DE LA FIÈVRE CONTINUE OU FÉBRICULF
missements. Le pouls s'élevait ensuite à 100 ou 120; il était plein et résistant. Voici les autres symptômes : peau sèche et brûlante ; face congestionnée, vertiges; céphalalgie intense; bourdonnements d'oreilles; photophobie, muscae volitantes ; agitation et insomnie; langue recouverte d'un enduit épais et jaunâtre; lèvres desséchées; soif intense; constipation; urines rares, foncées, d'un poids spécifique élevé et déposant de nombreux cristaux d'acide lithique. On observait quelquefois, vers le quatrième ou le cinquième jqur, un délire aigu, suivi d'un état inconscient, de la contraction des pupilles et parfois d'un coma complet. La mort survenait par le coma entre le sixième ou le neuvième jour de la maladie. La guérison s'annonçait par une transpiration profuse, suivie d'une chute rapide du pouls, d'une augmentation de la sécrétion urinaire et d'un abondant dépôt de lithates (1).
4° La question de savoir s'il existe une autre variété de fièvre simple continue, présentant des symptômes plus asthéniques et une durée plus prolongée, reste encore à l'étude. Dans ces cas le malade perd l'appétit et les forces; le pouls atteint de 90 à 120 et est plutôt faible; la langue est légèrement chargée; les intestins sont constipés ; il existe une céphalalgie plus ou moins prononcée et le sommeil est agité. Ces symptômes peuvent persister pendant deux ou trois septénaires sans varier beaucoup, à l'exception pourtant de la faiblesse qui ne fait qu'augmenter. Dans deux ou trois cas j'ai vu des attaques de ce genre se montrer à la suite d'une grande fatigue mentale ou physique (2). dette variété pourrait être désignée sous le nomde fièvre simple asthénique.W faut savoir que les cas de ce genre ne sont jamais mortels et que la fièvre typhoïde présente souvent des symptômes très-semblables à ceux qui viennent d'être décrits (Vo. p. 156, 203 et 206).
§ o. Complications. — Lorsqu'une complication locale survient pendant le cours d'une fièvre simple continue, la pyrexie est habituellement regardée comme symptomatique de la lésion locale. Il existe cependant des cas où la fièvre est hors de proportion avec l'affection locale; dans d'autres cas les symptômes généraux cessent subitement à la suite d'une transpiration profuse1 vers le septième jour. Le diagnostic est alors incertain, et on peut se demander si l'atfection locale n'est pas une complication de la pyrexie générale. De tels exemples, dit W. Jenner, sont de nature à
(1) Voyez Murcliison, On théclimate and diseuses ofBurmah, Edinb. Med. Journ., janvier et avril 1855. — Voyez aussi Moreliead, On. cit., 1G5, et I!. Martin, Op. cit., p. 204. >/' .» <
(ï) Voyez Hudson, 18G7, p. 2G2.
faire douter le médecin de l'efficacité des médicaments dans le traitement des maladies aiguës.
§ 6. Diagnostic. — D'après ce qu'on vient de dire, il est évident que le diagnostic de la fièvre simple continue est quelquefois impossible, quoiqu'elle diffère de la fièvre typhoïde et du typhus par sa courte durée et l'absence d'éruption; il n'en est pas moins vrai que les attaques avortées de ces deux dernières affections peuvent ne pas présenter d'éruption et ne durer que quelques jours. Une éruption herpétique survenant sur la face vers le quatrième ou le cinquième jour d'une attaque de fièvre pourrait, en l'absence d'une pneumonie, faire supposer une fièvre continue; mais ce symptôme n'est pas incompatible avec le typhus. Le diagnostic peut quelquefois être facilité par l'intensité des symptômes fébriles qui sont habituellement plus accusés au début que dans le typhus et la fièvre typhoïde. Sous ce rapport la fièvre simple ressemble plus au premier paroxysme de la fièvre relapse dont elle se distingue, cependant par l'absence de douleurs musculaires et arthritiques, d'ictère et de tuméfaction de la rate et du foie, ainsi que par son apparition dans des lieux où ne sévit pas la fièvre relapse. Les difficultés de diagnostic entre la fièvre simple et les inflammations locales ont été exposées dans le paragraphe précédent relatif aux complications.
§ 7. Pronostic et mortalité. — Dans nos pays la fièvre simple continue est rarement sinon jamais mortelle, lorsqu'il n'existe pas de complications. Le grand nombre de décès enregistrés chaque semaine sous cette rubrique dans le Registrar gênerai doivent être attribués à des cas de fièvre typhoïde avec symptômes abdominaux latents. La fièvre ardente des tropiques est cependant une affection grave et souvent mortelle.
§ 8. Lésions analomiques. — La fièvre simple n'a pas de lésion spécifique. Dans les cas de fièvre ardente dont j'ai'fait l'autopsie dans l'Inde il y avait une grande congestion de tous les organes internes, particulièrement des poumons, du foie et de la rate. Les cavités droites du cœur étaient pleines de sang coagulé. Les sinus cérébraux et la pie-mère étaient également très-vasculaires et l'on constatait parfois une augmentation dans la quantité du liquide intra-crânien.
§ 9. Traitement. — La fièvre simple continue de nos contrées ne demande pas de traitement spécial. Un purgatif, des diaphorétiques salins et des diurétiques ainsi que quelques mesures pour combattre la céphalalgie, constituent le traitement nécessaire.
Une intervention plus active est nécessaire pour la fièvre ardente