‹ La Fievre typhoideChapitre 43 sur 121 · I. — CONTAGION · texte numérisé non relu

I. — CONTAGION

S'il est presque universellement admis que le typhus et la fièvre relapse sont des affections éminemment contagieuses, beaucoup

ÉTJOLOGIE.

d'observateurs autorisés ont émis des doutes au sujet de la transmissibilité de la fièvre typhoïde. Andral, en 1833, déclara qu'il n'avait jamais vu qu'elle présentât le plus léger caractère contagieux soit dans les hôpitaux, soit dans la pratique privée (1); et, l'année suivante, Chomel disait qu'en France, il n'y avait pas. plus d'un médecin sur cent qui la considérât comme contagieuse (2). En 1840, Stewart écrivit ce qui suit : « En aucun cas, malgré les recherches les plus minutieuses en Écosse ou dans les hôpitaux de Paris, je n'ai pu trouver dans cette maladie le caractère de la contagion (3). »

Certains observateurs français, cependant, ont rassemblé beaucoup défaits pour prouver que la fièvre typhoïde est contagieuse. Leuret, en 1828, démontra qu'à Nancy, elle avait été introduite par la contagion (4) ; et, Tannée suivante, Bretonneau communiqua à l'Académie de médecine une série d'observations tendant à prouver que la dothiénentérie, telle qu'on l'observait dans la campagne, était éminemment contagieuse (5). Ces mémoires furent suivis, en 1834, d'un travail de M. Gendron, de Château-du-Loir (6), qui affirmait que tous les cas étaient dus à la contagion, et que la fièvre typhoïde devait être rangée parmi les maladies les plus contagieuses. Beaucoup d'autres faits, tendant à prouver sa nature contagieuse dans les campagnes, furent postérieurement mentionnés par différents auteurs (7). Ces observations exci tèrent beaucoup de discussions, et les médecins de Paris soutenaient que, dans cette ville, la maladie se répandait rarement par la contagion quoi qu'il pût arriver en province. Il n'est pas jusqu'à Louis qui, en 1841, bien qu'admettant pleinement les faits relatés par Bretonneau, Gendron et autres, n'ait soutenu que dans sa longue carrière, il n'avait rencontré que trois cas dans lesquels l'origine contagieuse était incontestable.

En 1849, parut l'ouvrage couronné de M. Piedvache, de Dinan, intitulé : Recherches sur la contagion de la fièvre typhoïde (8). Dans ce mémoire se trouvaient réunis beaucoup de faits notés par l'auteur et enregistrés par des observateurs précédents.

Après avoir cité et apprécié très-impartialement les arguments

(t) Andral, 1823, éd. 1834, vol. I, 485.

(2) Chomel, 1834.

(3) Stewart, 1840, 293.

(4) Leuret, 1829.

(5) Bretonneau, 1829.

(0) Gendron, 1834.

(7) Voir Bibliographie, >, 18l7

(8) Piedvache, 1850, p. "2.

pour ou contre la contagion, l'auteur arrivait à cette conclusion que la maladie était contagieuse, mais seulement dans de certaines conditions; et il admettait en même temps que beaucoup de faits « prouvent évidemment que ce phénomène (contagion) n'a pas toujours lieu. >. La môme conclusion a été adoptée par Trousseau (1).

En Amérique et en Angleterre les opinions ont été également partagées sur ce sujet; mais beaucoup de savants croient maintenant que, bien que la maladie puisse se communiquer dans une certaine mesure, il est impossible, dans de nombreux cas, de découvrir aucune trace de contagion. En Angleterre comme en France, il}' a des auteurs qui ont soutenu des opinions extrêmes; les uns croyant qu'il n'y pas de preuves concluantes en faveur de l'origine contagieuse à un degré quelconque, tandis que d'autres, comme W. Budd, soutenaient que la nature contagieuse de la fièvre typhoïde est la vérité dominante de son histoire (2). Cette dernière opinion a été accueillie par sir Thomas Watson dans la dernière édition de ses conférences médicales (1871).

La question est d'une telle importance, qu'il nous paraît utile d'examiner un à un les principaux arguments qui ont été proposés en faveur de la nature contagieuse de la maladie.

A. Quand un individu est atteint, il arrive souvent que beaucoup d'autres cas sont ensuite oùso'vés dans la même maison ou dans le même quartier. — Des faits de cette nature sont communs dans les villes comme dans les campagnes; mais les avocats de la contagion leur ont donné une importance qui ne leur était pas due. Il suffit d'un peu de réflexion pour voir que de tels cas s'expliquent aussi facilement par la supposition d'une origine locale commune que par celle de la contagion locale. Si l'on possède des exemples dans lesquels les cas se sont succédé, de façon à appuyer ridée que la maladie a été transmise de l'un à l'autre, on possède beaucoup d'autres observations qui combattent cette opinion-. Il arrive quelquefois que des personnes résidant dans une même maison, au nombre de vingt ou quarante, sont prises toutes à la fois de façon à faire croire à un empoisonnement; et cependant on ne peut trouver aucune trac^ de contagion. D'un autre côté, l'intervalle entre les différents cas est quelquefois trop long pour que l'idée de la contagion puisse être admise. J'ai vu, dans plusieurs circonstances, des cas isolés de fièvre typhoïde se manifester dans

(1) Trousseau, 18G1.

(2) W. Budd, I85G, 1859, 1801.

ÉTIOLOGIE.

une même maison, d'année en année, sans qu'il fût possible de trouver le moindre indice d'importation. Par exemple, 6 cas, provenant d'une seule maison, furent admis à l'Hôpital des fiévreux : un en juin 1849, un en octobre 1851, un en février 1854, un en novembre 1855, un en novembre 1856, et le sixième en juillet 1857.

De plus, l'ordre de succession des cas n'a souvent aucun rapport avec le risque de contagion auquel on s'est exposé. Piedvacbe mentionne un exemple remarquable de fièvre typhoïde dans une école de garçons à Dinan. Le premier enfant atteint fut soigné par ses camarades, parmi lesquels plus de vingt passèrent la nuit' près de lui pendant sa maladie, et ne prirent aucune précaution contre la contagion. Pas un des enfants, ainsi exposés, ne fut atteint de la fièvre; mais un second cas se présenta dix-neuf jours après la mort du premier enfant, et ce fut chez un garçon qui n'avait eu aucune communication avec le premier malade, qui n'était jamais entré dans sa chambre, et qui avait couché dans une partie éloignée du bâtiment (1).

Jj. On dit que la fièvre typhoïde est communiquée aux gardes-malades et autres personnes soignant les malades. ■ — ■ On peut citer beaucoup de cas dans lesquels des gardes- malades, allant soigner à domicile des personnes souffrant de la fièvre typhoïde, furent atteintes peu de temps après leur arrivée ; mais en admettant que la maladie ait une origine locale, la garde-malade est aussi exposée au poison que les autres habitants; et le fait d'être exposé au danger depuis peu de temps, la rend encore plus accessible au mal. Je n'ai jamais connu un seul cas, ni entendu citer un seul exemple dans lequel la fièvre ait été communiquée à un médecin ne résidant pas dans la maison infectée; et Piedvache a fait la même remarque (2). Il est, par conséquent, nécessaire de chercher des preuves parmi les faits observés sur des malades traités dans des localités différentes de celles dans lesquelles ils avaient contracté la maladie.

Les faits, observés dans les hôpitaux, donnent peu de crédit à la doctrine de la contagion. Un des principaux arguments en faveur de la contagion du typhus s'appuyait sur ce fait, que le personnel des hôpitaux présentait une tendance particulière à être atteint de la maladie; mais on ne voit que très-rarement les infirmiers, ou autres individus employés dans les hôpitaux contracter la fièvre typhoïde des malades confiés à leurs soins.

(1) Piedvache, 1850.

(2) Ibid., 1850, p. 03.

si;

TRAITÉ DK LA FIÈVIIE TYPHOÏDE.

Andral niait qu'elle ait jamais été communiquée aux médecins, aux infirmiers ou aux malades occupant des lits contigus (1).

Pendant six ans, pas un seul cas de contagion ne s'est produit dans la clinique de Bretonneau, à Tours (2).

Louis, dans sa longue carrière aux hôpitaux de la Pitié et de l'Hôtel-Dieu, n'a rencontré que 3 cas qui eussent pris naissance dans ces établissements (3).

Pendant dix-neuf ans, Chomel (4) n'a connu que 4 cas contractés dans les salles de l'IIôtel-Dieu (o), et Piedvache, après avoir! fait de nombreuses recherches, disait que les cas de ce genre étaient en France tout à fait exceptionnels (6).

Le docteur Wilks m'a affirmé n'avoir jamais vu une seule infirmière de l'hôpital de Guy contracter la fièvre typhoïde.

En 1856, le docteur Peacock remarquait qu'il n'avait jamais appris que la fièvre typhoïde eûLété communiquée aux infirmières de l'hôpital Saint-Thomas (7) ; et les seuls cas de fièvre typhoïde, contractés dans tous les hôpitaux généraux de Londres, que MM. Bristowe et Holmes purent découvrir dans leur enquête officielle (8), i en 1863, furent ceux de deux infirmières de l'Hôpital libre (9).

(1) Andral, IS23, éd. 1834, vol. I, 485.

(2) Do Glaubry, I8i5, p. 8 4 4.

(3) Louis, 1841, vol. Il, 314.

(4) Chomel, IS34.

(;■>) Ces quatre faits, rapportés aux pages 322 ot 323 des Leçons cliniques sur la fièvre typhoïde, inspirent déjà à Chomel une grande réserve sur la question de savoir s'il faut rejeter la doctrine do la contagion. Il reconnaît, que cette r|imstion ne peut guère être éclairée par les observations faites à Paris, a cause de la difficulté ou même de l'impossibilité de suivre les traces de la contagion. Il cite les nombreux rapports des médecins anglais, irlandais et écossais qui concluent à la contagion, et il les rite avec une certaine défiance, soupçonnant que leurs obser- j vations pourraient bien être relatives an typhus fever aussi bien qu'à la fièvre i typhoïde, car alors la non-identité des deux maladies était loin d'être établie. Enfin, après avoir indiqué les opinions fondées sur leur expérience, de Bretonneau, Leuret, de Nancy, Gendron et d'antres encore, il arriva à ces conclusions : 1« l'opinion adoptée par la plupart des médecins français que l'affection typhoïde n'est pas contagieuse ne peut être admise comme chose démontrée ; 2° si cette maladie est contagieuse, elle ne l'est qu'à un faible degré et avec le concours de circonstances mal déterminées. (H. G: M.)

(6) Piedvache, 1*50, P- s4-

(7) Peacock, 185G. En 18G5, le docteur Peacock publia le cas de deux gardesmalades qui avaient contracté la fièvre typhoïde dans l'hôpital temporaire de Saint- Thomas. Toutes deux avaient soigné des fièvres typhoïdes ; mais le docteur P.... doutait que la maladie provînt de la contagion. Le terrain, sur lequel l'hôpital temporaire était construit, n'avait aucun système particulier d'écouts, et les gardes couchaient au rez-de-chaussée. II répéta sa première opinion, qu'il n'avait jamais vu un cas certain de fièvre typhoïde éclatant dans un hôpital quelconque par contagion. Lancet, Il février 1864.

(8) Royal Free Hospital. Le royal hôpital libre est ainsi nommé parce qu'on y est admis sans aucune introduction. (Trad.)

(9) Sixième rapport du Med. Off. of privy Council, p. 539. On mentionne plu-

F.TIOLOGIU. 37

Après cinq ans d'expérience dans l'hôpital de la cilé de Glasgow e docteur J.-B. Russell écrit ceci : «Contrairement à ce qu'on oberve dans le typhus, je puis dire qu'aucun cas de fièvre typhoïde ie s'est manifesté ni parmi le personnel de l'hôpital, ni parmi les naïades traités pour d'autres maladies que la fièvre typhoïde (1). »

Pendant vingt-trois ans (de 1848 à 1870), 5,988 cas de fièvre yphoïdc furent admis à l'Hôpital des fiévreux; mais seulement 7 personnes, habitant l'hôpital, contractèrent la maladie, et la dupart d'entre elles n'avaient aucune communication personnelle ivec les malades atteints de fièvre typhoïde. 9 de ces 17 cas furent >bservés sur des infirmières, dont 4 seulement étaient attachées aux salles consacrées à cette fièvre ; 1 sur une blanchisseuse, 1 sur un uédecin, et 6 sur des domestiques demeurant dans un bâtiment létaché du service des fiévreux. 12 de ces 17 cas eurent lieu iprès 1864, époque à laquelle divers agrandissements des bâtiments de l'hôpital entraînèrent de sérieux dérangements dans le bnctionnement. régulier des égouts. En outre, dans plus d'une Dccasion, la présence de plusieurs cas, qui avaient successivement >ris naissance dans l'hôpital, coïncida avec le moment où il y ■vait le moins d'individus atteints de cette maladie dans les salles, ît avec un mauvais système d'égouts. Le changement de ce sys- ,ème arrêta toute extension ultérieure de la maladie.

Pendant la môme période de 23 ans, 12 malades, admis avec d'autres maladies, contractèrent la fièvre typhoïde à l'hôpital. 4 de ces malades avaient été admis avec le typhus, et 8 avec la fièvre scarlatine. Sur 12 malades, 8 (2 typhus et 6 fièvres scarlatines) furent admis après 1863. Mais le fait le plus remarquable est le suivant. Depuis 1861, on a distribué delà façon suivante les malades â l'Hôpital des fiévreux : les individus, atteints de typhus, de fièvre relapse ou de scarlatine, ont été placés dans des salles distinctes, tandis que les malades de la fièvre typhoïde ont été traités clans

Sieurs rapports d'hôpitaux de province, dans lesquels la fièvre typhoïde paraissait venir par contagion , principalement à l'hôpital de Bath , dans lequel 4 cas de fièvre typhoïde prirent naissance en 18G2. Un récit de cette invasion fut publié plus tard par le Dr Goodridge, un des médecins de l'hôpital, qui prouvait qu'une quantité d'étoupe avaient été jetées dans la cuvette des lieux d'aisances qui se trouvaient â l'étage où les malades contractèrent la fièvre; cette étoupe boucha le conduit et amena une accumulation de matières. Un des malades, qui contracta la fièvro, avait été dans un service de chirurgie, où l'on n'admettait pas de fièvre typhoïde ; mais tons les quatre avaient été exposés aux miasmes des matières fécales en fermentation. Les vices dans les égouts furent rectifiés ; et, quoiqu'on continuât à admettre des fièvres typhoïdes, aucun cas nouveau n'éclata dans l'hôpital. (Lrincel, 22 octobre 1864.) (1) Rapport de l'année 1871.

les salles où l'on recevait les nombreux malades envoyés à l'hôpital qui n'étaient atteints d'aucune fièvre contagieuse. Ces deux catégories de malades restaient ensemble pendant tout le cours de leur maladie, et, dans beaucoup de cas, pendant toute la durée de leur convalescence. Les mômes chaises percées ont servi aux deux classes, et l'emploi des désinfectants a été exceptionnel. Cette pratique a donné les résultats suivants : pendant une période de neuf années, 3,555 cas de fièvre typhoïde ont été traités avec 5, 1 là malades n'ayant pas de fièvre spécifique; et pas un de ces derniers n'a contracté la lièvre typhoïde. Mon expérience m'a con duit à conclure que, lorsque la fièvre typhoïde prend naissance dans un hôpital, c'est qu'il y a un défaut radical dans les dispositions sanitaires de l'établissement (I), et que l'air ou l'eau potable sont contaminés par des matières excrémenlilielles en dé-j composition. Dans des cas plus rares, dont nous rapportons plus loin quelques exemples, les infirmiers seuls sont atteints. En présence de ces faits, on doit procéder à une enquête minutieuse, et s'assurer si le poison ne provient pas d'évacuations alvines décom posées, plutôt que des émanations directes qui s'échappent du corps des malades.

Voici quelques observations concluantes :

1° En 1858, une des infirmières do l'hôpital Kings Collège, âgée de 25] à 30 ans, contracta une fièvre typhoïde bien caractérisée, et mourut. Immédiatement avant qu'elle tombât malade, elle avait soigné un individu atteint de la maladie. Aucune autre infirmière, ni aucun autre malade de l'hôpital ne contracta la lièvre, qui, par conséquent, ne parait pas avoir eu une origine locale.

2° Un cas semblable est rapporté par Gendron. Le 5 novembre 1826, uni- femme, âgée de 20 ans, fut amenée à l'hôpital de Chàteau-du-Loir. Elle était depuis trois semaines atteinte de dotbiénentérite, et elle en mourut le d" décembre. Immédiatement après sa mort, sa garde, âgée de 45 ans, fut prise de la lièvre, et aucun autre cas ne parut à l'hôpital ("2).

3° Il y a quelques années deux jeunes gens se rencontrèrent à Londres. L'un, A. venait de l'île de Wight où il n'y avait pas de Gèvre ; B venait d'un village dans lequel la fièvre typhoïde sévissait. B était malade au moment de la rencontre. Tous les deux allèrent à Edimbourg, où B eut une attaque bien caractérisée, de fièvre typhoïde. A vivait dans la même maison et soignait B ; il fut aussi atteint de la fièvre, quoique toutes les autres personnes de la maison y eussent échappé (3).

4° A "Windsor, en 1858, Emilie C..., malade de la fièvre typhoïde, fut

(1) Voir aussi Maclagan, 18(57.

(2) Pifidv;iclio, 1850, p. 50 ; voir aussi p. 52.

(3) Coin nm ni que par lu docteur Buchanan.

ÉTIOLOGIE.

menée chez son père. Elle fut soignée par sa sœur Amélie, âgée de : ans, qui coucha dans la même chambre sur un matelas, près du lit de i sœur. Au bout d'une quinzaine de jours, Amélie fut atteinte de la èvre, qui prit un développement inquiétant, et présenta tous les symtômes caractéristiques, y compris les boutons lenticulaires et la diarrhée. ,a lièvre typhoïde sévissait certainement dans le voisinage; mais quoique plusieurs des personnes qui habitaient la même maison dussent y itre plus prédisposées par leur âge, Amélie C. qui seule soignait sa sœur, il la seule qui prit la fièvre (I).

C. Des personnes souffrant de la fièvre typhoïde viennent à la trans- ~ orter dans des localités oh elle était jusque-là inconnue, et d'où elle ayonne comme d'un centre. — Bien que beaucoup de cas que l'on nvoque en faveur de cet argument aient probablement été des xemples de typhus ou de quelque autre lièvre (2), il y a des cas ion équivoques de fièvre typhoïde propagés de celte manière. Il :st vrai que de tels exemples sont exceptionnels, et que le nombre les cas dans lesquels la maladie est introduite dans une nouvelle locaité sans se répandis excède de beaucoup ceux dans lesquels elle se iropage. J'ai observé plus de quarante cas, où des individus ateints delà fièvre typhoïde entraient dans une maison ; et dans leux seulement on a pu recueillir quelques preuves en faveur de a contagion, et dans un de ces cas on n'était pas très-sûr que 'individu que l'on supposait avoir importé la maladie fût réellenent malade au moment de son arrivée. On croit parfois que la îèvre est introduite dans une maison par un nouveau venu ;andis qu'elle aune origine locale dont l'étranger est naturellement le premier à souffrir (v. p. 49). Dans plusieurs cas de cette sorte, j'ai acquis la certitude que l'étranger était parfaitement jien portant au moment de son arrivée. Dans les exemples suivants, cependant, la maladie parut éclater et se circonscrire dans jnc localité immédiatement après l'arrivée d'une personne maade (3).

\° fin iSÎG, une épidémie de fièvre typhoïde éclata à l'École militaire In la Flèche. Elle commença en juillet, et lorsqu'elle cessa, 109 élèves avaient été atteints. L'école fut licenciée, et les élèves qui n'étaient pas malades furent renvoyés à leurs parents dans les différentes parties de la

(1) Murcliison, 1859 (3), p. 311.

(2) Par exemple, à Windsor, en 1858, la plupart des cas communément rapports comme devant prouver le caractère contagieux de la lièvre typhoïde, ont été reconnus èlre des cas de fièvre scarlatine qui était très-dominante à cette môme époque.

(3) D'autres exemples sont indiqués par des auteurs déjà cités et aussi par Reeves, 1859 ; Simon, 1861 ; et Trousseau, 18GI.

France. 29 tombèrent malades après être arrivés chez eux, et 8 communiquèrent la maladie à leurs familles (1).

2° La fièvre typhoïde éclata dans une famille qui vivait en France dans une maison de campagne isolée, sur le sommet d'une montagne. Trois gardes-malades furent appelées poursoigner les personnes atteintes. Toutes les trois contractèrent la fièvre, et toutes les trois la communiquèrent à leurs propres familles, résidant dans un village situé à une grande distance de la source de l'infection (2).

3° Le docteur W. Budd a relaté une épidémie de fièvre typhoïde qui éclata à North Towton (Devon) dans l'automne de 1839. Pendant la durée de la fièvre, il arriva que trois personnes quittèrent l'endroit, étant malades, et toutes trois communiquèrent la maladie à une ou plusieurs des personnes qui les entouraient dans les nouvelles résidences où elles s'étaient rendues, quoique dans chacune des trois nouvelles localités il n'y eût ou aucun cas de fièvre typhoïde avant leur arrivée (3).

4° En 1843, le village de North Boston Érie (New-York), était composé de neuf familles formant ensemble quarante-trois personnes. Le 21 septembre, un étranger du Massachusetts vint loger dans l'hôtel, étant depuis quelques jours malade d'une fièvre dont il mourut le 19 octobre. La diarrhée et le subdelirium avaient été les symptômes dominants de la maladie. Entre le 19 octobre et le 7 décembre, 28 des 43 habitants furent pris de la fièvre typhoïde, et 10 en moururent. L'autopsie faite dans un des cas révéla des ulcérations typhoïdes caractéristiques dans l'iléon. La première personne atteinte fut le fils de l'aubergiste, et il n'y eut pas moins do 7 membres de sa famille qui furent pris, dont 3 moururent. Trois des neuf familles échappèrent au mal; deux sur les trois vivaient à quelque distance de l'hôtel. Il existait une grande animosité entre la famille qui demeurait près de l'hôtel et qui fut épargnée, et la famille de l'aubergiste; par conséquent la première ne prenait pas son eau potable au puits de l'aubergiste, mais bien dans un puits qu'elle avait creusé pour son usage. Les cinq autres familles qui vivaient près de l'hôtel (et l'une de celles qui étaient à une distance où il n'y avait pas de fièvre) avaient employé l'eau de l'hôtel que l'on croyait tout d'abord avoir été empoisonnée avec intention. Le docteur Flint croyait que la fièvre n'était pas du tout due à l'eau, mais aux rapports personnels avec l'étranger malade ; cependant des circonstances semblables ont depuis éclairci ce point, et il est plus que probable que l'eau avait été contaminée (4).

5° En 1858, une domestique malade de la Cèvre typhoïde fut transportée de Windsor chez elle à Gippenham, à une distance de quatre milles. Trois semaines après, son père et sa sœur contractèrent la maladie, quoique aucun autre cas n'eût été observé antérieurement à Cippenham. Une autre fille malade de la fièvre fut transportée à Bray à quelques

(1) Bretonneau, 1829, p. 70.

{•1) Piedvache, 1850, p. 60.

<3) Budd, 1859, p. ï9.

(4) Flint, 1852, p. 377.

ÉTIOLOGIË.

milles de distance. Peu de temps après ses deux sœurs furent prises de la fièvre, quoiqu'on n'eût vu aucun cas se produire antérieurement à Bray (1)1

6° En octobre 1864, la fièvre typhoïde apparut à Balletheron, dans une ferme située à la partie sud de Sidlaw Hills, à six milles nord-est de Dundee. Une domestique, malade de la fièvre, fut envoyée delà chez son père dans la vallée d'Ogilvie, de l'autre côté des montagnes. Dans l'espace de quelques semaines, et selon toute apparence par suite de l'introduction de ce cas dans une vallée peu peuplée et saine, 17 autres cas éclatèrent chez des personnes qui étaient dans le voisinage immédiat de celles qui avaient été prises tout d'abord (2).

En présence de tels faits, on ne peut nier que la fièvre typhoïde ne puisse, dans une certaine mesure, se transmettre des malades aux personnes saines. Mais avant d'examiner si ce poison a toujours une origine indépendante, il n'est pas inutile d'exposer quelques-unes des lois qui président à l'action et à la distribution de ce poison.

1° Mode de communication. — Quoique la fièvre typhoïde puisse se communiquer, mon expérience ne me porte nullement à admettre qu'elle soit contagieuse dans le strict sens de ce terme. Le fait de visiter un malade ou d'être en contact avec lui n'est ni suffisant, ni nécessaire pour produire la fièvre typhoïde; et cette affection n'est jamais propagée par un tiers (3).

De môme que dans la dyssenterie et le choléra, dans la fièvre typhoïde les déjections alvines paraissent constituer le principal sinon le seul moyen de communication. Cette doctrine, qui a été enseignée à Munich pendant trente ans par le professeur F. Von GietI (4), qui a été publiée en détail par Canstatt en 1847 (5), puis

é\) Murchisçm, 1859 (3), p. 311.

' (2) Maclagan, 1867 (n°2).

(3) Une opinion contraire a été exprimée par quelques auteurs. Voir, par exemple, de la Harpe, 1807. Le docteur Clift'ord Allbutt a récemment fait connaître un fait qui paraît être une preuve frappante de communication par contact. Une gouvernante vint chez son maître au début de la fièvre typhoïde, et la nuit de son arrivée, cette nuit-là seulement, coucha avec une petite fille de la famille qui fut prise quatre jours après d'une grave attaque de fièvre typhoïde, personne autre dans la maison n'en étant atteint (Brit. Med. Jauni., 7 mai 1870;. Ce cas n'a pas été soigné par le docteur Allbutt, mais je lui dois d'avoir été à même d'obtenir de plus amples détails qui méritent d'être mentionnés. La gouvernante n'avait quitté la maison de son maître, à Oxford, que pendant sept jours, et, deux jours avant qu'elle tombât malade, elle était allée à Cheltenbam dans une maison où il n'y avait pas de fièvre ; tandis que, neuf jours après son retour, la sous-gouvernante de sou maître prit aussi la fièvre, llien ne prouve alors que la gouvernante importa la fièvre de Cheltenham, et il est plus probable qu'elle l'avait contractée à Oxford, bien que la plus minutieuse enquête n'ait rien fait découvrir.

(4) F. Voir Gietl, 18G0, p. 2, et 18C5.

(5 Spec. Palh. und therap., ï° édition, vol. II, p. 57.2 « Wahrscheinlich sind die

TltAJTÉ DE LA FIÈVRE TYPUOÏDE.

habilement exposé par W. Budd et plusieurs autorités de ce pays, explique quelques-unes des différences d'opinion qui existent sur la nature contagieuse de la fièvre typhoïde. En effet, s'il en est ainsi, la maladie doit cesser de se communiquer lorsqu'on a le soin d'enlever et de détruire les évacuations alvines. Mais quoique la fièvre typhoïde puisse être communiquée par les selles des malades, il ne s'ensuit pas que les malades laissent échapper de leurs infestins un virus spécifique comme celui delà petite vérole, ainsi qu'on l'a dit souvent. Toutes les preuves sont en faveur de l'opinion qui prétend que les évacuations récentes sont sans danger (voir page 97) et que le poison est développé pendant la putréfaction de ces évacuations; et que ce qui a été démontré dans le choléra cliniquement et expérimentalement s'applique aux maladies analogues, à la fièvre typhoïde et la dyssenterie. Le poison développé dans les selles est, ou propagé par l'atmosphère, ou répandu dans l'eau potable, et de là dans l'organisme par les voies digestives. W. Taylor (l) et Ballard (2) ont prouvé que la fièvre typhoïde est quelquefois propagée au moyen de lait contaminé (3)

Hexhalationen des Krankes, seine Excremente, vielleicht die typhosen Aftergebilde un danne, die Tr&ger des Contagiums. » Riccke, en 1 850, réunit plusieurs exemples d'épidémies do fièvre typhoïde que l'on pouvait attribuer à l'eau potable corrompue par les égouts (Voir lliecke, 1850, p. 44j.

(1) Taylor, 1858.

(2) Ballard, 1871.

(3) La propagation du contage typhoïde par le lait n'a été que trop souvent prouvée avec la dernière évidence. Plusieurs épidémies, dues à cette cause, ont été observées depuis celle que Taylor a décrite dans le journal d'Édimbourg (1858), et celle d'Islington, dont M. Ballard a découvert l'origine, et dont il a donné l'histoire. Je veux en rappeler une qui a fait une très-grande sensation en Angleterre cl qui a, plus que toute autre, éveillé l'attention des médecins et de l'autorité administrative. Le 22 juillet 1873, le Dr Murchison mit au lit trois de ses enfants atteints des symptômes de la lièvre typhoïde. Il crut tout d'abord à. une contagion venue do l'extérieur, sa maison étant pourvue d'une organisation sanitaire parfaite. Le 25, ses deux aînés et le plus jeune des enfants (the ïiahy) furent envoyés h, la campagne dans le comté de Westmoreland ; mais, le 31, deux autres des enfants restés il la maison prirent la lièvre, puis un autre encore. On ne soupçonna pas immédiatement le lait, parce que les plus jeunes enfants qui, naturellement, un faisaient la plus grande consommation, ne furent pas les premiers atteints. Toutefois, en examinant de près, on reconnut que le lait, bien que provenant de la môme compagnie, avait deux origines différentes : celui de la nursery ou chambre du haby arrivait dans des boîtes de fer-blanc cachetées et servait aussi au plus jeune enfant. Lors du départ du baby, on renonça au lait cacheté, et les deux enfants furent mis au régime du lait ordinaire. C'est six jours après qu'ils tombèrent malades, et que les soupçons du Dr Murchison a l'égard du lait, furent éveillés. Il alla aux informations, et apprit le 4 août que la fièvre existait ce jour-là dans dix maisons qui recevaient le lait de la môme compagnie, et le 1G août, il fut reconnu que soixante maisons étaient infectées, donnant un total de plus de 200 malades, répartis dans trois paroisses, et appartenant presque tous à la classe aisée. Il n'y avait en ce moment que trois cas de fièvre

ÉÏIOLOGIK.

et plusieurs faits semblables ont été rencontrés par d'autres observateurs (1).

2° Distance à laquelle le poison peut être transmis. — Piedvache et d'autres auteurs ont maintenu que le poison de la fièvre typhoïde cesse d'avoir de l'influence à une très-petite distance du malade, et qu'il est complètement nul lorsque l'atmosphère qui

typhoïde à l'Hôpital des fiévreux dont deux chez des sujets qui avaient bu le lait suspect. L'immense majorité des cas do fièvre typhoïde observés dans ces trois paroisses provenait de la même source, et quelques-uns avec des circonstances qui démontraient leur origine avec la plus saisissante évidence. Ainsi, une petite fille fut prise de la fièvre dans une maison de Manchester-Square, où on ne rece-~ vait pas le lait de la compagnie suspecte; mais, une semaine auparavant, elle avait passé deux jours dans une famille qui s'approvisionnait à cette compagnie, et y avait bu chaque jour deux verres et demi de lait. Dans la famille où elle retourna, il n'y eut pas d'autre malade qu'elle ; celle où elle avait passé deux jours partit pour le Derbysliire, laissant un domestique à Londres. Dans la semaine suivante, à la campagne, le fils de la maison et quatre domestiques, et à la ville celui qui y avait été laissé furent atteints de la fièvre...

Le récit contient un grand nombre d'autres faits tous analogues à ceux-ci. Je ne veux pas abuser de la patience du lecteur en les reproduisant, et pourtant je me reprocherais cette réserve si elle devait nuire à la démonstration de la vérité que je crois si important de faire connaître. J'arrive à la source du mal: les différentes fermes où la compagnie suspecte recueillait le lait étaient au nombre de huit; dans sept, les conditions hygiéniques étaient à peu près irréprochables; dans la huitième, il fut avéré que les déjections de deux malades atteints de fièvre et de diarrhée avaient un accès facile à l'intérieur d'un puits où l'on prenait l'eau employée à laveries vases qui recevaient le lait; il fallut pendant trois semaines, de la part du Dr Murchison, de M. Corfield, et encore d'autres médecins et savants, les recherches à la fois les plus prudentes et les plus patientes pour découvrir cette origine de l'épidémie, et on peut dire alors que le nombre des victimes disséminées déjà, dans tout le pays échappait au calcul. Il va sans dire que la ferme incriminée suspendit les envois de lait {Brit. Med. Journal, 5 septembre 1873).

Faut-il croire que c'est seulement par le mélange du lait à l'eau ainsi contaminée que le contage peut être introduit dans le liquide alimentaire? J'ai de grands doutes à cet égard. Dans le mémoire de M. Taylor où il est question d'une épidémie semblable à celle que je viens d'indiquer, il est dit que les investigations les plus minutieuses ne parvinrent pas à, faire naître le moindre soupçon sur la pureté de l'eau. Il y avait, parmi les habitants de la ferme d'où provenait le lait, plusieurs personnes malades de la fièvre typhoïde; c'était la même servante qui les soignait et qui trayait les vaches, et M. Taylor n'hésite pas à avancer que pendant cette opération les contages qui tenaient aux mains de la servante étaient entraînés dans le lait. Cette explication a trouvé faveur auprès des docteurs Robinson, de Leeds, et Russel, de Glasgow, qui racontent des épidémies développées dans les mêmes circonstances. Ces médecins sont disposés à voir dans le lait des conditions favorables à la conservation et à la multiplication du germe.

Rien ne serait plus intéressant et plus important qu'une étude entreprise en vue de vérifier cette dernière hypothèse, de rechercher, en un mot, si le lait, fournit pour certains germes des moyens de culture analogues à ceux que M. Pasteur a trouvés dans l'urine pour la culture de la Ractéridie; la première condition de l'expérience serait de trouver aussi un animal susceptible de contracter la fièvre typhoïde. (H. G. M.)

(I) Lancel, 1873, 1842, 492; et Brit. Med. Joum., 1871, I, 201.

entoure le malade est constamment changée ; mais il est évident que si le poison est contenu ou développé dans les déjections, il peut opérer à n'importe quelle distance, par l'intermédiaire des égouls, de l'eau potable ou du lait.

3° Tî'ansmùsion par les vêtements et la literie. — Brelonneau et Gendron croyaient que le poison de la fièvre typhoïde pouvait adhérer aux vêtements et à la literie du malade, et que la maladie pouvait être ainsi propagée. Gendron, qui était un contagionniste exclusif, ciLe plusieurs cas dans lesquels il croyait que la maladie s'était transmise par la literie après plusieurs années (1); mais, dans ces cas, la cause était peut-être localisée dans l'eau ou l'égout de la maison, et non dans la literie. D'un autre côté, puisque les déjections des malades atteints de la lièvre typhoïde peuvent se putréfier et devenir toxiques dans un égout ou dans de l'eau potable, il n'y a pas de motif pour que des changements semblables ne s'opèrent pas dans les excréments qui ont pu se répandre dans les vêlements ou dans la lilerie, et pourquoi dans ce cas ces objets ne deviendraient-ils pas aptes à propager la maladie ? Thin (2), de la Harpe (3), et d'autres observateurs ont récemment réuni des exemples de ce mode de propagation; le fait suivant m'a été communiqué par une excellente autorité :

En 1859, la femme d'un boucher résidant dans le petit village de Warbslowe, situé entre L;iuneeston et Camelford, dans les landes marécageuses de Cornish, alla de CardiA* dans le pays de Galles, pour voir sa sœur qui était malade, et qui mourut bientôt de la lièvre typhoïde. Elle rapporta la literie de sa sœur. Une quinzaine de jours après son retour à Warbstowe, une autre sœur s'occupa d'étendre à l'air ces objets. Bientôt après elle tomba malade de la fièvre typhoïde qui se répandit autour d'elle ijn rayonnant comme d'un centre. La femme qui avait été à Cardia" n'eut jamais la fièvre; il n'y avait jamais eu aucun cas à Warbstowe avant son retour; il n'y avait pas eu non plus auparavant de cas dans le voisinage, et il n'y en eut pas davantage après.

4° Période d'incubation. — Peu de faits concluants se rapportant à la période d'incubation de la fièvre typhoïde ont été mentionnés ; cela par la difficulté qu'il y a souvent à décider le moment précis où la fièvre typhoïde fait son apparition, et par cette circonstance que la maladie est rarement conctractée dans les hôpitaux, et qu'elle se répand rarement quand elle a été importée

(1) Gendron, 183) ; Piedvacue, 1800, p. 119,

(2) Thin, 1865.

(3) De la Harpe, 1867, p. -20.

ÉTIOLOGIG.

•dans une localité salubre (page 59). Une demande d'informations sur ce point adressée à des médecins étant à la tête d'hôpitaux de fiévreux n'a produit que des résultats négatifs. Dans ma pratique particulière, je n'ai rencontré que deux cas pouvant jeter quelque lumière sur le sujet, et encore tout ce qu'on pouvait dire était que la période d'incubation ne s'étendait pas au delà de 21 jours dans un cas, et de 14 dans l'autre. Voici les faits et les opinions qui ont été publiés sur le sujet. A Iéna, dans 19 cas : Lotholz a trouvé que la période d'incubation a été entre 18 et 28 jours (1). Seidel, dans 1 cas, trouva qu'elle était au moins^ de 12 jours (2). Zehnder, d'après des observations faites à Zurich, conclut que la période d'incubation est de 10 a 20 jours, mais que, lorsqu'il y a une forte prédisposition (3), elle peut ne pas excéder 24 ou 48 heures (4). S'appuyant sur21 observations, de la Harpe croit qu'elle peut varier de 6 jours ou 11 semaines. Mais aucune de ces observations ne fixe la durée d'une manière précise (5). W. Budd conclut d'après un grand nombre de cas que cette période varie de 10 à 14 jours (6). Quand l'école de la Flèche fut licenciée, à cause d'une épidémie de fièvre typhoïde (voir p. 60), les 29 élèves qui tombèrent malades chez eux, furent atteints pendant la seconde semaine qui suivit leur arrivée.

D'après les observations de Buchanan, il paraîtrait que dans un grand nombre de cas, à Guildford, en 1867, la période latente fut de 11 jours (7). Knœvenagel a relaté 1 cas intéressant dans lequel elle a été exactement de 8 jours (8). Enfin, il est évident que la période de l'incubation peut être extrêmement courte. Griesinger rapporte 3 cas dans lesquels le mal a commencé le lendemain du jour où les individus s'étaient exposés à l'infection (9). Dans l'épidémie de Glapham (10), dont je reparlerai plus loin, 20 élèves sur 22 furent atteints dans les quatre jours qui suivirent l'exposition à l'infection (voir p. 69). Dans de pareils cas, la maladie éclate presque toujours brusquement par des vomissements et de la diarrhée, attaque à la fois plusieurs personnes ha-

(1) Lotliolz, 18GG.

(2) Jenaische Zeitsch. f. Med., IV, 480.

(3) C'est ce qu'on observe aussi dans certains cas où il est probable que le virus typhoïde a été absorbé en quantité considérable (G. M.).

(4) Brochure, I8CG.

(5) Du la Harpe, 18G7.

(G) Budd, 1K-,G, p. G18.

(7) Dixième liapport. Med, Off. of Privij Council, 18G7. p. 40.

(8) Knœvenagel, 18(i9.

(8) Griesinger, 18G4, p. 149.

(10) Voir Brit. Med. Journ., 4 janvier 18G2.

Munciiisofi. 5

bitant la même maison; elle est souvent fatale, ce qui explique pourquoi beaucoup d'épidémies de fièvre typhoïde ont fait naître des suspicions d'empoisonnement. Nous rapporterons plusieurs cas où, comme dans l'épidémie qui a frappé, il y a quelques années, lafamille royale de Portugal (1), les symptômes delà fièvre typhoïde ont tout d'abord été attribués à un empoisonnement criminel ou accidentel. D'après les preuves évidentes que nous avons réunies, il paraîtrait que : 1° la période d'incubation de la fièvre typhoïde est généralement de deux semaines environ ; 2° les exemples d'une plus longue incubation sont plus communs que dans le typhus ou la fièvre relapse; 3° la durée de l'incubation peut être inférieure il deux semaines et ne pas excéder un ou deux jours. On a pensé que la période d'incubation peut être plus courte quand le poison est absorbé par l'estomac que lorsqu'il est inhalé ; mais dans le cas deGlapliam, et dans d'autres cas d'incubation très-courte que l'on doit citer, le poison, selon toute apparence, avait été introduit dans l'économie par les voies respiratoires (-2).

5° Période à laquelle la maladie se communique le plus facilement. — 11 n'y a pas de données qui permettent de formuler une opinion précise sur ce point. Selon Gendron et quelques autres auteurs, la maladie est plus contagieuse dans la période avancée; mais cette conclusion est simplement fondée sur cette circonstance que le premier malade d'une maison s'est trouvé atteint deux ou trois semaines avant que les autres ne fussent attaqués. 11 serait important de déterminer le moment où les selles sont le plus virulentes.

11 n'y a aucune preuve que la fièvre typhoïde puisse être communiquée par les cadavres, l'utegnat était disposé à attribuer la lièvre typhoïde dont il fut atteint a une autopsie. 11 est vrai qu'il fut atteint quelques jours après l'autopsie, mais il avait soigné le malade et sa mère pendant leur maladie (3). Féron cite le cas d'une femme qui alla à une distance de deux milles pour ensevelir le corps d'une petite lîlle qui était morte de la fièvre typhoïde, et qui fut elle-même atteinte immédiatement après; mais cette circonstance peut également s'expliquer en supposant l'existence de quelque cause locale dans la maison où la petite fille était morte (4). •

(1) Pour dfi plus amples détails sur les cas notés ici, voir Murchison, 1 S 7 - -

(2) Il est évident que dans cette explosion de fièvre à Clapliam, l'atmosphère » été soudainement contaminée par une masse considérable de virus (G. M.).

(3) Putegnat, 1838, p. 85G.

(4) Féron, 1840, p. 105.

6° Immunité après une première attaque. — On croit généralement qu'une attaque de fièvre typhoïde préserve de nouvelles attaques (1). Cette opinion est fondée sur des observations d'une double nature. Premièrement, en questionnant les malades, on apprend que rarement ils ont eu une attaque antérieure ou que ces attaques antérieures de fièvre ont ordinairement été d'une nature différente ; secondement, les faits remarquables qui ont été cités par Gendron et Piedvacbe semblent prouver que, lorsqu'une seconde épidémie a lieu dans la même maison ou dans la même localité, à un intervalle de plusieurs années, la fièvre attaque presque toutes les personnes qui avaient été épargnées jusque-là. et épargne celles qui avaient é Lé atteintes lors de la première apparition de la maladie.

Cependant les cas très-authentiques de personnes contractant une seconde fois la fièvre typhoïde sont plus communs qu'on ne le croit généralement. Quelques-uns se sont passés sous mes yeux; les deux attaques avaient existé avant la puberté des malades ; et j'ai vu d'autres cas plus nombreux encore, dans lesquels un malade qui avait eu une fièvre rémittente infantile, ne fut pas épargné dans l'adolescence par une attaque de fièvre typhoïde. Trousseau cite deux exemples d'une seconde attaque : l'un se rapporte à une femme qui fut atteinte à quatre années d'intervalle ; l'autre, à une jeune fille qui eut une grave attaque à l'âge de douze ans, et une seconde également grave, un an après (2). Piedvacbe mentionne le cas d'une petite fille qui eut une attaque en janvier 1841, à l'âge de dix ans, et qui en eut une autre en juillet 1819 (3). Trois exemples non équivoques d'une seconde attaque sont cités par Michel (4) ; trois par Bar lie tt, après un intervalle d'un an seulement; un par Paul, après un intervalle de trois ans (o), et quatre par W. Budd.

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