‹ La fièvre d'orChapitre 1 sur 7 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

LÀ BBNGONTll

Le 5 juillet ISA..., vers six heures du sOir, une troupe de cavaliers bien montés sortit au galop de Gaadalajara, capitale de l'État de JaliscOt et appuyant sur la droite, s'engagea dans la route qui traverse lepueblo (village) de Zapopam, célèbre par sa Vierge miraculeuse, et conduit, en franchissant les cimes escarpées des Gordillières, àla charmante petite ville de Tépic, refuge ordinaire des Européens et des riches Mexicains que leurs affaires obligent à se rendre à San-Blas, mais pour lesquels l'insalubrité de l'air qu'on respire dans ce port, arsenal maritime de l'Union mexicaine, sersdt mortel.

Nous avons dit que six heures sonnaient au moment où la cavalcade franchissait la barrière de Guadalajara; l'officier de garde, après avoir respectueusement salué les voyageurs, les suivit longtemps du regard, puis il rentra dans le poste en hochant la tête et en murmurant à demi-voix :

— Dieu me garde ! à quoi songe donc le senor oo-

^r LA FIÈVRK d'or. ••

^onel Guerrero? Se mettre en route un vendredi et partir à cette heure ! Groit-il, par hasard, que les mlteadores (voleurs de grande route) le laisseront passer ? Hum I il verra ce qu'ils feront & la baranca del mal posa (gorge ou carrefour du mauvais pas).

Cependant les voyageurs, probablement inaccessibles aux crsdntes superstitieuses qui dominaient le digne officier, s'^oignaient rapidement dans la longue allée de sauleis qui s'étenid déjà ville à Zapopam, sans paraître se soucier ni de l'heure avancée ni du vendredi, jour oéfaste s*il en' fut jamais.

Ils étaient au nombie de six, le coloi^el don Sébastian Guerrero, sa fille, et quatre peanes ou criados indiens.

Le colonel don Sébastian Guerrero était un homme de haute taille, aux traits durs et accentués, au teint bronzé et à la physion(Rnie hautaine ; les quelques fils argentés mêlés à sa noire chevelure montraient qu'U devait avoir passé le milieu de la vie^ bien que ses membres robustes, slt taille droite et r.éclat de son regard dénotassent que les années n'avaient pas encore eu de prise sur cette organisation énergique.

Il portait le costume d'officier supérieur mexicain avec cette aisance et ce laisser-aller particulier aux vieux soldats ; mais en sus du sabre pendu à son côté, ses arçons étaient garnis de pistolets, et une carabine placée en travers de sa selle moHtraît que, ^}.e cas échéant, il ferait bravement tète à ceux qui ] dsers^ient tenter de le mettre à rançon.

9a fille, dona Angela, se tenait à sa droite. En Europe, où la croissance des* femmes n'est pas, tant s'éufwi) aussi précoce qu'en Apiérîque, elle u'au--

rait été qn'mie enfant, puisqu'elle comptait à petoe treize ans.

Autant qu'il étfiit pomble d'an juger, «t taille était petite niais mignonne» gracieuse et paifulenient proportionnée ; ses traits étaient fins^mprdnti d'un grand cachet de distinction ; sa bouche rieuse, ses yeui noirs, vifs et pétillans d'esprit ; aeschevevix bruns tombaient en deoi énormes tresses jua« que sur son cheval» Du reste, elle était coquette* ment emmitouflée dans t^n reboso et riait comme une petite folle à chaque secousse de sa monture, qu'elle excitait malicieusement, malgré les remon** trances réitérées de son père.

Les domestiques étaient de vigoureux Indiens bien découplés, aux traits hardis, armés jusqu'aux dents, et qui paraissaient capables de bien secon^ der leur maître eo cas de besoin.

Us marchaient jk une dizaine de. pas en arrière du colonel et conduisaient au milieu d'eux deux multa chargées de vivres et de bagages, précaution india* pensable au Mexique, si ceux qui voyagent ne vau» lent pas se voir exposas h mourir de faim en route.

Le Mexique réunit tous les climats du monde.

Depuis les sommets glacés des Cordilières jusqu'aoi^ rivages brûlants de l'Océap, le voyageur qui par** court ce pays subit toutes les températures ; aussi cette vaste contrée a*t-elle été divisée en trois lones distinctes : las tierras çaliente$ ou terres chaudes, composées des plaines situées sur les bords de l'O» céan, et qui produisent le sucre, l'indigo, le coton avec une abondance et une fqrce de végétation réel* Jement tropicales ; las tierras iw^pladas o\\ X^vveià tempérées, régipus formées par les Cordillères, et

à LA FIÈVRE d'or.

qui jouissent d'un éternel printemps, les fortes chaleurs et les grands froids y étant également inconnus; enfin, las terras frias ou terres froides, qui comprennent les plateaux du centre, et où la température est relativement beaucoup plus basse que dans les autres zones.

Cependant nous ferons observer qu'au Mexique les expressions de froid et de chaud n'ont pas, comme en Europe, une valeur absolue, et que les hauts plateaux désignés sous le nom de tierras frias joaissent d'une température égale à celle de la France et de la Lombardie, ce qui paraîtrait à tout Européen un climat fort convenable.

Par sa position, Guadalajara participe de deux des trois zones qui divisent le Mexique. Placée sur la limite de la tierra caliente et de la tierra templada^ les brises tièdes et la pureté de son ciel révë* lent les chaudes régions du bord de la mer, qui s'étendent jusque-là. Aux sables arides succèdent les plaines fertiles et bien cultivées, les champs de cannes à sucre, de maïs, de bananiers, de goyaviers productions de la flore tropicale. Peu à peu les sombres chênes noirs et les sapins, qui ne croissent que sur les montagnes, deviennent plus rares et fi« nissent bientôt par disparaître entièrement pour faire place aux saules, aux palmiers à éventail, au calebassier, au malpighie à feuille de sumac, au mesquite, à l'arbre du Pérou, et à des milliers d'autres qui dominent orgueilleusement de leurs têtes superbes la végétation spontanée qui les entoure.

Dans las tierras calientes^ où la chaleur du jour est étouifante, on ne voyage ordinairement, à moins de raisons fort importantes, que depuis quatre ou

LA FIÈVRE dV>R. 5

cinq heures dn matin jusqu'à onze beureset de troi^ heures de l'aprës-dlner jusqu'à dix heures du soir, afin de jouir de la fraîcheur de la matinée et de celle de la nuit.

Le colonel Guerrero n'avait donc fait que se conformer à l'usage général en commençant son voyage le soir ; seulement, il était, ainsi que cela arrive souvent, parti plus tard peut-être qu'il ne l'aurait voulu^ à cause de ces mille embarras qui surgissent tout à coup au moment de se mettre en route et 'qui, sans raisons bien plausibles, retardent indéfiniment le départ.

Mais le colonel se souciait pen de l'heure avancée ; une marche de nuit n'avait rien de bien effrayant pour lui, accoutumé de longue main à modifier son humeur selon les circonstances et & se plier à toutes les exigences des situations dans lesquelles il se trouvait.

Le soleil se coucha derrière le pic de Tequilla et le Cerro del Col disparut au milieu de la chaîne de hautes collines abruptes qui borde le rio Tololotlan, et peu à peu l'ombre envahit le paysage.

Les voyageurs s'avançaient doucement en causant galment entre eux, tout en suivant le cours sinueux et accidenté du rio Grande del Norte, sur les bords duquel s'étendait la route qu'il leur fallait parcourir.

Le chemin était large, bien ti'acé, facile ; aussi le colonel| après avoir jeté autour de lui un coupd'œil pour s'assurer que rien de suspect ne surgissait aux environs, s'en rapporta complètement à la vigilance de ses criados, et reprit avec sa fille la causerie intime qu'il avait interrompue un instant.

— Aogela,mon ciifant,dit-il à sa fille,tu as tortde tourmenter ainsi ta monture ; Rebecca est une bonne bête, bien douce, bien sûre, que tu devrais ménager un peu plus que tu ne le fais.

— Mais je vous assure, mon père, répondit eu riant la mutine enfant, que je ne tourmente pas du tout Rebecca, au contraire ; je la chatouille seulement un peu, afin de Témoustiller.

— Oui, et de la faire danser aussi, petite folle, je le vols bien. Tout cela serait fort bon si nous ne faisions qu'une promenade de quelques heures, au lieu d'un voyage qui doit durer près d'un mois. SouveneJE-vous, Nifia, qu'un cavalier doit toujours ménager avec soin sa monture, s'il veut arriver sain et sauf au but de son voyage. Tu ne te soucierais gué-^ re» j'imagine, d'être laissée en route par ta jument?

-* Dieu m'en préserve, mon père ! Si cela est ainsi, je vous obéirai ; Rebecca peut être bien tranquille maintenant, je ne la tourmenterai plus.

En disant cela, elle se pencha sur le cou de sa jument et la flatta doucement de la main.

— Là, reprit le colonel ; maintenant que la paix à ce que je suppose, est faite entre vous, que penses-tu de notre façon de voyager, te plaît-elle?

— Je la trouve charmante, mon père ; la nuit est magnifique, la luné nous éclaire comme en plein jour, la brise est fraîche sans cependant être froide j jamais je n'ai été aussi heureuse.

— Tant mieux, mon enfant ; je suis d'autant plus satisfait de t'entendre parler ainsi, que je redoutais pour toi les ennuis et la fatigue d* on aussi long voyage , j'ai même été sur le point de te laisser au couvent

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— Merci, mon père, d'avoir changé d'avis, et de m'avoir emmenée avec vousl je m'ennuyais tant,dans ce vilain couvent, et puis il y a si longtemps que je n*ai vu ma bonne mère, que je brûle de l'embrasser.

— Cette fois, mon enfant, vous pourrez embrasser votre mère tout à loisir, car mon intention est de vous laisser près d'elle.

— Je ne reviendrai donc pas à Guadalajara aVec vous, mon père?

— Non, mon enfant, vous habiterez ma grande hacienda (ferme) de AguasFrescas avec votre mère et mes plus fidèles serviteurs pendant le temps de mon absence ; car aussitôt après avoir temdné les affaires urgentes qui exigent ma présence à San- Blas, je me rendrai à Mexico auprès du général Santa-Ânna. Son Excellence m'a fait l'honneur de me mander auprès d'elle.

— Oh t fit-elle en joignant les mains avec prière, vous devriez m'emmener avec vous à la ciudad I (la ville.)

•— Petite folle I vous savez bien que c'est impossi^ ble ; mais du moins à mon retour je vous apporterai, à vous et à votre mère, les plus belles choses des portâtes de Mercaderes et du Parian (1), afin que vous puissiez éclipser les plus coquettes senoras de Tepic lorsqu'il vous plaira d'aller vous promener sur Yalameda du Pueblo.

— Oh I ce n'est plus la même chose, fit-elle avec une moue mutine ; et cependant, ajouta-t^elle en reprenant subitement son enjouement, je vous remercie, mon père; car vous êtes bon, vous m'ai-

(1) Bazars de Mexico.

s Lk FIÈVRB D*OR,

mez, et lorsque vous ne satisfaites pas un de mes caprices, c'est que cela vous est impossible.

— Il est heureux que vous le reconnaissiez et que vous me rendiez enfin justice, mauvaise petite tête» qui passez votre temps à me tourmenter»

La jeune fille se mit à rire, et par un mouvement brusque et soudain, abandonnant les rênes de sa jument, elle jeta les bras autour du cou de son père et l'embrassa avec effusion à plusieurs reprises.

— Prenez donc garde à ce que vous faites ! s'écria le colonel, heureux et inquiet à la fois ; si Rebecca s'emportait, elle vous tuerait. Reprenez les rênes... mais reprenez-les donc 1»

— Bah ! fit elle en riant et en secouant insoucieusement sa tête brune, Rebecca est trop bien apprise pour s'emporter ainsi.

Cependant elle resssdsit les rênes et se remit d'aplomb sur sa selle.

— Angelita mia I reprit son père plus sérieusement peut-être qu'il n'aurait dû en cette circons- . tance, vous n'êtes plus une enfant, vous devriez commencer à être plus raisonnable €t modérer la vivacité de votre caractère.

— Me grondez-vous de vous aimer, mon père ?

— Dieu m'en garde, mon enfant ! Seulement, je vous fais une observation que je crois juste, car si vous vous laissez ainsi emporter & votre première impression , vous vous préparerez plus tard de grands déboires et de grands chagrins.

— Ne croyez pas cela, mon bon père ; je suis vive, insouciante, impressionnable, c'est vrai ; mais à côté de ces défauts j'ai cet orgueil de race que je tiens de vous et qui me défendra de bien des fautes.

LA PIÈYAI D*<MU •

— Je le désire, ma fille.

— Ne prenez pas cet air sévère pour une niaiserie sans conséquence, mon père, ou je croirai que vous êtes fâché contre moi ; puis elle ajouta eo riant : je me souviens que notre famille descend en Ëgne directe de ce roi de Mexico Càimalpopocatzin^ qoi, ainà que son nom l'indique, avait pour hiéroglyphe on bouclier d'où il sort de la fumée. Vous le voyez, mon père, notre caractère n'a pas dégénéi^ depuis ce valeureux roi, et nous sommes toujours demeurés aussi fermes qu'il l'était lui-même*

— Allons I allons I reprit le colonel d'un ton de bonne humeur, je renonce à vous gronder davantage, car je m'aperçois que se serait une peme perdue.

La jeune fille sourit malicieusement et se préparait à répondre, lorsqu'une étincelle brilla tout à coup et s'éteignit à quelque distance en avant de la cavalcade.

— Qu'est cela ? demanda le colonel en haussant la voix ; y a-t-il donc quelqu'un sur la route ?

— Je le crois, colonel, répondit aussitôt un des domestiques, car cette étincelle me semble produite par la pierre d'un mechero. .

— C'est aussi mon avis, reprit le colonel ; pressons le pas, afin de reconnaître ce fumeur attardé.

La petite troupe, qui jusqu'à ce moment avait marché assez lentement, prit alors un trot allongé.

Au bout d'un quart d'heure environ, en même temps que le bruit des sabots d'un cheval arrivaient jusqu'aux voyageurs, ils entendirent les sons aigres et discordants d'une jarana (guitare) ; et, porté sur l'aile de la brise le refrain de cette chanson, bien connue au Mexique , frappa leurs oreilles :

Sitt penà vivamos En calma felizi Gozar es mi estrella»

Cantar y reir (i).

-^ Bravo I B'écria le colonel, qui arrivait en ce moment auprès du chanteur, bravement et joyeusement dit, compagnon*

Gelui^ii la cigarette de maïs à la bouche, baissa affii'tnatlvement la tète, rftola intrépidement une ritournelle quelconque sur sa jaranà ; puis» la rejetant sur son épaule» où elle se trouva retenue par une espèce de bretelle, il se tourna enfin vers son interlocuteur, et Otant cérémonieusement son chapeau de poil de Vigogne s

-^ Dieu vous protège ! cabailerà, dit-*il poliment ; il parait que la musique vous plaît 7

-^ Beaucoup, répondit le colonel, qui rétint avec peine uU foU rire à l'aspect du singulier personnage qu'il avait devant lui.

Cet original était un grand gaillard de vingt-^huit ans au plus, d'une maigreur extraordinaire, vêtu d*Un costume en lambeaux, et drapé fièrement dans un manteau dont il était impossible de reconnaître la couleur primitive, et qui était troué comme un écumoir et piteusement effiloqué.

Cependant, malgré cette misère apparente et sa figure affamée, cet homme avait dans la physionomie une expression joyeuse et décidée qui faisait

(i) Sans chagrin vivons

Dana, un calme lieureuxi ^ Jouir est mon étoile, Chanter et rire*

lA PIÈVRE d'or. il

plsusîr à voir. Ses petits yeux noirs percés comme avec une vrille, pétiUaient de finesse, et l'ensemble de ses manières ne manquait pas d'un certain cachet de distinction.

n montait un cheval aussi maigre et aussi efflanqué que lui-même, sur les flancs creux duquel battait, comme sur un tambour, le sabre droit nommé machete^ que les Mexicains portent continuellement au côté, passé tout dégainé dans un anneau de fer.

— Vous voilà bien tard sur les chemins, compagnon, reprit le colonel, que son escorte venait de rejoindre ; est-il prudent à vous de voyager seul à une pareille heure t

*• Que puis- je avoir à redouter 7 répondit Fim connu. Quel serait le salteador assez mal avisé pour m* arrêter?

— Qui sait ? fit le colonel en souriant ; les apparences sont souvent trompeuses, et pour voyager sur les grandes routes de notre cher pays, ce n'est souvent pas une mauvaise combinuson que de feindre la misère.

Bien que dites sans intention, ces paroles troublèrent visiblement l'inconnu ; cependant il se remit presque açssitôt et répondit d'un ton enjoué :

— Malheureusement pour moi, toute feinte est inutile , je suis réellement aussi pauvre que je le parais en ce moment, bien, ajouta*t-iI, que j'ûe vu des jours plus heureux, et que mon manteau n'ait pas toujours été aussi troué que vous le voyez.

Le colonel, croyant s'apercevoir que ce sujet de conversation était désagréable à sa nouvelle connaissance, lui dit ;

— Puisque vous ne vous êtes arrêté ni à San Pe-

dro ni à Zapopam^ car je présume que vous venez, ainsi que moi-même, de Guadalajara...

— En effet, interrompit l'inconnu, j'ai quitté la ville vers trois heures de l'après-midi.

— Je suppose, continua le colonel, que vous avez l'intention de vous arrêter au meson de San-* Juan ; alors, si vous n'y trouvez pas d'inconvénient, nous ferons route ensemble jusque-là, car je compte terminer la nuit.

— Le meson de San- Juan est une bonne batellerie, reprit l'autre en portant la main avec respect à son chapeau, mais qu'irai-je y faire ? Je ne possède pas un ochavo à dépenser inutilement, et j'ai loin à aller ; je camperai sur la route, et pendant que mon cheval, pauvre bête I mangera du bout des dents, moi, je fumerai des cigarettes et je me chanterai la romance du roi Rodrigue, qui, ainsi que vous le savez, commence ainsi.

Et ramenant vivement sa //zr/zna devant lui, il entonna à pleine voix cette strophe du romancero 4u roi Rodrigue.

Cuando las pintadas aves Mudas estaa y la tierra Atenta escucha los rio Que al mar su tributo Ilevan; Al escaso resplandor {i),

— Hé ! s'éciia le colonel en l'interrompant brusquement, quelle rage musicale vous possède ? c'est de la frénésie, cela.

— Non, répondit mélancoliquement le chanteur, c'est de la philosophie.

(1) Lorsque les oiicaux bigarrés sont muets, et que la terre attentive (^coute les fleuves qui portent leur tribut à la mer^ à la faible lueur. •■••

LA FliTBI 0*OB. 13

Le colonel examina un instant le pauvre diable; puis se rapprochant de lui :

— Je suis le colonel don Sébastian Guerrero de Ghimalpos ; je voyage avec ma fille et quelques serviteurs. F^tes-moi l'honneur de votre compagnie pour cette nuit; demain nous nous séparerons, et BOUS tirerons chacun de notre côté.

L'inconnu hésita un instant, ses sourcils se froncèrent ; cependant, cette nuance de mécontentement disparut bientôt

— Je suis un sot orgueilleux, répondit-il avec une affectueuse franchise ; la misère me rend tellement susceptible que je me figure toujours que Ton veut m'humilier. J'accepte votre gracieuse invitation aussi loyalement qu'elle m'est faite ; peut-être pourrsd-je, avant peu, vous prouver ma reconnaissance.

Le colonel n'attacha pas grande attention à ces paroles, parce que, juste à ce moment, la cavalcade arrivait au meson de San- Juan, dont, depuis quelques instants, les fenêtres éclairées avaient révélé la proximité aux voyageurs.

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