DE LA FIÈVRE CONTINUE OU FÉBRICULE
présente pas avec le caractère épidémique dans les climats tempérés. Ingrassias, de Palerme, a cependant décrit une épidémie de fièvre simple qui sévit en Sicile en 1557. La maladie était caractérisée par un frisson initial, par des chaleurs, de la céphalalgie, de la congestion de la face, un pouls dur, plein et fréquent. Les symptômes persistaient pendant quatre jours et la maladie, quoique très-alarmante, n'était pas mortelle. La saignée est le seul re-^ mède qui lui fut opposé. Une épidémie semblable, quoiqife plus grave, fut observée par Hoyer, à Mulhouse, vers la fin de l'été de 1700 (1). Ces épidémies ressemblent beaucoup à la fièvre ardente continue des tropiques, et il estpossible qu'elles reconnaissent des causes analogues. Dans l'Inde la fièvre ardente se présente souvent avec le caractère épidémique pendant les saisons chaudes et sèches.
Le nombre , des cas de fièvre simple continue admis à l'Hôpital des fiévreux de Londres, depuis 1847, est indiqué dans le tableau XVII (page 684).
Sur 2,232 cas admis à cet hôpital pendant 23 ans, il y avait •] ,025 hommes et 1,207 femmes.
Les jeunes personnes et les adultes paraissent plus disposés à contracter la fièvre simple continue que les personnes avancées en âge. L'âge moyen des 845 malades admis à l'hôpital des fiévreux pendant une période de dix années (1848-1857), n'était que dt. 22 ans 82. Ce chiffre est de 4 années plus bas que l'âge moyen de la population entière. Sur le nombre total des malades, 789, c'està-dire plus de 93 pour 100 avaient moins de 45 ans. Dans les tropiques, ce sont les personnes jeunes et robustes et celles qui sont nouvellement arrivées des pays tempérés qui sont les plus exposées à contracter la fièvre ardente.
§ 4. Symptômes. Variétés. — La fièvre simple continue présente plusieurs variétés selon sa durée et les circonstances au milieu desquelles elle apparaît. Voici l'histoire clinique de ces principales variétés.
1° Le malade est presque subitement pris de frissons suivis d'un pouls rapide (100 à 120) et plein; la face est congestionnée, la i peau sèche et chaude; langue blanche et recouverte d'un enduit; soif ardente et perte de l'appétit ; constipation; urines rares et très-colorées ; maux de tète, agitation et insomnie; quelquefois de la lourdeur et une sensation douloureuse dans les membres. Ces symptômes peuvent se terminer subitement après douze, vingt-
(I) Ozanam, 1835, vol. 2, p. G.
quatre ou trente-six heures par une transpiration profuse, la maladie ressemble alors à un paroxysme de fièvre intermittente; elle est alors désignée sous le nom très-approprié de fièvre éphémère.
2° Mais il arrive quelquefois que la pyrexie se prolonge au delà de sept jours. Elle peut persister pendant quatre et sept et môme dix jours et augmenter d'intensité avec sa durée. Le pouls atteint 120 ou plus ; il est plein et quelquefois dur et rebondissant. La soif et la chaleur de la peau sont très-prononcées; la céphalalgie est plus intense que dans le typhus et la fièvre typhoïde; elle est quelquefois pénétrante, lancinante et accompagnée de délire. Cette variété correspond à la synoque ou fièvre inflammatoire des auteurs et à la fièvre synoque de Davasse. C'est sa durée qui la distingue de la fièvre éphémère; mais il existe plusieurs degrés entre ces deux formes de pyrexie.
La crise ne se termine pas toujours parla transpiration dans les fièvres éphémère et synoque. La cessation de la fièvre est parfois accompagnée d'hémorrhagies copieuses du nez, du rectum ou de l'utérus, par des vomissements, de la diarrhée oupar un abondant dépôt de lithates dans l'urine. Dans un grand nombre de cas j'ai observé une éruption herpéLique sur les lèvres et le nez vers la fin de la fièvre. Cette éruption est du reste si fréquente que plusieurs praticiens désignent la maladie sous le nom de fièvre herpétique. Il n'y a pas d'éruption caractéristique dans aucune des formes de la fièvre simple continue ; dans un petit nombre de cas, Davasse a observé des taches bleuâtres, non saillantes et ne disparaissant pas par la pression. Ce sont les taches bleuâtres des auteurs français (Voy. p. 118), taches que nous avons déjà décrites, qu'on rencontre parfois dans la fièvre typhoïde et autres maladies et qui ne constituent pas, par conséquent, un caractère spécifique.
3° La fièvre ardente continue des tropiques est simplement une forme plus accusée de la synoque de nos pays. Voici les principaux caractères de celte fièvre, tels que je les ai observés parmi les troupes européennes à Calcutta en 1853 et à Burmah en 1854. La maladie sévissait principalement sur les jeunes soldats récemment arrivés d'Europe. Elle se montrait avec plus d'intensité pendant les mois chauds et secs (avril et mai), alors que le thermomètre variait de 35 à 37° et n'était jamais au-dessous de 30°. Dans beaucoup de cas, les symptômes se manifestaient immédiatement après une exposition directe aux rayons du soleil. La maladie était annoncée par des frissons, quelquefois par des nausées et des vo-