DE LA VIE
10 il 14 —
Total, en omettant les cas
Moins d'un septième des malades (13.3 p. 100) dépassait 30 ans, et seulement 1 sur 71 dépassait 50 ans. La population entière de l'Angleterre et du pays de Galles étant en 1861 de 12,481,323 personnes au-dessous de 30 ans, et de 7,584,901 au-dessus de 30, il s'ensuit que les personnes au-dessous de 30 ans sont quatre fois plus
(I) La proportion des cas de fièvre typhoïde dans l'enfance serait bien plus grande, si beaucoup d'enfants atteints de cette maladie n'étaient traités dans les dispensaires et chez eux comme ayant la fièvre rémittente des enfants, et que, comparativement, peu de jeunes enfants sont admis au Fever Hospital.
Page 30.
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îramme I. — Age do 6911 malades atteints do lièvre typhoïde et admis à l'Hôpital des fiévreux de Londres avec le nombre de morts correspondant à chaque âge.
ÉTIOLOGIE.
sxposées à avoir la fièvre typhoïde que les personnes au-dessus de iO ans. La différence à cet égard avec le typhus est remarquable, lie contraste entre l'âge des personnes atteintes du typhus et celui les personnes atteintes de fièvre typhoïde admises à l'hôpital des iévreux est démontré par le tableau comparatif suivant :
Cas do typhus sur 100.
Cas de fiè-vrc typhoïde sûr 100.
Au-dessous de 10 ans
L'augmentation du nombre des cas entre 40 et 45 ans, qu'on observe dans le typhus et la fièvre relapse, ne se rencontre pas dans la fièvre typhoïde.
11 y avait peu de différence entre l'âge des hommes et celui des femmes. Dans certaines années, l'âge moyen était plus élevé pour les hommes dans d'autres années, c'était celui des femmes qui dépassait; et pendant 10 ans, l'âge moyen, ainsi qu'il a été établi plus haut, a été presque égal pour les deux sexes. Sur 1,790 cas observés chez des individus au-dessous de 13 ans, les garçons surpassaient les filles de 178; sur 2,752 cas observés entre 15 et 25 ans, les femmes surpassaient les hommes de 174 ; et dans 7b9 cas observés au-dessus de 30 ans, les hommes surpassaient les femmesd'une unité. Ces résultats sont contraires à ce qui a été remarqué dans le typhus et la fièvre relapse. Les statistiques faites à l'hôpital des fiévreux confirment en quelque sorte l'assertion de West, â savoir que la fièvre typhoïde est bien plus commune chez les garçons quechez les filles (1). Sur 232 cas observés par Barthez et Rilliet (2), et Taupin (3), il y avait 166 garçons, et seulement 66 filles. D'un autre côté, sur 98 cas consignés par Friedleben, il y avait 4-6 garçons et 52 filles (4).
Le fait que la fièvre typhoïde est principalement une maladie de la jeunesse a été confirmé par beaucoup d'auteurs (5). Pour des raisons déjà citées, les cas sont bien plus fréquents dans l'enfance
(1) Diseases ofchildren, 3e éd., 185i, p. 5GI.
(2) Barthez et Rilliet, 1853, vol. II, 7 14.
(3) Taupin, 1839.
(4) Brit.and For. med. Chir. Rev., juillet 1858, p. 101.
(5) Louis, 1841, vol. II, 353 ; Chomel, 183! ; Jenner, 1850, vol. XXII, 457 ; Bartlett, 185U, p. 107 ; Davennc, 1854.
TRAITÉ DE LA FIÈVRE TYPnOïlMÎ.
et dans la jeunesse, que les rapports de l'hôpital des fiévreux ne pourraient l'établir. Sur 7,3-48 cas rapportés à l'Académie de médecine de différentes parties de la France, Gaultier de Claubry certifie que 2,282 ou 31 p. 100 n'avaient pas atteint l'âge de 15 ans (I). Le plus jeune cas observé à l'hôpital des fiévreux, pendant trente-trois ans, fut celui d'un enfant âgé de 6 mois, et dont j'ai présenté les intestins à la Société pathologique de Londres (2). Il y a bien des années, M. Rufz a tâché de montrer que la maladie ne se rencontre pas au-dessousde 4 ans (3) et "West dit qu'elle est très-rare avant 5 ans (4). Il y a cependant beaucoup d'exemples qui prouvent qu'elle peut se montrer à 3 ou 4 ans (5) ; des cas observés dans la première année de la vie ont été rapportés par Abercrombie (6), Rilliet (7), Friedrich (8), Hennig et Wunderlich (9). M. Charcellay, collègue de Bretonneau a l'hôpital de Tours, a publié deux cas observés chez des enfants nouveau-nés : l'un est mort le huitième jour, l'autre le quinzième après sa naissance. Dans le premier cas, on a supposé, d'après les symptômes et les lésions post mortcm, que la maladie avait été contractée dans le sein de la mère, bien que celle-ci n'ait pas eu la fièvre, ni pendant la grossesse ni après l'accoucbement(lO). A peu près âlamemc époque, Manzini a communiqué â l'Académie des sciences le compte rendu de l'autopsie d'un fœtus de 7 mois, qui mourut une demi-heure après sa naissance, et dans lequel beaucoup de plaques de Peyer présentaient des lésions semblables à celles de la dolhiénenlérite ; il ne mentionne pas que la mère ait eu la lièvre (11).
D'un autre côté, la jeunesse n'est pas indispensable au développement de la fièvre typhoïde, comme Louis inclinait à le penser (12).
Quoique beaucoup d'auteurs aient noté sa rareté au-dessus de 50 ans, 83 sur 5,911 observés â l'hôpital des fiévreux, ou 1,37 p. 100, dépassaient cet âge, proportion bien plus grande qu'elle ne le paraît tout d'abord, sionse rappelle que le septième seulement
(1) Gaultier de Claubry, 1849, vol. XIV, 29.
(2) Trans., XVI, 125.
(3) Rufz, 1840.
(4) West, Dis. of c/ii/d., 1854, p. 561.
(5) Rilliet et Barthez, 1840 et 1853 ; Taupin, 1839. (G) Abercrombie, 1820.
(7) Rilliet, 1853, vol. II, 713-4.
(8) Friedrich, 1856.
(9) Brit. and For. med. chir. Rev., juillet 1858, p. 161 ; voir aussi la Gazette médicale, vol. VIII, 717; vol. IX, 781.
(10) Charcellay, 1840.
(11) Manzini, 1841.
(12) Louis, 1841, vol. II, 353.
ÉTI0L0G1E.
e la population entière de l'Angleterre et du pays de Galles est onstitué par des individus ayant plus de 50 ans, et que beauoup de ceux qui survivent à cet âge sont peut être garantis de la nalâdie par une attaque antérieure. 27 cas au-dessus de CO ans mt été notés à l'Hôpital des fiévreux, et 2 au-dessus de 75. )ans un de ces derniers, j'ai trouvé après la mort, dans l'iléon, es ulcérations caractéristiques de la fièvre typhoïde. Lombard (1), ïendron (2), et Reeves (3) mentionnent 17 cas dans lesquels les naïades avaient plus de 50 ans ; et Jacquez rapporte plusieurs cas !ans lesquels l'âge dépassait 60 ans, et même un qui dépasait 70 (4). Trousseau cite le cas d'une femme âgée de 6i ans, ùez laquelle on trouva après la mort les lésions abdominales caractéristiques (5). Ces lésions avaient été également rencontrées, >ar AYilk, sur une femme de 70 ans (6) ; par Lombard chez une emme de 72 ans (7) ; par M. d'Arcy chez une femme de 8G ans (8) st par Hamerhyck, sur un malade de 90 ans (9).
3° Mode d'appahition. — La lièvre typhoïde diffère du typhus et le la fièvre relapse en ce qu'elle est essentiellement endémique. Sn fait, c'est la fièvre endémique de l'Angleterre, comme c'est ■elle de France et d'Amérique. Le tableau suivant montre le îombre des cas admis à l'Infirmerie de Glasgow et à l'Hôpial des fiévreux de Londres pendant les années durant lesquelles m a distingué cette maladie du typhus.
(1) Lombard et Fauconnet, 1843, p. 591.
(2) Gendron, 1829.
(3) Reeves, 1859.
(4) Jacquez, 1845.
(5) Trousseau, 1859.
(6.) Pat/i. soc. tra?is., vol. XIII, p. 68.
(7) Lombard et Fauconnet, 1S43, p. 592.
(8) Gaultier de Claubry, 1849, p. 30.
(9) Griesinger, 1864, p. 154.
MinciiisoM.
Tableau II.
HOPITAL
ANNÉES
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de Londres.
de Glasgow.
d'Edimbourg,
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De ce tableau, il ressort évidemment que le nombre des cas de l'Hôpital des (iévreux de Londres a peu varié d'une année àl'autre. Pendant les 17 premières années du tableau (1848-61), le nombre annuel moyen était de 181. Or, en négligeant l'année 1860 qui fut exceptionnelle pour des raisons ci-après mentionnées, la moyenne était 186; le maximum 253, et le minimum, 137. L'intensité de la lièvre typhoïde et celle du typhus présentent un contraste frappant, mais l'intensité de la fièvre typhoïde est tout à fait indépendante de celle du typhus. Ainsi, quand, en 1856, 1,062 cas de typhus étaient admis à l'Hôpital des fiévreux de Londres, le nombre des cas de typhus n'excédait pas 149 ; mais en 1858, quand le nombre des cas du typhus était descendu à 15, la fièvre typhoïde n'avait pas subi la môme décroissance, de môme qu'elle n'avait pas augmenté après la décroissance du typhus ainsi que le disent quelques auteurs. En fait les admissions de la fièvre typhoïde pour l'année 1858 répondent exactement à la moyenne des 10 années précédentes, la
ÉTI0L0G1E .
remière étant 180, et la moyenne 182. La dernière grande épiémie de typhus à Londres ne coïncida ni avec une augmentation i avec une diminution de la lièvre typhoïde. Ainsi, les admissions e typhus de l'Hôpital des fiévreux pendant les deux années 1862- 863 ont été de 1,827 et 1,309, et celles de fièvres typhoïdes n'ont té que de 220 et 174. La moyenne était de 187, c'est-à-dire presque xàctement la môme que celle des 16 années dont nous avons éjà parlé plus haut. Mais les statistiques de l'Hôpital des fiévreux îontrent une grande augmentation de la fièvre typhoïde à Londres endant les 6 dernières années consignées dans le tableau (1865- 870). Le plus petit nombre, dans ces années, a été de 380, et le ■lus élevé de 595, la moyenne étant pour ces six. années de 484. l'augmentation peut être due à l'extension donnée aux bâtiments d'Hôpital des fiévreux (voir la préface) et à la température excep- .onnellement élevée de quelques-unes de ces années (voir page 66), îais il est à remarquer que cet accroisssement d'intensité de la evre typhoïde à Londres a eu lieu en même temps que l'on sécutait des travaux importants de drainage. Il est à noter issi que l'augmentation de la fièvre typhoïde a commencé trois is après le début de la grande épidémie du typhus, et qu'elle a arsisté après que cette dernière avait disparu. . A Glasgow, la fièvre typhoïde est aussi endémique, et indépenmte du typhus dans son intensité. Pendant dix-neuf ans (1851- SG9), les admissions annuelles à l'Infirmerie royale et à l'Hôttal des fiévreux étaient en moyenne de 100, elles n'ont jamais ccédé 221, et n'ont jamais été au-dessous de 36, quoique les !u;issions aient varié pour le typhus entre 175 et 3,488. En 1858, ; y eut 117 cas de fièvre typhoïde, et 175 de typhus, tandis que, î 1847, il n'y avait que 127 cas de fièvre typhoïde pour 2,399 cas : I \ phus,et2,333 cas de fièvre relapse ; et en 1865,89 cas de fièvre •phoïde, et 3,488 cas de typhiis (1). Ainsi, àÉdimbourg, la fièvre phoïde a été aussi commune dans les années où le typhus exisit à peine, qu'elle l'a été pendant les plus grandes épidémies du I phus. En 1862, on a admis à l'Infirmerie royale 79 cas de fièvre phoïde et 14 de typhus, tandis qu'en 1866 il y eut 69 cas de fièvre phoïde et 847 de typhus. Ainsi qu'il a déjà été dit, le développeentde la fièvre typhoïde n'a nullement été entravé par l'apparition ibséquente du typhus. Il résulte de tous les Rapports officiels que lièvre typhoïde a été bien plus fréquente à Édimbourg pendant
i Depuis l'introduction do l'immense approvisionnement d'eau qui a été fait Glasgow, la (lèvre typhoïde parait avoir diminué dans cette ville, ce qui ofire contraste favorable avec Londres et Édimbourg.
3 0 TRAITÉ lili i.a FIÈVRE TYJPHOÏD.B.
ces quelques dernières années qu'autrefois, quoique ce ne fût pas une maladie rare anciennement, comme on l'a d'abord cru. En 1827, Alison établit qu'il a fréquemment vu des enfants présenter tous les symptômes et toutes les lésions post mortem de la fièvre décrite parles auteurs français (1). Christison a observé la môme fièvre en 1829 (2), et, quelques années plus lard, des cas; ont été observés par Graigie (3) et Home.
Home a trouvé les plaques de Peyer ulcérées dans 7 autopsies de fièvre sur 101 (A). Après avoir examiné les registres d'autopsie de l'Infirmerie royale, je puis certifier que, de 1833 à 1838, on a fait chaque année l'autopsie de 2 ou 3 cas; ce qui porte à 15 le chiffre total des cas pendant ces six années. Sur 132 cas de lièvre dont l'autopsie a été pratiquée par le docteur John Reid, entre 1838 et 1848, l'ulcération des plaques de Peyer fut observée dans 8 ; et l'examen post mortem n'avait lieu que dans un quart des cas (5). En 1812, l'ulcération des plaques de Peyer a été trouvée dans 3 cas sur 2!), et dans 85 cas mortels, le intestins n'avaient pas été examinés (6). Du 1er novembre 1846 au mois de juin 1847, 19 cas de lièvre avec ulcération des plaques de! Peyer ont été autopsiés à l'Infirmerie royale (7) et, de 185-4 à 1861, l" nombre des autopsies faites chaque année a été réparti ainsi qu'a suit : 1854, cinq ; 1855, deux; 1856, un ; 1857, huit ; 1858, un ; 1859, deux; 1860, un; 1861, six. D'après ces faits, il est clair quel fièvre typhoïde n'est pas une maladie nouvelle à Edimbourg, mais il est non moins certain qu'elle a été bien plus fréquente dans la ville d'Edimbourg, depuis quelques années, qu'elle ne l'avait éÇ précédemment. Des preuves données par John Reid, Peacock e Robertson (8) il ressort que pendant les cinq années de 1838 à 1842, et pendant les trois années qui ont précédé 1847, il n'y a pas eu, à L'Infirmerie royale, une seule autopsie de fièvre dans laquelle on ait rencontré des lésions intestinales ; au moins il n'y a pas eu un seul cas dans lequel le malade ait contracté l'affection dans la ville môme. Mais la ville d'Edimbourg n'a pas longtemps joui de celte immunité. En 1862, le docteur W. T. Gairdner nous a appris qu'une grande partie des cas étaient indigènes (9), et en 1863
(1) Alison, 1827.
(2) Chrjstison, 1S58, p. 558.
(3) Craigie, 1834 et 1837.
(4) Staik, 1865, p. 310.
(o) Reid, 1840 et 1842. (G) Peacock, 1843.
(7) Bennet, 1847 ; Waters, 1847.
(8) Robertson, 1848.
(9) Gairdner, 1802 (n° 2), p. 170.
ÊÏIOXOGIE.
Ihristison montra que la maladie avaif, été très-commune parmi •eux qui habitaient la ville depuis longtemps (1), et les admissions à l'iulirmerie royale depuis 18G2 (voir le tableau II) montrent iue la maladie est maintenant endémique à Edimbourg comme à Londres.
Il est à remarquer que cette augmentation de lièvre typhoïde à Edimbourg fut consécutive à l'adoption de nouvelles dispositions sanitaires dans le système des égouts (2). On avait fait communiquer chaque maison avec l'égout, mais avec un courant d'eau insuffisant pour empêcher les émanations.
La fièvre typhoïde n'a jamais figuré parmi les grandes fièvres épidémiques qui ont dévasté l'Angleterre, bien que, pendant ces grandes épidémies, on en ait rencontré quelques cas, de même qu'on a rencontré des cas de rougeole pendant des épidémies de variole (3). Mais, hien qu'elle soit essentiellement endémique, cette maladie peut devenir épidémique, même dans des localités où elle avait été jusque-là inconnue. Ces épidémies cependant sont différentes de celle du typhus en ce qu'elles sont locales et circonscrites. Quelquefois même elles sont restreintes à une seule maison ou à un village. Nous donnerons beaucoup de détails sur ces épidémies ; on en trouvera également dans les ouvrages de John Reid (4), de Stewart(o) et de Bartlett (6), et particulièrement dans les rapports présentés à l'Académie de médecine de Paris (7), de même que dans ceux publiés par l'officier médical du conseil privé. A cause du caractère local et circonscrit de ces épidémies, la fièvre typhoïde a souvent été désignée par le nom des localités dans lesquelles elle a régné. Ainsi nous disons, la fièvre de Croydon, de "Westminster, de Cowbridge, de Windsor, etc.
4° Mois et saisons. — Contrairement à ce qu'on observe dans le typhus, le développement delà fièvre typhoïde varie considérablement selon les mois et les saisons. Le nombre des admissions mensuelles qui ont eu lieu pendant 23 ans, à l'Hôpital des fiévreux, est donné au tableau III (page 39). Les diagrammes indiquent également les admissions de chaque année, de chaque trimestre., et de chaque saison.
D'après le tableau III, il est évident que les chiffres d'admission
(1) Christison, 18G3.
(2) Voir Gairdner, 18G2 (n- 1), p. 255.
(3) Voir le récit des épidémies do 182(i et de 1847.
(4) Reid, 1X42.
(à) Stew'art, 1840 et 1858, p. 275.
(G) Bartlett, 185G, p. 90, 10G.
(7) Voir Bibliographie, 1833, 1849 et 1850, et surtout 18i9, p. 54.
3S TRAITÉ DE LA FIÈVRE TYl'HOÏDE.
les plus élevés correspondent aux mois d'automne: octobre, novembre, septembre et août ; et les plus faibles, aux mois d'avril, de mai, de février et de mars. Dans les deux mois d'octobre et de novembre, les admissions ont représenté les 27,7 p. 100 du nombre total ; mais, en avril et mai, elles n'ont été que des 7,3 p. 100. De plus, cette grande augmentation de fièvre typhoïde pendant les mois d'automne a été observée chaque année pendant les 23 ans, sauf une seule exception (1860) ci-après indiquée; et, quoique les différentes fièvres continues n'aient été enregistrées à l'Hôpital des fiévreux que depuis 1847, je trouve cependant, en consultant les rapports imprimés des vingt dernières années précédentes, que l'ulcération des intestins était toujours notée comme plus fréquente en auLomne.
Il est aussi digne de remarque que l'augmentation de la fièvre typboïde en automne ne cesse pas immédiatement à l'approche de l'hiver. Enfin, dans les mois d'hiver, de décembre et de janvier, les cas ont. été encore plus nombreux qu'en juin et juillet. La maladie, qui est à son maximum vers la fin del'automne, continue à décroître jusqu'en avril, où elle atteint son minimum, et alors, progressivement, elle augmente pendant l'été et l'automne. II semblerait que la cause de la maladie soit augmentée ou déLerminée par les chaleurs prolongées de l'été et de l'automne, et qu'elle ait besoin des froids prolongés de l'hiver et du printenfps pour diminuer ou disparaître.
L'augmentation des cas de fièvre typboïde en automne n'est pas limitée à l'Hôpital des fiévreux ou à Londres. De nombreuses recherches m'ont convaincu que la môme chose existe dans les autres hôpitaux métropolitains. Sur 131 cas traités par Todd à l'hôpital du Collège du roi pendant une période de vingt ans, j'ai reconnu que 21 ont été admis au printemps ; 25, en été; 51, en automne, et 3-i, en hiver (1).
Il y a trente-cinq ans, le docteur Burne affirmait qu'il n'y avait pas de manifestation d'affections intestinales dans les fièvres continues de Londres, en dehors des mois d'automne (2).
La plupart des invasions de fièvre typhoïde qui ont eu lieu dans les villes et dans les villages d'Angleterre, et qui ont été relatées clans les journaux de médecine pendant les trente dernières années ont paru en automne (3). La fièvre d'automne, observée au
(1) Bridsh and for. med. chir. Rev., octobre, 18G0.
(2) Hun c, 1828, p. 159.
(3) Voir Edmonstone, 1818; lîibliogr. de 1 S i G ; TU Croydon Fever, bib. Beadle, 1853 ; Camps, 1855 ; Budd, 185G ; Marchison, 1852, 1859, n" 3.
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siècle dernier, en Angleterre et en Irlande par sir John Pringle et Rutty, était probablement la môme maladie (d).
A Glasgow, en 1836 et 1837, le docteur Stewart a observé que • les cas de fièvre typhoïde admis à l'Infirmerie étaient très-nombreux dans la dernière partie de l'été et de l'automne, et très-rares en hiver et au printemps (2). En septembre, octobre et novembre 1857, i 18 cas furent admis à l'Infirmerie royale d'Edimbourg; mais dans les trois mois de printemps de la même année, il n'y en eut que 6 cas.
Des observations semblables ont été faites sur le continent. A , Genève, il y a longtemps que Lombard a observé que la maladie sévissait avec plus d'intensité en automne (3). Rilliet et Barthez s'expriment ainsi :
« Les nouveaux faits que nous avons recueillis concordent avec] les conclusions auxquelles sont arrivés MM. les docteurs Marc d'Espine et Lombard, savoir, que l'automne est de toutes les sai-l sons celle qui prédispose le plus à la fièvre typhoïde. Les trois épidémie qui onl spécialement atteint les enfants dans le canton de Genève ont toutes eu lieu en automne. Après l'automne vient l'hiver (-'<)■ » Sur 452 cas observés par Piedvachc pendant dix ans, clans les provinces de France, 310 ont eu lieu en automne et en hiver, et 54 seulement au printemps (5). Sur 116 épidémies locales qui ont éclaté dans différentes parties de la France entre 1841 et 1810, 20 ont commencé pendant le premier trimestre de l'année ; 21. pendant le second ; 39, pendant le troisième, et 36 pendant le quatrième (6).
Dans le département du Doubs, Druber remarque que la maladie était toujours bien plus commune en automne et en hiver (7). Sur 183 cas observés à Strasbourg par Forget, 60 eurent lieu en automne, 49 en été, 38 au printemps, et 36 en hiver (8). A Berlin, j'ai été informé par le docteur Quincke, un des médecins de l'hôpital delà Charité, que la maladie a toujours son maximum en automne et son minimum au printemps (9). En Amérique, Bartlet a depuis longtemps remarqué que la fièvre typhoïde domine plus
(1) Pringle, 1752, p. 226 ; Rutty, 1770, p. 106, 202, 320.
(2) Stewart, 1840, p. 291.
(3) Lombard, 1839 et 1843.
(4) Railliez et Rilliet, 1853, vol. II, 715.
(5) Piedvaclie, 1850, p. 20.
(6) Gaultier de Claubry, 1849, p. 8.
(7) Druher, 1858.
(8) Forget, 1841, p. 409.
(g Pour d'autres preuves do la même nature, voir Griesingcr, 1S64, p. 1<9-
diagramme III. — Nombre des malades atteints de fièvre typhoïde pendant chaque siison, pendant H ans.
là
en automne. Sur 645 cas admis à l'hôpital Lowell pendant sept ans, 250 l'ont été en automne, et seulement 104 au printemps (I). Woods dit « qu'elle est toujours plus commune en automne et en hiver (2).n Austin Flint remarque que dans la Nouvelle-Angleterre elle paraît d'une façon si marquée en automne, qu'on la désigne sous le nom de fièvre d'automne ou F ail Fever (3). Les comptes rendus de M. Ernest Besnier sur les maladies régnantes attestent invariablement la prédominance consécutive de la fièvre typhoïde en automne (4).
5° Température. —Humidité. — Sol. — Non-seulement la fièvre* typhoïde augmente en automne, mais on a remarqué qu'elle était surtout dominante après des étés remarquables par la sécheresse, l'élévation de la température, et qu'elle était exceptionnellement rare dans les étés et les automnes froids et humides . L'été et l'automne de 1846 ont été remarquables par leur grande chaleur, et les journaux de médecine relatent de nombreuses apparitions de lièvres typhoïdes dans différentes parties des comtés d'Angleterre (5) où l'épidémie de typhus qui survint ensuite ne parut jamais. En France, où le typhus ne s'est pas plus montré, la fièvre typhoïde a sévi d'une manière exceptionnellement en 1846, et on l'a attribué en grande partie à l'excessive chaleur (6). Le rapport de l'Hôpital des fiévreux de Londres pour cette môme année établit que, « pendant la chaleur inaccoutumée qui a existé en été et en automne, la diarrhée accompagnait presque tous les cas de fièvre » et que dans les cas de mort » les intestins étaient largement atteints. » Il n'est pas surprenant alors qu'un plus grand nombre de cas aient été observés à Edimbourg pendant l'automne et l'hiver de 1846 à 1847. Ainsi que je l'ai déjà démontré, cette manifestation de la maladie était indépendante de la grande épidémie du typhus qui l'a immédiatement suivie. Les étés et les automnes de 1865, 1866, 1868 et 1870 ont été également remarquables par leur grande chaleur, leur sécheresse prolongée, et aussi par une augmentation de fièvre typhoïde prématurée et inaccoutumée (voir le tableau III). On trouvera plus tard de nombreux exemples de fièvres typhoïdes éclatant après une chaleur et une sécheresse prolongées. Mais, quant à présent, il suffit
(1) Bartlett, 1850, p. 101.
(2) Traité ou Pracl. med., 4° éd., vol. I, 3fi9.
(3) Flint, 1852, p. 20.
(/i) Voyoz la collection des Archives de la Société médicale des hôpitaux. {H. G. M ).
(5) Voyez la Bibliographie do 1840.
(G) De Claubry, 1859, p. 18, On.
d'observer que si une très-chaude saison existe pendant une épidémie de typhus, le typhus et la fièvre typhoïde subiront en môme temps un accroissement inusité, sans que l'on doive pour cela en conclure que ces deux affections aient une même origine. C'est probablement l'explication de la légère augmentation de fièvre typhoïde observée vers la fin de l'épidémie du typhus de ■182G- 1828. En tous cas, l'été et l'automne de 1828 passent pour avoir été remarquablement chauds. En 1837, Gless rassembla les rapports faits sur les épidémies de fièvre typhoïde qui avaient été observées a Stuttgart de 1783 à 1837. Toutes éclataient en automne ou à la fin de l'été, et elles avaient toutes été précédées par des saisons remarquablement chaudes (1).
D'un autre coté, peu d'années ont eu un été et un automne aussi froids et aussi humides en Angleterre que 1860, et on a constaté cette année dans tout le pays une notable diminution dans le nombre des cas de ûèvres typhoïdes: la même observation a été faite à Londres, pendant l'automne humide de 1872. En se reportant au tableau III, on verra que les admissions à l'Hôpital des fiévreux en 1860 ont diminué de moitié comparativement aux douze années précédentes, et que cette diminution était due à l'absence de l'augmentation qui se produit ordinairement en automne.
La simple sécheresse de l'atmosphère ne contribue pas cependant h l'augmentation de la lièvre typhoïde. Au contraire, la chaleur humide, époque à laquelle la puanteur des égouts est le plus prononcée, est souvent suivie d'une apparition de la maladie. Cependant l'augmentation des pluies balaye ces impuretés auxquelles l'origine et le développement de la maladie sont principalement dus dans les villes à égouts. Mais dans les villes où il n'y en a pas, la pluie peut également amener une épidémie de la maladie, en opérant le mélange des ordures aux eaux potables, ainsi que cela arriva a Festiniog en 1863 (2) et à Dundee en 1864 (3).
Le professeur Pettenkofer et M. Buhl de Munich ont essayé de démontrer que le développement de la fièvre typhoïde dépend seulement de la présence d'un certain amas d'eau dans le sol. Le poison auquel ils croient que la maladie est dû se multiplie dans le sol plutôt que dans le corps des malades ; les conditions né-
(1) Cless, 1837. Pour d'autres exemples de l'augmentation de la fièvre typhoïde dans des saisons extrêmement chaudns en France, voir de Claubry, 1849, p. 18.
(2) Buchanan, dans le Cc Rep. of Médical Off. of privy Coxmcil, 18G4, p. 787.
(3) Maclagan, T. J. 1867.
ÉTIOLOGIE. 4 3
cesssaires sont un terrain poreux, saturé d'eau dans ses parties basses, et dans lequel le niveau d'eau s'abaisse rapidement après avoir atteint une hauteur inaccoutumée. Le rapport entre ces conitions et la présence de la fièvre typhoïde à Munich, pendant de orgues années, paraît être clairement établi d'après leurs recherches. Mais ce rapport ne semble pas, ainsi que Buchanan le it, devoir être toujours expliqué par une plus grande infiltralion ui, dans les circonstances en question, aurait introduit des détritus organiques à la surface des puits dont l'eau est destinée être bue. Les opinions du professeur Pettenkofer sur l'origine e la fièvre typhoïde sont, à mon avis, trop exclusives, et elles ia' expliquent pas les fréquents rapports qui ont été observés dans e pays, entre les systèmes d'égouts défectueux ou l'impureté des eaux potables et la fièvre typhoïde, conditions qui sont absolument indépendantes des variations de l'eau souterraine; de plus à erling, il a été démontré parle docteur Thorne qu'une imporante endémie de fièvre typhoïde, observée en 1867, a coïncidé avec me élévation de l'eau souterraine après une sécheresse (I). 6° Intempérance, fatigue, émotions mentales. — Rien ne prouve ue ces causes prédisposent à la fièvre typhoïde. En France, on it que les ivrognes ne sont pas plus accessibles à la maladie que 3S personnes sobres (2).
7° Maladies antérieures. — 11 est douteux que des maladies antéieures augmentent la prédisposition à la fièvre typhoïde. La plunart des malades sont atteints au milieu d'une santé parfaite. Il est nécessaire cependant de remarquer ici le rapport que on suppose exister entre la fièvre typhoïde d'une part, et la vaiole, les fièvres paludéennes et la phlhisie, d'autre part. Plusieurs auteurs français (3) opposés à la vaccination ont essayé e prouver que cette mesure préventive n'avait amené aucune diîinution dans la mortalité, mais seulement un déplacement, et que i variole avait été remplacée par la fièvre typhoïde, affection ui, selon eux, n'est qu'une variole interne, dans laquelle l'érupon s'est développée dans les intestins au lieu de l'être sur la peau, a môme été proposé à l'Académie de médecine de prévenir la èvre typhoïde en vaccinant une portion de la membrane mu-
(1) Voir sur ce sujet Pettenkofer, 1809 ; différents essais par Bulil, Seidel, Petnkofer, Buxbaum, etc., les six premiers volumes du Zeûschrift f. Biologie, G.,-,0; Buchanan, Med. Times and Gaz., 12 mars 1870; Pettenkofer, ibid.,
juin 18,0 ; et Thorne dans le 10e Hep. of Med. Off. of Privy Council, p. 51.
(2) En ce qui regarde l'influence des émotions mentales, lo contraire a lieu pour typhus.
(3) Ancelon et Bayard, 1851 ; Gressot, 1855; Carnot, 1856.
queuse. Le sujet a été étudié avec le plus grand soiu à l'Académie de médecine, et le résultat a été une réfutation complète de la doctrine de M. Carnot :
1° La fièvre typhoïde n'était pas inconnue avant l'introduction de la vaccine, ainsi que cela a été établi, et était aussi répandue alors qu'elle l'est maintenant.
2° C'est seulement dans des cas exceptionnels que les lésions intestinales delà fièvre typhoïde offrent une ressemblance éloignée avec les pustules de la variole ; et, môme alors, les deux conditions morbides sont essentiellement différentes.
3° Une attaque de l'une des maladies ne confère aucune immunité contre les atteintes de l'aulre. On a observé beaucoup de cas dans lesquels des personnes ont eu la fièvre typhoïde immédiatement après avoir eu la variole, et des personnes en convalescence | de la fièvre typhoïde ont été atteintes de la variole (1).
v l-i' petil i lu e de personnes vaccinées qui souffrent de l'in-1
lluence du poison variolique n'ont jamais que de la petite vérole;! tandis que, d'après la doctrine de M. Carnot, quand le poison! variolique agit sur des gens vaccinés, il devrait produire la fièvre! typhoïde (2).
L'antagonisme que l'on suppose exister entre la fièvre typhoïde 1 et les lièvres paludéennes est d'un bien plus grand intérêt. ] Pendant longlcmps, l'opinion suivante a prévalu en Amérique. 1 On croyait que la fièvre typhoïde a une tendance à remplacer I les fièvres intermittentes et rémittentes, attendu que ces maladies,. I tant par l'effet de la culture que par d'autres causes, sont en dé- I croissance ou disparaissent (3). Cette opinion a été jusqu'à un cer-H tain point corroborée par les recherches de M. Boudin (4), qui s'esbi efforcé de démontrer qu'il existait un antagonisme entre les deux 1 maladies en question. Selon cet auteur, les localités où la consti-« tution des habitants est modifiée par la malaria sont remari quables par la rareté de la fièvre typhoïde ; tandis- que les localités' remarquables par la fréquence de la fièvre typhoïde sont pareillement citées pour la rareté et la bénignité des lièvres interiH miLlentes. 11 établit en outre que le dessèchement d'un marais, ou sa transformation en lac, diminue ou arrête les fièvres intermit^ tentes, mais dispose le système à un nouveau groupe de maladies
(1) Voir, pour cgs exemples, les Leçons cliniques de Trousseau.
(2) Voir îi ce sujet le llapport de M. Simon sur la vaccine, 1S57, p. 5C ; et Barthez etRilliet, 1853, vol. III, 83,
(3) Bartlètt, 185G, p. 100.
(4) Boudin, I84G.
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parmi lesquelles la phlhisie pulmonaire et la fièvre typhoïde doivent être citées en premier lieu. Enfin il maintient que l'individu qui habite une contrée marécageuse acquiert une immunité contre la fièvre typhoïde, immunité d'autant plus marquée que la résidence a été plus longue. M. Boudin mentionne quelques faits remarquables se rattachant à des régiments français qui, après avoir été longtemps exposés à la malaria en Algérie, revinrent en France où ils furent exempts de la fièvre typhoïde, bien que cette affection ait sévi avec intensité dans d'autres régiments casernés dans les mêmes bâtiments. Mais il est douteux qu'un antagonisme, tel que M. Boudin s'est efforcé de l'établir, existe réellement entre les fièvres inter-" mittentes et la fièvre typhoïde. Cette dernière n'est pas inconnue dans des contrées où la fièvre intermittente domine. Elle n'est pas rare dans l'Inde, dans la Birmanie et dans d'autres contrées paludéennes où elle a été probablement prise souvent à tort pour la fièvre rémittente.
Les faits mentionnés par des auteurs américains et par M. Boudin suggèrent une pensée de similitude plutôt que antagonisme entre la fièvre typhoïde et les fièvres paludéennes, les poisons étant engendrés, dans les deux cas, au milieu de circonstances semblables. Une communication remarquable faite sur ce sujet à l'Académie des sciences en 1845 par M. Ancelon doit être mentionnée (1). Bien des années auparavant, la fièvre typhoïde avait été constamment endémique dans la commune de Guermange, dans le duché de Lorraine, et paraissait chaque année pendant la saison des chaleurs ; mais, au bout de vingt-cinq ans, elle avait entièrement disparu de bipartie nord de la commune, et cette disparition avait coïncidé avec la suppression dans cette localité d'un étang stagnant. Dans la partie sud de la commune, cependant il y eut des épidémies de fièvres intermittentes tous les trois ans (en 1829, 1832, 1835, 1838, 1841), alternativement avec des épidémies de fièvre typhoïde (1830, 1833, 1836, 1839, 1842) et des maladies furonculaires (1831, 1834, 1837, 1840,1843). Dans cette partie de la commune, il y avait un grand lac appelé X Indre basse, que l'on vidait tous les trois ans, et dont on cultivait les terres ; puis on laissait l'eau le remplir encore pendant deux ans. Ces fièvres intermittentes paraissaient pendant la première année que l'étang était rempli.
Les épidémies de fièvre typhoïde coïncidaient avec la seconde année. Pendant l'automne de cette môme année l'étang commença
(1) Ancelon, 1845.
à sécher, et M. Ancelon attribua la fièvre à l'action de la chaleur et de l'humidité sur une immense quantité de débris animaux et végétaux qui s'étaient amoncelés pendant deux ans sur les bords du lac. Les maisons de la commune étaient uassi très-mal aménagées quant à l'écoulement des eaux. Cet exemple est loin d'être unique. M. Killiches a relaté une épidémie de fièvre typhoïde, qui eut lieu dans une petite ville de la Bohème à la suite du dessèchement d'un lac (1). D'autres exemples se trouvent dans les rapports sur les épidémies à l'Académie de médecine (2).
Selon M. Forget, des personnes malades de la phthisie sont rarement atteintes de la fièvre typhoïde. Cet auteur considère la première affection comme un préservatif de l'autre (3). Qu'il en soit ainsi ou non, une attaque de fièvre typhoïde est souvent suivie de dépôt tuberculeux dans les poumons. Mais de semblables circonstances ne justifient nullement l'opinion émise par les docleurs J. Harley (A) et H. Kennedy (5), à savoir : que les ulcérations intestinales tuberculeuses et typhoïdes présentent une telle ressemblance qu'elles ne peuvent être distinguées. (Voir le chapitre xn.)
Enfin, il a été établi parSlober, Loschner et Friedleben (6), que la lièvre typhoïde et la fièvre scarlatine sont en raison inverse quand elles apparaissent épidémiquement ; et que, quand l'une domine, l'autre ne présente que quelques cas isolés. Mon expérience est opposée à l'observation de ces auteurs. J'ai souvent vu que les deux maladies sévissent en même temps d'une façon extraordinaire. Ce fut ainsi à Windsor en 1858; et l'année 1870 fut remarquable par le nombre extrêmement élevé des admissions de fièvre typhoïde et de scarlatine à l'Hôpital des fiévreux de Londres. De plus, les Rapports du Registrar- General montrent que la mortalité de la lièvre scarlatine est toujours plus grande à la fin de l'automne, époque à laquelle la fièvre typhoïde sévit également avec plus d'intensité. Bien plus, la fièvre scarlatine paraît prédisposer à la fièvre typhoïde. Sur 12 malades, qui ont contracté la fièvre typhoïde à l'Hôpital des fiévreux de Londres, pendant vingt- trois ans, 8 avaient été admis avec la fièvre scarlatine (voir p. 462). Dans plusieurs de ces cas, il y avait quelque raison de penser que le poison de la fièvre typhoïde, aussi bien que celui de la fièvre scarlatine, était entré dans l'organisme avant l'admission du malade à l'hôpital. Mais, dans aucun,
(1 Killiches, 1837.
(•») Du Claubry, 1840, p. 51.
(3j Fui-set, 1841, p. 331.
(4) J. Harley, 1873.
(5) H. Kennedy, 1873.
(0) lirit. and for. med. chir. Rev., juillet 1858, p. 1G2.
ÉTI0L0G1E.
il n'y a ou plus de- difficulté à reconnaître la marche des deux maladies, que lorsqu'un malade, admis avec la fièvre typhoïde, a contracté la scarlatine à l'hôpital. Je n'ai rien vu qui pût justifier l'opinion soutenue par le docteur J. Harley, que la fièvre scarlatine et la lièvre typhoïde sont des manifestations différentes du même poison, etquelafièvretyphoïdeestune « scarlatine abdominale» (I).
8° Idiosyncrasie. — Beaucoup de faits paraissent montrer que certaines particularités de constitution peuvent favoriser ou détourner une attaque.
9° Agglomération et ventilation défectueuse. — L'existence de la fièvre typhoïde est indépendante de l'agglomération et d'une ventilation défectueuse. La maladie éclate partout, sans distinction, non-seulement dans les quartiers les plus habités, mais aussi clans les moins populeux des grandes villes ; et elle se voit fréquemment dans les campagnes et même dans des maisons isolées. Comme le typhus et la fièvre relapse n'éclatent qu'au milieu de grandes ag- . gloméra lions et que la fièvre typhoïde éclate partout, il s'ensuit que, dans les quartiers du centre et dans les quartiers populeux de la capitale, le nombre des cas de typhus et de lièvre relapse surpasse de beaucoup les cas de fièvre typhoïde. Mais, en passant dans les faubourgs, la proportion des cas de fièvre typhoïde augmente graduellement ; et, dans la campagne, la fièvre typhoïde est presque la seule que l'on rencontre. Ceci ressort, jusqu'à un certain point, de la comparaison des résidences des malades amenés à l'Hôpital des fiévreux de Londres ainsi qu'on peut en jugerparle tableau suivant :
Tableau IV.