après que le dernier accord de la harpe se fut fait entendre. Alors il leva la tête et regarda Annette Lyle comme s'il eût voulu lui parler j puis, changeant tout à coup d'idée , il allait adresser la parole à Allan , lorsque la porte s'ouvrit et le seigneur du château parut.

i. Malgré l'élégance de la traduciion ci-dessus, les araiiteuis de l'antique lillératnre celtique [leuvent être curieux de connaiire la version littérale de l'original. Nous la joignons ici, en prévenant le lecteur que ledit original est déposé chez M. Jedediah Cleishbolliam.

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