I. En icnips de guerre, et plus encoie dans l'aclion même
— Un genou en terre ! répéta le major; c'est un ordre auquel je n'ai pas encore appris à obéir, à moins qu'il n'émane de la chaire. Dans la discipline suédoise , le premier rang met un genou en terre , mais seulement lorsque le régiment est rangé sur deux lignes de profondeur.
— Quoi qu'il en soit , reprit Montrose , pliez le genou au nom du roi Charles et de son représentant.
Lorsque Dalgetty eut enfin obéi, quoique avec beaucoup de répugnance, Montrose le frappa légèrement du plat de son épée, en disant : — En récompense de tes nobles et signalés services dans cette journée , et au nom et sous l'autorité du roi Charles , notre souverain , je te fais chevalier; sois brave, loyal et heureux. Et maintenant, sir Dugald Dalgetty, à votre poste ! Rassemblez vos cavaliers, et poursuivez ceux des ennemis qui fuient du côté du lac. Ayez soin que votre petite troupe reste toujours réunie, et ne vous laissez pas entraîner trop loin à leur poursuite. L'essentiel est de les empêcher de se rallier. Montez donc à cheval , sir Dugal , et faites votre devoir.
— Que je monte à cheval ! reprit le nouveau chevalier en soupirant; hélas ! le pauvre Gustave est mort au lit d'honneur , ainsi que le héros dont il porte le nom ! et je suis fait chevalier-ritter ' : précisément aa moment où je n'ai plus de cheval.
— Il n'en sera pas ainsi , dit Montrose ; je vous fais présent du mien^ dont je crois que vous ne serez pas mécontent. Allons, sir Dugald, hâtez-vous maintenant de rassembler votre corps, et de poursuivre les fuyards.
Après avoir remercié vivement le comte, sir Dugald monta sur le superbe coursier qui venait de lui être si généreusement donné; et priant Son Excellence de se rappeler que Mac-Eagh était sous sa sauvegarde , il alla aussitôt exécuter les ordres du comte avec beaucoup de zèle et d'empressement.
— Et vous , Allan Mac-Aulay , dit Montrose en s'adressant au Highlander, qui , appuyant la pointe de son sabre contre terre, avait regardé la cérémonie de l'installation du nouveau chevalier avec un sourire de dédain et de mépris; vous , supérieur à ces hommes ordinaires qui ne sont guidés que par de vils motifs de pillage , de paie et de distinctions personnelles; vous que vos profondes connaissances rendent si précieux dans les délibérations importantes , est-ce vous que je trouve en dispute avec un homme tel que Dalgetty? Est-ce vous qui mettez l'épée à la main pour obtenir le privilège d'ôter un reste de vie
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à un ennemi aussi méprisable que celui qui est étendu à vos pieds? Allons , allons, mon ami , oubliez de vaines animosités, et écoutez-moi. Cette victoire, si nous savons en profiter, doit attirer Seaforth dans notre parti. Ce n'est point par déloyauté, c'est parce qu'il désespérait de la cause royale , qu'il s'est laissé entraîner à prendre les armes contre nous. Le moment est favorable, et je ne doute pas qu'il ne soit facile de le décider à joindre ses troupes aux nôtros. Dans cette espérance je lui envoie , de ce champ de bataille même , mon brave ami le colonel Hay ; mais il faut qu'il soit accompagné d'un chef desHighlands dont le rang soit égal à celui de Seaforth , et qui ait les talents et l'adresse nécessaires pour conduire avec succès une négociation aussi délicate. J'ai jeté les yeux sur vous : non-seulement vous êtes sous tous les rapports l'homme le plus en état de remplir cette mission importante, mais, n'ayant point de commandement immédiat, votre préseuce n'est pas aussi indispensable que celle d'un chef dont les vassaux sont dans l'armée. Vous connaissez tous les sentiers, tous les défilés des montagnes, ainsi que les mœurs et les usages de chaque tribu. Allez donc rejoindre le colonel ; il a ses instructions, et il vous attend. Soyez tout à la fois son guide , son interprète et son collègue.
Allan Mac- Aulay jeta sur le grand marquis un regard sombre et pénétrant , comme pour découvrir s'il n'avait point quelque raison secrète et qu'il ne lui expliquait point , pour lui confier cette mission soudaine. Mais Montrose , habile à pénétrer les motifs des autres, ne l'était pas moins à cacher les siens. Il regardait comme de la dernière importance, dans ce moment d'effervescence et d'inattention, d'éloigner Allan de son camp pour quelques jours, afin de pouvoir dans l'intervalle prendre des mesures convenables pour la sûreté de ceux qui, se confiant en son honneur , avaient consenti à lui servir de guides. Quant à sa querelle avec Dalgetty , il ne doutait point qu'il ne fût facile de les réconcilier.
Allan Mac-Aulay, en partant, recommanda le pauvre sir Duncan aux soins de Montrose, et celui-ci fit transporter aussitôt le vieux chevalier en lieu de sûreté. Il prit la même précaution à l'égard de Mac-Eagh , qu'il remit entre les mains de quelques Irlandais , en leur recommandant d'avoir pour lui tous les soins qu'exigeait sa situation, et de ne permettre sous aucun prétexte à aucun montagnard de l'approcher.
Le marquis monta alors sur un cheval de main que tenait un de ses domestiques, et parcourut le théâtre de sa victoire, qui était plus décisive qu'il n'avait osé s'en flatter. Des trois mille hommes qui composaient l'armée d'Argyle, plus de la moitié étaient morts sur le champ
de bataille ou dans la déroute ; les autres avaient été repoussés principalement sur cette partie de la plaine où la rivière forme un angle avec le lac , de sorte qu'il n'y avait aucun passage par où ils pussent ï."échapper. Un grand nombre d'entre eux se jetèrent dans le lac et s'y iioyèrcïît: d'autres, plus heureux, traversèrent la rivière à m nage, ou parvinrent à se sauver dans une autre direction. Le reste des troupes se jeta dans le vieux château d'Inverary j mais dénuées de provisions, et sans espoir de secours , elles furent obligées de se rendre , à condition qu'on leur permettrait de retourner tranquillement dans leurs montagnes : armes, bagages, munitions, étendards, tout devint la proie des vainqueurs.
Ce fut le plus grand désastre qu'éprouva jamais la race de Diarmid, nom qu'on donnait aux Campbells dans les montagnes d'Ecosse. Au nombre des morts étaient près de cinq cents gentilshommes descendants de familles connues et honorées j mais , aux yeux de la plupart des membres du clan , celte perte , toute terrible qu'elle fût , n'était rien auprès de la conduite honteuse de leur chef, dont la chaloupe leva l'ancre dès que la bataille fut perdue, et descendit le lac avec toute la vitesse que les voiles et les rames pouvaient lui donner.