‹ La Fievre typhoideChapitre 29 sur 121 · INTRODUCTION. LXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXVII

que toujours funeste du typhus et de beaucoup d'autres fièvres. On peut également admettre que les matières albuminoïdes incomplètement modifiées qui circulent dans le sang se déposent dans les différents organes et deviennent ainsi la cause d'inflammations secondaires pendant le cours de la fièvre continue (1). On a observé des cas de fièvre idiopalbique dans lesquels la diminution subite de l'urée excrétée était immédiatement suivit; d une pleurésie ou de toute autre inflammation locale et, par contre, la quantité d'urée augmentait à mesure que la complication cédait. Il est important d'ajouter que les dépôts critiques de l'urine s'observent surtout dans les cas où l'on peut supposer, d'après les symptômes, que les produits azotés ont été retenus dans le système. Lorsque la convalescence est bien établie, et que le malade a repris de l'embonpoint, la température et la quantité d'azote éliminé restent pendant quelque temps au-dessous delà moyenne normale.

Comme la transformation de l'albumine, qui a Lieu dans l'état de santé, est placée sous le contrôle des nerfs, il y a lieu de supposer que l'augmentation de cette métamorphose observée pendant la fièvre dépend, dans une certaine mesure, d'un état anormal du système nerveux. D'après les expériences bien connues de Cl. Bernard, la section du tronc qui unit les ganglions sympathiques du cou à ceux du même côté, produit les phénomènes suivants : élévation de 3 à 50 dans la température d'un côté de la face, sensibilité exaltée de la région, dilatation et hypérémie des vaisseaux. Cette élévation de la température doit être attribuée à l'hypérémie et à l'augmentation de la métamorphose dans une région qui était auparavant régularisée par le nerf sympathique. La contreépreuve de cette expérience a été pratiquée par Waller, qui remarqua que l'irritation, par le courant électrique, du nerf sympathique sectionné, était suivie d'une diminution de la température, de la vascularité, et de la contraction des vaisseaux. Les expériences pratiquées sur le nerf vague ont aussi donné des résultats importants. Webcr a montré que la section du pneumogastrique était suivie d'une augmentation de l'action cardiaque et que les battements du cœur étaient de

(i) Piirkes, 18:;:;.

LXXVÏII DE LA FIÈVRE TYrilOÏDE.

nouveau réduits par le passage d'un courant électrique à Iravers le nerf sectionné. Volkmann et Fowclin ont observé que la section du pneumogastrique produisait une augmentation de la pression latérale du sang dans les artères, tandis que Ludwig et Iloffa ont observé la diminution de cette pression par l'irritation électrique du nerf (1). Ces faits et d'autres (2) nous font supposer que l'élévation de la température et l'accélération des mouvements du cœur qu'on observe pendant la fièvre sont le résultat de la paralysie des nerfs sympathiques et du nerf vague.

Un grand nombre de faits viennent encore à l'appui de la théorie qui attribue au système nerveux une puissanteinlluence sur les premiers phénomènes de la lièvre, tels que frissons, douleurs, langueur et prostration et même la mort subite qu'on observe quelquefois au début de l'attaque. Dans la fièvre simple continue, qui est indépendante d'un poison spécifique, le système nerveux semble être primitivement affecté; comment expliquer autrement la lièvre qui se produit subitement à la suite de l'épuisemént nerveux résultant de la fatigue morale ou physique? Pour les autres fièvres continues qui sont dues à une action spécifique , on peut supposer que le poison est tout d'abord absorbé par le sang et qu'il produit ensuite son effet sur le système nerveux. Les observations citées par sir Henry .Marsh, dans lesquelles des individus avaient présenté des symptômes fébriles immédiatement après avoir été exposés au poison, ne prouvent pas que l'agent toxique agisse directement sur les nerfs sans avoir été absorbé; en effet, l'acide cyanhydrique produit des effets funestes quelques secondes après avoir été appliqué sur la langue et on retrouve ce poison après la mort dans le sang du cœur.

C'est à la suite de celte action du système nerveux que les muscles sont privés de leur stimulus normal d'où résulte, pour le malade, cet état de prostration et cette gêne dans le mouvement; en même temps le système musculaire et les autres tissus subissent un commencement de transformation. Mais l'importance de celte transformation et la gravité du cas dépendent moins du poison primitif que delà vitalité et delà ré-

(1) Brit.andfor.med. chirur. Review, avril 1856, p. 398; Hanfield Jones, 1 8:iS, n. 3.

(2) Gce, 1871, p. 90.

INTRODUCTION. LXXIX

sistance de l'individu et de sa richesse en muscles et en graisse. Le sang devient tôt ou tard contaminé par les débris des tissus désagrégés qui s'ajoutent au poison primitif. Ces produits morbides peuvent être éliminés par les voies naturelles et rester à peu près inoffensifs; mais si, pour une cause ou pour une autre, leur excrétion ne peut avoir lieu, ils donnent naissance aux symptômes dont nous avons parlé plus haut. La stupeur, le délire et le coma observés pendant le cours des fièvres, sont généralement attribués à l'action du poison sur le cerveau, mais il est probable que le dérangement des fonctions cérébrales est produit, non par le poison, cause première de la maladie, mais par l'accumulation dans le sang des produits de la métamorphose, et par la nutrition défectueuse du cerveau. C'est ce qui explique pourquoi les symptômes de la période avancée des fièvres continues (état typhoïde) ont une si grande analogie, quoique les poisons primitifs, qui leur ont donné naissance, soient parfaitement distincts (1).

Depuis la publication de la première édition de ce livre, deux nouvelles théories ont été proposées pour expliquer les symptômes cérébraux de la fièvre. Liebermeister et quelques autres auteurs (2) ont attribué ces symptômes à l'action directe de la température sur les centres du système nerveux; mais cette opinion ne peut être soutenue si l'on considère que la température de la fièvre relapse atteint souvent 41° et 42° sans donner lieu à des accidents cérébraux, tandis que le typhus s'accompagne souvent des symptômes cérébraux les plus graves sans que la température dépasse 39°, 5. Certaines maladies des reins peuvent également se compliquer d'accidents cérébraux graves sans que la température s'élève au-dessus de la normale. Une autre opinion a été émise par M. Charlton Bastian (3), qui attribue le délire et la stupeur de l'état typhoïde à l'oblitération des petits vaisseaux de la matière grise cérébrale par des masses de globules blancs; mais si ces produits coagulés sont constants, ils sont probablement le résultat de l'état morbide du sang et des troubles de la circulation.

( i) Murchison Clinical lectures on the pathology of the typhoid state {Br. med. Jour.Jt janvier 1808).

(2) Deutsch Arch. fur Klin. med., V. I, p. 174-1800.

(3) Bastian, 1869.

D'après nos connaissances actuelles, on peut résumer les principaux phénomènes des fièvres idiopathiques de la manière suivante :

1° Le poison pénètre dans le sang. — 2° Le système nerveux est paralysé (le sympathique et le pneumogastrique particulièrement). — 3° La métamorphose des éléments azotés du sang et des tissus est augmentée, tandis que la quantité d'éléments assimilés est tout à fait insuffisante pour compenser cette perte, d'où: élévation de la température, grande prostration musculaire et diminution de l'embonpoint. 4° La métamorphose rétrograde est augmentée par l'accélération des mouvements du cœur. — 5° La non-élimination des produits de la métamorphose donne naissance aux symptômes cérébraux et aux inflammations locales. — 6° Aussitôt que le poison et les produits de la métamorphose sont éliminés, les nerfs reprennent leurs fonctions normales et le malade voit revenir ses forces et son embonpoint. Mais il est impossible de dire pourquoi celle terminaison a lieu à une époque fixe dans certaines fièvres continues.

Si celle manière d'envisager la pathologie des fièvres continues est correcte, le traitement doit porter sur les points suivants :

1° Neutraliser le poison et améliorer l'état du sang; — 2° provoquer l'élimination, non-seulement du poison primitif, mais encore des produits de la métamorphose ; — 3° diminuer la température et la fréquence des mouvements du cœur; — 4° favoriser la nutrition autant que possihle et stimuler, quand cela est nécessaire, l'action du cœur par une nourriture et des stimulants appropriés, en ayant soin, toutefois, de ne pas exciter la congestion et augmenter l'activité déjà surchargée des organes glanduleux ; — 5° allénucr les symptômes pénibles ; — 6° parer aux complications locales.

Page 1