LA TAPADA
Le caractère américain est composé de contrastes : une des plus singulières bizarreries de ce caractère est la loyauté et la ponctualité avec lesquelles les dettes de jeu sont payées. L'homme qui, sans re^ mords, en assassinerait un autre pour lut voler deux réaux, ne manquera pas, si forte que sera la
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dette de jeu qu'il aura contractée envers lui, de le solder dans les vingt-quatre heures.
Le lendemain, en se réveillant, don Luis trouva sur la table de sa chambre plusieurs sacs de toile remplis d'onces ; ils contenaient les quatorze mille piastres perdus la nuit précédente par le général, et que celui-ci avait envoyées au lever du soleil.
Luis fut contrarié de cette ponctualité, à laquelle, dans son ignorance des mœurs mexicaines, il était loin de s'attendre ;.elle lui parut de mauvais augure.
Il s'habilla; après avoir déjeuné il laissa don Cornelio occupé à compter son gain de la veille, et s'enveloppant dans son mateau, il sortit dans l'intention de visiter la ville.
Comme il lui fallait dans sa promenade passer devant le palais, il profita de cette circonstance pour remettre sa carte à un criado du général, ne voulant pas, après la conversation qu'il avait eue avec lui, avoir l'air de trop se presser de le revoir, et se réservant de lui faire en personne une visite le lendemain.
Le comte resta plusieurs heures à parcourir la ville, visitant les églises, dont deux ou trois sont assez belles, et fumant quelques cigarettes sur l' Alameda, charmante promenade garnie d'arbres touffus, où chaque soir le beau sexe du Pitic vient respirer le frais.
Enfin le comte regagna sa maison, s'enferma dans sa chambre et s'occupa de sa correspondance jusqu'à une heure assez avancée de la nuit.
Le lendemain, ainsi qu'il l'avait résolu, il se dirigea vers le palais.
Il était fermé.
3M LA FJivmK D*OM.
Le général, appelé par une affaire importante, était parti la veille à quatre heures da soir, à chevalf D*emmenani avec lui qu'une faible escorte de laaciers. Mais, ajouta l'homme qui donnait au comte ces renseignements, l'absence de Son Excellence 1» général ne peut être longue ; il est probable qu'avant quatre ou cinq jours il sera de retoun
Le comte, quoi qu'il fit, ne put rien obtenir de plus positif.
Les Mexicains, si bavards et si hAbleurs d'ordi^ naire, deviennent, lorsque leur intérêt l'exige, muets comme des poissons, alors il est impossible, par or ni par promesses, de leur faire sortir une seule syllabe de la bouche.
Don Luis se retira fort contrarié de ce contretemps, qui lui parut préparé exprès; cependant, afin d'éclaircir ses soupçons, et ne voulant pas, dans une circonstance aussi grave, agir légèrement et commettre d'imprudence, bien que le procédé du général à son égard lui semblât peu convenable et un peu trop sans façon, il résolut d'attendre quelques jours, afin de bien mettre la raison de son côté, en constatant que le départ de don Sébastian avait été prémédité dans le but d'éviter toute explication ultérieure avec lui*
Chaque jour le comte envoyait un de ses hommes au palais s'informer si le général était de retour « la réponse était toujours la même : le général était absent, mais il était évident qu'il ne tarderait pas à revenir, on l'attendait d'un moment à l'autre.
Huit jours se passèrent aiqsi. Un autre sujet d'inquiétude vint encore augmenter les ennuis du comte, et l'impatience qui commençait à s'emparer de lui.
LA PliVAfi À^OA. 307
Et) quittant Guaymaâ, il avait dobné l'ordre à i'of- Gcîer auquel 11 avait confié le commaudement pro* visoire de la compagnie, de seiuellre en route pour le venir joindre au bout de quatre jours.
La Compagnie devait être , non-seulement en route depuis quatre jours, mais encore elle aurait dû être arrivée au Pi tic, puiiâque quinze lieues seulement ééparent les deux villes, c'est à dire une étape ordinaire, distance qu*une troupe aruiée, marchant au pas de roiite^ peut facilement franchir entre deux soleils ; pourtant, depuis son départ du port, le cotnte n'avait reçu aucune nouvelle, aucune réponse à ses lettres, et la compagnie ne paraissait pas.
Que s'étaitil passé depuis son départ de Guaymas?
Quelles nouvelles entrav43s avait-on encore mises aux mouvements de la compagnie T
D'où provenait ce retard incompréhensible de quatre jours?
Pourquoi l'officier qu'il avait laissé à sa place, ne ravAit<*il pas informé de ce qui était arrivé T
Ses Gouriers auruent'^^ils été interceptés sur la route?
Pourquoi Yalentin ou Gurumilla« ces deux hommes résolus et dévoués, pour lesquels les obstacles les plus grands n'existaimt pas, n'étaient^ls point venus l'avertir ?
Ces suppositions» et bien d'antres encore qui se présentaient en foule à l'esprit bourrelé du comte, le mettaient dans un état de sureltcitation morale impossible à décrire i il ne savait à quoi se résoudre, quel moyen employer pour acquérir une certitude cent fois préférable au doute qui le rongeait.
Enfin il résolut d'expédier à franc étrier, i Guay-
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nas, doD CorneKo, à qui il croyait pomrœr se fiere Don Cornelio était absent, on le chercha sans pouvoir ]e trouver.
Ce nouveau contre-temps mit an comble l'impatieoce fébrile du comte ; il monta à cheval et partit dans l'intention d'explorer les environs de la ville, dans l'espoir secret de découvrir quelques traces de« ses compagnons, ou du moins d'apprendre de leurs nouvelles.
Pendant les quatre heures qu'il galopa dans toutes les directions, il ne vit rien, il n'apprit rien ; il tourna bride en proie à une grande tristesse et à un profond découragement.
En approchant de sa maison, le bruit d' une jàrana arriva jusqu'à lui ; il pressa le pas de son cheval.
Don Cornelio, assis nonchalamment sur un équipai (tabouret), sous le saguan (vestibule) delà maison, raclait sa guitare en chantant, selon sa coutume, son inévitable romance du roi Rodrigue.
En apercevant don Luis, l'Espagnol jeta son instrument loin de lui et se leva vivement en poussant un cri de joie.
— Enfin 1 s'écria-t-il.
— Comment, enfin ? répondit le comte, je trouve Texclamalion curieuse, quand je vouscbercbe depuis ce matin sans pouvoir vous mettre la main dessus.
L'Espagnol sourit mystérieusement.
— Je le sais, dit-il, mais l'endroit n'est pas pro-* pice pour causer. Don Luis, voulez-vous me permettre de vous accompagner dans votre cuarto?
— Avec le plus grand plaisir; d'autant plus que moi aussi j*ai à vous parler.
— Alors, cela se trouve à merveille.
LA FifeVHE D*OX. 309
Arrivé dans la chambre, don Lnis se tourna vers son compagnon.
— Eh bien 1 lui demanda-t-iU qo'avez-YOus à me dire?
— Voilà; ce matin, selon mon habitude de chaque jour, je me promenais, après déjeuner, en famant un papelito, lorsqu'au coin de la calle de la Merced et de la calle San-Francîsco, je me sentis légèrement toucher le bras; je me retournai vivement; une femme charmante, ou du moins je le suppose, car il m'a été impossible de distinguer ses traits, tant elle était cachée avec soin dans les plis de son rebozô, me faisait signe de la suivre. Qu'auriez-vous fait à ma place, don Luiz 1
— Je l'ignore, mon ami ; mais je vous en prie, soyez bref, je suis pressé.
— Hum I moi, je la suivis I Vous savez què'j'a une idée sur les femmes mexicaines, et que je suis convaincu qu'un jour ou l'autre. . .
— Au nom du ciel I mon ami, venez au fait, interrompit don Luis en frappant du pied avec impatience.
• — J'y arrive : je la suivis donc ; elle entra dans l'église de la Merced, j'y entrai après elle ; l'église était déserte en ce moment, ce qui me fit un sensible plaisir, parce qu'alors, vous comprenez, on peut causer à son aise... Ne vous impatientez pas, m'y voici : lorsque je fus arrivé dans un angle assez obscur, la jeune et charmante femme, car je maintiens qu'elle est jeune et surtout qu'elle est charmante, se retourna si subitement, que je faillis lui marcher sur les pieds tant j'étais près d'elle. — N'ètes-vous pas don Gornelio Mendoza ? me deman-
dart-elle, — Ooit répopd»-je, — Ed ce cas, ditelle, vous êtes ami du comte. Je devinai de suite que c'était de vont que moQ ÎQCOiiQue voulait parler. — Je suis son intime ami« repris^je. — C'est bien, 6t-elle en tirant de soo corsage une petite lettre qu'elle plaça dans ma main ; remettez-lui ce billet le plus tôt possible ; il s'agit de choses excessivement graves. Je saisis le papier sur lequel je jetai machinalement les yeux ; lorsque je les relovai, l'inconnue avait disparu, foi comme on sylphe sans laisser de traces ; il me fut impossible de la rejoindre, cette diable d'église était si obscure.
— Eh bîço I et ce p^ier, od «slr^il, demanda don Luis.
««- Le Toicil Oh | je ne Tat pas perds, il m'a été trop chaudement recommandé.
Le comte le prit, et sans le reg<irder, le jeta sur sa table ; depuis son arrivée ao Pitié, il en recevait chaque jour une vingtaine sans ayoir voulu une fois répondre à un seul ; il ne les lisait même plus, tant il était convaincu qu'ils contenaient tous U môme chose.
— Et maintenant, diMl, yous aves fini, n'est-ce pas?
^OuL
— Alors écoutesrmoi à votre tour, reprii41en lui donnant la lettre que, pendant son absence il avait préparée pour le chasseur : vous ailes à l'instan monter à cheval, partir poqr Guaymas, remettre celte lettre à don Valentin, et m'apporter la répcmse. Est-ce 4it î
— Certes.
•^ Je puis me fier i^ votre diligence ?
Là FIÈTRE D*OR» (Il
— Je pars.
Et il sortit ; dix minutes plus tard, don Luis entendit résonner sur le calloutis du vestibule ieg^op précipité de son chevaL
— Demain, h, cette heure, je saurai ^nfin. à quoi m'en tenir, murmura don Luis,
Il se jeta sur une butacca, etappuyç^nt les coudes sur la table, il cacha $a tête d^ns SQa ipains ^t M plongea dans de profondes réflexions
Dans cette position, ses yeux se fixèrent malgré lui sur le billet que lui avait remis dpp Cornçlio 9t qui se trouvait juste devant lui,
Un sourire pâle glissa sur ses lèvres.
— Pauvres folles I murmura-t-il, qui ne rêvent qu'au plaisir et à l'amour, pour lesquelles la vie ii'est qu'une longue fête ; qu'ai-je besoin de vos pror testations menteuses, auxquelles je ne saurais ré* pondre; l'amour, pour moi, n'existe plus désor* mais. Gomme tontes celles qui l'ont précédée, celleci, sans doute, me jure un amour éternel, qu'elle oubliera demain. A quoi boq m'occuper de pareilles niaiseries 7 mon cœur est' mort k la joie, biQP «inort, bêlas 1
Et il repoussa le papier.
La nuit tombait rapidemeotj. le comte enflanima une allumette chimique, afin d'obtenir de la lumière s mais, ainsi que cela arrive souvent aux gens préoc*» cupés, lorsqu'il voulut communiquer la flamme de Tallumette au candil. il s'aperçut que déjà l'allu» mette à demi consumée, allait lui brûler les doigts. Alors, machinalement, il prit le billet qu'il avait repoussé^ le replia et se prépara à le tordre; mais tout à coup il s'arrêta, jeta sur le parquet l'allumette,
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qui s'éteignit aussitôt, en enflamma une autre, et lut ce billet, si dédaigné un instant auparavant.
Voici ce qu'il contenait :
« Une personne qui s'entéresse au comte don Luis, le prie, dans son intérêt, de se trouver ce soir, à dix heures, à TAlaraeda, dans la première allée à gauche. Une personne assise sur le troiûëme banc lui dira : « Guaymas » ; il répondra : « Atrevida » , et la suivra à distance, sans lui adresser d'autres questions, dans l'endroit où elle a mission de le conduire, et où le comte apprendra des choses que, pour son salut et celui de ses compagnons, il lui importe de connaître. »
Cette étrange missive n'était pas signée.
— Qu'est-ce que cela veut dire ? murmura le comte; est-ce une mystification? Dans quel but? Est-ce un piège que Ton me tend, un guet-apens dans lequel on veut me faire tomber ? Vive Dieu I je le saurai. Quelle heure est-il?... neuf heures; j'ai encore une heure devant moi. Si c'est un assassinat que médite mon mystérieux correspondant, il trouvera à qui parler. Qui sait ? peut-être est-ce réellement un bon avis que me veut donner un ami inconnu ; je le verrai bien I
Tout en disant cela, le comte avait quitté ses habits pour en endosser d'autres de couleur sombre; il boucla son ceinturon, à l'anneau de fer duquel, selon la coutume mexicaine, il passa un machetij sans fourreau, il attacha deux excellents revolvers à six coups à sa ceinture, s'enveloppa, avec soin dans les plis d'un large manteau, rabaissa sur ses yeux les ailes de son large chapeau de poil de vigogne, et se disposa à sortir.
LA PiivRE d'or. 313
"-- Pardieu t dit-il en franchissant la porte de sa maison, armé corome je le suis, je crois que les bandits qui m'attaqueraient pourraient en être pour leur courte honte.
Au moment où le comte mettait le pied dans te rue, le quart moins de dix heures sonnait À Thœrloge ducabildo.
— J'ai juste le temps, dît-il.
Et il se mit à marcher rapidement.
La nuit était sombre, les rues désertes.
Ainsi que le comte l'avait prévu, il arriva à FAlameda, juste comme dix heures sonnaient.
— Voyons, fit-il.
Il s'avança alors d'un pas assuré, mais regardant attentivement autour de lui, et la main sur ses armes, de crainte de surprise.
Se conformant aux instructions de la lettre, il se dirigea vers l'allée qui lui avait été désignée ; bientôt il distingua une forme noire qu'il reconnut être une femme assise sur un banc ; le comte eut alors honte de ses soupçons, il abandonna la poignée de ses armes, et, par réflexion, il fut sur le point de retourner sur ses pas, supposant que ce rendezvous n'était pas aussi sérieux qu'il l'avait cru d'abord. Cependant, après une minute d'hésitation, il se résolut à pousser l'affaire jusqu'au bout et marcha vers ri nconnue, toujours impassible.
A l'instant où il allait la dépasser^ elle toussa légèrement ; le comte se retourna.
— Guaymasi dit-elle à demi-voix.
— Atrevida t répondit-il sur le même ton.
— Venez.
— Marchez.
lia u ninu ft*oi,
L'incoDQue ae le?» et sans se retourner i)M seule fds, d'un pas ferme et accéléré, elle franobit l'AJa* ne^a dan» toqta sa longqeur, prit une petite rue habitée par les leperos et la population p^nvr^ de la ville ; arrivée devant une ma^pon d'apparence aasea ndsérable, elle a'arréta. oyvrit la porte aveQ une clé qu'elle tenait à la main et entra en ayant soin de laisser la porte ouverte derrière elle.
Le comte arriva un instant après et entra sans hésiter. Il se trouva dans d'épaiasea ténèbres, et entendit avea un serrement de c<»ur la porte se fer* mer derriëi^ lui,
. — Il est évident que je suis dapa un gpépier, peusMrî].
--» Ne orsJgnd^ rien, dit tout ik coup une vpi? douce et mélodieuse prsequ'À son oreille, voua nV
vea rian i Monter, ces préçantiona ne aont pas
prises eontre voua*
(.'aeceot affeQtueui et {mi» ds cette voii^ rassura
eompléteraent le oomtOt
^ «Te ne craiùs rien, dit-il i al j'av^ eu peur d'une epbûcbe, perais-je venu ?
. n^ Écoute*, lea moments sont précieux, je ne puis disposer que de qnelquea instante k pein§-
^ J'écoute.
TT- Voua avea des ennemis pni^^ansi un surtoutt a juré votre perte, Prenep^ garde t voua n'avez p^ voulu servir sea projets et vous f^ire un agent de désordre, afin de Taider h atteindre le but qu'il ambitionne, cet bomme a résolu votre piort
— Je mépriae lep menacée dç cet l^omme, je le connais.
«— Peut-être, je ne nomme persoime s du reste, i)
LA nimki h*ùÊu S15
n'est pas seul contre votisi A tous vonles déjouer les projets de vos ennemis , agissez tived vigueur , surtout soyei prudent^ la trahison est partout au Mexique^ on la respire dans l'air, ne vous oonôei qu'à des hommes longtemps éprouvés; vous ave2 des traîtres jusque parmi ceux qui vous approchent le plus près»
^ Mus que veulent mes ennemis t
— Vous perdre, vous dls-je, parce que vous ave< r^usé de vous faire leur complice.
— Oh I je me vengerai.
-^ Prenei garde i surtout ne restes pas plus bng^ temps ici, vos ennemis agissent dans l'ombre d'autant plus sûrement qu'ils vous savent éloigné. Rejoignez vos compagnons.
-^ C'est ce que je ferai cette nuit même.
-^ Oui ; mettes-^vous tout de suite en route pour les mines ; si vous pouvez les atteindre avant que vos ennemis soient complètement en mesure de lever le masque, vous êtes sauvé.
— Merci de ce conseil» je le suivrai.
«- Maintenant^ adieu.
— Adieu? fit le comte avec un accent de regret «^ Nous ne devons pas nous rencontrer.
•-- Comment ! après le service signalé que voué me rendes en ce moment m -— Il le faut, tout nous sépare.
-^ Dites-moi un mot seulement.
— lequel?
-^ D'où provient l'intérêt que vous daignes m* témoigner.
— Connalt^n jamais le mobile des actions des feuunes?
Mê hk nftfu «'es.
-^ Ob I TOUS oie nulles, seoon» c'est mal.
L'iocopime aou^ra.
— NoD, doo Luis , reprit*elle, je ne ¥oiis raille pas. Qa'avez-vons beBOÎo de me connaître? Qu'il ¥ons sufl^ de savoir que je veille sur vons ; n'en cherchez pas le motif.
^ C'est, an contraire, ce rootirqnejedésÎTesavoir.
— Si je vons disais qne je vons aime, me croiriez-vous, don Luis? répondit-eUe avec tristesse.
— Oh ! fit-il avec émotion, je vons plaindrais , madame, de vous attacher à un malheureux tel que moi, dont la vie n'a été qu'une longue doulenr.
— Ignorez-vous donc que, nous autres femmes, ce sont surtout les malheureux que nous aimons? Notre mission sur la terre n'est-elle pas de consoler.
— Madame, je vous en supplie, ne me laissez pas vous quitter ainsi ; j'emporterais dans le cœur une douleur que rien ne pourrait guérir.
— J*ai eu tort de venir, murmnra-t-elle tristement.
— Ob ! ne dites pas cela, madame, lorsque peutêtre vous m'avez sauvé la vie.
— Adieu, don Luis, répondit-elle avec un accent d'ineffable douceur, il faut nous séparer. Quoi qu'il arrive, souvenez-vous que vous avez une amie dévouée, une sœur.
— Une sœur ! dit-il avec amertume ; soit , puisque telle est votre volonté, je n'insiste pas, madame.
— Prenez cette bague, puisque vous voulez absolument savoir qui je suis ; mon nom est gravé dessus ; seulement promettez-moi de ne pas lire ce nom avant trois jours.
— Je vous le jure , répondit-il en tendant la mîvin dans Tombre.
LA FIÈVR8 D*OR. 817
Une maifi ssàsii la sienne , la pressa doucement, y laissa une bague, puis il entendit un léger froufrou soyeux, la douce voix munnura une dernière fois le mot adieu.
Le comte entendit une porte se fermer et ce fut tout.
Au bout d'un instant la porte qui lui avait donné accès dans la maison se r' ouvrit.
Don Luis s'enveloppa dans son manteau et sortit en proie à une vive agitation. Il regagna sa demeure en toute bâte ; de loin il aperçut un bomme arrêté devant sa maison^
Le comte, par un pressentiment secret dont il ne put se rendre compte, pressa le pas.
— Valeritin I s'écria-t-il tout à coup avec un geste d'étonnement.
— Oui , mon frère , répondit celui-ci ; beureusement j'ai rencontré don Corneiio. Ton cbeval est prêt, ton escorte en selle, viens, partons.
— Comment? que se passe-t-il donc? s'écria-t-il avec inquiétude,
— Partons ! partons 1 en chemin, je te dirai tout.
Cinq minutes plus tard, les aventuriers s'éloignaient à toute bride sur la route du Pitic à Guaymas.