‹ La fierté [microforme]Chapitre 8 sur 11 · M. ÉDOUARD MONTPETIT · texte numérisé non relu

M. ÉDOUARD MONTPETIT

En quelques pl.ases rapides, le distingué président d'honneur de la réunion félicite ses collègues et fait tout de suite allusion aux événements de l'heure. ‘Nous

avons élé abreuvés, dit-il, On a dirigé sur nous les répétitions d'une mitrailleuse chargée jusqu'à la gu.ule de mots rugueux'"". Il indique l'un des moyens de défense, celui auquel voudrait, de tout son cœur, collaborer l'Action française: “Un office de renseignements, de défense froide et de publicité, logé au centre même de notre Province, aurceit tôt fait de nous garder contre le ressac de ces calomnies qu'il ne faut ni mépriser totalement n: redouter à l'excès’. Puis, il continue par ces observations précises, que souligne de ses approbations l'auditoire: “Nous avons acquis, au Prix de notre confiance, la vérité brutale. C'est un résultat. L'ère des calculs ess close; et, seule, la réalité compte et sonne... Le don le plus précieux que nous ait apporté celle lutte démasquée c'est l'union. Des années d'exhortations n'eussent Pas acrordé nos volontés; et voilà que les faits NOUS ont rapprochés et confondus. Nous serrons les coudes el les rangs. Nous avons Jail un lien très sûr de ce qu'ily a d'unanime en nous: notre foi, nos tradil'ons, notre langue, notre race, notre pays même aux dessins robustes. N'allons Pas perdre, pour une satisfaction mesquine, pour un intérêt d'un jour, ce bien inappréciable et fragile. Nous devrons apprendre la discipline de l'esprit sans abandonner d'être un peuple libre. Cela ne sera pas facile à notre tempérament. Notre suprême victoire sera remportée sur nousmêmes. Pour nous Y Préparer, travaillons ensemble sur un plan nouveau, soucieux avant tout de l'avenir, c fiants dans notre propre force, épris de notre dignité, fondant sur la vigilance et le droit la seule véritable harmonie. Une doctrine nous sera nécessaire, une doctrine de minorilé, et je ne crois pas qu’elle doive être uniquement politique. Non pas, on l'entend assez, que l'action politique soit vaine et négligeable: elle est beaucoup mieux que cela, si elle demeure l’aboutissant de nos efforts, le moyen dernier de faire triompher nos aspirations légitimes et justes. Maïs elle ne sera vraiment possible et efficace que si nous nous y livrons après avoir abondamment nourri nos énergies. Cela ne sera que si nous acquérons de la méthode, dès l'école d'où tous les chemins partent vers la vie... La nation se formecomme l'individu, sur un programme éprouvé, sur des idées gén

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mises au service de la collectivité, Prévoir 1'est pas qu'un mot cité depuis des siècles comme une règle excellente de gouvernement; mais le résumé de toutes les entreprises fécondes fondées sur le travail médité et sur la science. Certes nos paysans du XVIIe siècle avaient cette fierté dont vous a parlé le Père Lalande; et le baron La Hontan, qui avait des lettres et des voyages, les comparait volontiers à des Castillans; mais ils avaient l’ardeur obstinée des terriens, et ils subissaient la grande loi du sol. Comprenons bien ce que nous voudrions être. Nous avons accepté de demeurer français; et nous Le sommes plus encore que nous le croyons et beaucoup plus qu'on ne se plaît à le nier. Voilà notre titre de noblesse, auquel nous avons tout sacrifié. Reconnaissons que c'est porter un grand nom et une lourde responsabilité. Dirigeons, avec lucidité, nos activités vers tous les domaines, littérature, art, science, industrie, commerce, pour former, d’abord et surtout, des compétences; sachant bien que le succès des nôtres sera, en définitive, celui du Canada tout entier, et la seule revanche digne de nous.”

“C’est poser la question économique, prarsuit M. Montpetit. Jamais, peut-être, elle ne fut plus d'actualité Et, développant ce thème, il précise: “ÆRien ne vaut l'action positive, constructive, sûre des lendemains. Nous avons le nombre, le sol et le temps: de ces trois choses est sortie toule la production; que n’en pouvons-nous pas espérer Pour nous-mêmes? Ici, comme ailleurs, cependant, l'organisation s'impose. La première démarche consistera à dénombrer nos ressources qui sont ‘‘insoupçonnées"”, ce qui voulait dire autrefois qu'elles étaient inconnues, ce qui voudra dire désormais qu’elles sont inépuisables. De là, Peuvent sortir les capitaux qui nous manquent; et, pour le resle, nous avons des bras et du coeur à l'ouvrage, fondant notre espoir non seulement sur l'appui de l'État, mais sur l'initiative des groupements et des individus. Puissions-nous dans cinquante ans, alors que nous serons sir millions, donner le spectacle d’un peuple grandi au sein de l’adversité, resté fidèle à ses origines, fidèle à l'intelligence, mais devenu suffisamment fort pour que ceux qui n'apprécient que la fortune acquise soient obligés de compter avec lui.’

M. Montpetit termine sur cet émouvant hommage à notre paysan : “J'ai surpris naguère le sourire gouailleur d'une figure hautaine à l'aspect de nos campagnes Paisibles. Avec une morgue de nouveau riche, elle murmurait ce dédain: ‘Ces gens en sont encore à cent ans en arrière; ils n'ont pas avancé d'un Pas: ils sont morts ! Morts à quoi? Car il faut s'entendre une bonne fois. Ces petites fens sont routiniers; maïs ils ont conservé leur rêve dans les bornes mêmes de sa beauté. Ils sont d’une délicieuse survivance. Approchez-vous d'eux; questionnez-les; regardezles. Ce sont des Français; des paysans français. Rudesse, solidité, entétement; tout cela mêlé à une noblesse de coeur, à une délicatesse de sentiment que le passé leur a transmis, car ils sont d’un lignage très Dur. Ils sont, aussi eux, une civilisation; et la philosophie n'a pas encore tranché entre la leur et celle qui menace de faire de nous tous des mécaniques intensives. Iis sont une barrière à l’envahissement de l’américanisme le moins enviable, celui qui n'a pas d'idées, l’américanisme hôbleur. Ils sont d'une famille et perpéluent en eux ce que les musées des plus riches veulent reconslituer dans des ensembles morts. Ils gardent le flimbeau. Ce que d’autres recherchent dans le temps pour er parer leurs maisons d'hier, ils le Derpétuent en eux, comme une toile rare et ancienne, un vieux meuble, la page résistante d'un livre que personne encore n’a referm”. Ils peuvent et doivent apprendre, et tous le leur conseillent; mais qu'ils restent ce qu’ils sont. Ils possèdent quelque chose que d'autres ont perdu: la race; quelque chose que toules les fortunes ne ressuscileront jamaïs: la vie. Et je ne sais pas s1 c’est un tel paradoxe que de prétendre, au point de vue social, qu'un paysan du Saint-Laurent vaille un milliardaire de New-York”.

M. et Mme Joseph Saucier, M. Albert Chamberland avaient bien voulu nous prêter leur gracieux concours. Le public leur a déjà dit son admiration; nous les prions de trouver ici l'expression de notre profonde gratitude.

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