A. — AFFECTIONS DES ORGANES RESPIRATOIRES
1. La bronchite n'est pas rare pendant le cours de la lièvre /phoïde, mais elle l'est moins cependant que dans le typhus. Il y quelques années, je l'ai notée dans 21 cas sur 100. Elle peut être n des premiers phénomènes de la maladie, et dans une grande artie des cas qui se terminent fatalement dans les dix ou qua- )rze premiers jours, la mort est due à la bronchite et à l'engorge-
(1) On peut ajouter que dans deux de mes cas mortels, les nouvelles lésions aient beaucoup plus haut dans l'iléon que ne l'avaient été celles de la première laque (Observation XXVIII), quoique l'on dût supposer le contraire, après la lecire de l Essai de Maclagan. Mon expérience est également opposée à colle de aclagan qui dit qu'il n'y avait pas de diarrhée grave dans aucun de ses 13 cas mdant la première attaque ; tandis quo je l'ai rencontrée dans un grand tiers de ai 53 cas. On doit aussi mentionner que des rechutes eurent lieu chez 2 de nos malades que l'on avait traités par l'acido carbolique.
166 TRAITE DE LA FIEVRE TYPIIOÏDIl.
ment hypostalique des poumons (XIX). Plus ordinainairement, ces deux états morbides ne surviennent que dans la quatrième semaine; elles peuvent dans ce cas produire la morl ou entretenir la fièvre et relarder la convalescence de plusieurs semaines. La bronchite est quelquefois aggravée par des quintes spasmodiques de toux et de dyspnée qui font croire à une mort imminente, mais dont le malade guérit souvent.
Observation XIX. Fièvre typhoïde mortelle le \ 3e jour par suite de la congestion pulmonaire. — Marianne B..., Agée de 28 ans, était sœur de charité au Middlescx Hospital. Elle avait été très-sujette aux maladies aiguës spécifiques. A l'Age de 21 ans, elle avait eu le typhus; à 25, bien que vaccinée, elle avait contracté la petite vérole, et, l'année suivante, elle avait eu une grave attaque de lièvre scarlatine. Le 17 septembre 1870, sa dernière maladie commença par des frissons et une soif ardente, et le 19 septembre, elle se mit au lit, se plaignant d'un grand mal de tête, de fréquentes et violentes envies de vomir, et d'une forte fièvre. La soif était intense, mais il n'y avait ni sensibilité ni distension de l'abdomen, et les intestins étaient constipés.
Le 23 septembre (7° jour), quand je la vis pour la première fois, les mêmes symptômes persistaient. Douleurs aiguës dans la tête qui lui faisaient croire qu'elle allait éclater, et parfois des éblouissements ; pas de sommeil pendant plusieurs nuits; esprit lucide; fréquents vomissements; langue très-chargée et blanche; intestins constipés; pouls 120; temp. 39°, 8 ; pas d'éruption.
Le soir du 25 septembre (9e jour), l'état avait beaucoup empiré; pouls 120 ; température 39°,8 ; respiration 44 ; signes d'engorgement hypostatique aux deux poumons; regard égaré, anxieux, délire, soubresauts et tremblements.
Le iOejour, pouls 112; respiration 60, irrégulière; température 40°,1; langue sèche; intestins constipés; pas d'albumine dans l'urine; mal dé tête et vomissements diminués, mais parfois du délire; quelques taches pétécbiales, mais non caractéristiques d'aucune forme de fièvre.
Le 11° jour, carphologie; pouls 135; respiration 65 ; température 40°,2.H
Le 12e jour, pour la première fois, légère diarrhée ; trois selles jauna S d'ocre.
Le 13e jour, face et lèvres livides; râles humides couvrant les pou-M mons; la malade tousse très-difficilement; albumine (1/10 du volumel dans l'urine; température 39°,S; langue sèche; pas de diarrhée; très-B I lourde et abattue, mais paraissant avoir sa connaissance. Mort le 13° joui à sept heures et demie du matin. Le traitement avait consisté en eau-de-vielj élher et ammoniaque, avec sinapismes sur la poitrine; petites doses dm I térébenthine, avec des ventouses sèches; et, en dernier lieu, on retira) 240 grammes de sang au moyen de ventouses, ce qui apporta un soujl lagement momentané dans la respiration.
COMPLICATIONS ET SUITES. 167
Autopsie. — Les intestins seuls furent examinés. Les lésions de la fièvre typhoïde existaient à la partie inférieure de l'iléon; les glandes isolées et agminées étaient très-dilatées et saillantes, mais il n'existait pas d'ulcération.
2. La pneumonie est plus commune que dans le typhus. Je l'ai notée dans 13 cas sur 100, et Flint dans 12 sur 73 (1) (Observations XYI et XVIII). Elle peut être lobaire ou lobulaire ; plus communément elle est lobulaire, et peut se terminer alors par de petits abcès, ou très-rarement par la gangrène. La pneumonie -survient rarement avant la troisième ou la quatrième semaine;
| dans des cas rares, elle peut se déclarer plus tôt, et peut être prise pour la maladie initiale.
3. La pleurésie est aussi plus commune que clans le typhus, et se f termine parfois par de l'empyème ou un abcès pleural interlo-
bulaire. J'ai observé deux cas d'empyème. Dans l'un, le pus se répandit dans le poumon et le malade guérit ; dans l'autre, on eut recours à la ponction et au drain, et le malade guérit d'abord,
; mais mourut de phthisie près d'un an plus tard. Peacock rapporte le cas d'un malade qui, étant convalescent de la fièvre typhoïde,
.'expectora subitement une grande quantité de pus que l'on supposa provenir d'un abcès pleural circonscrit; ce malade gué-
i rit (2).
4. Les dépôts tuberculeux dans les poumons et ailleurs constituent une complication plus commune dans la fièvre typhoïde que
, dans le typhus ; ce fait s'explique par la plus longue durée de la maladie et la maigreur qui en est la conséquence. Louis rapporte .4 cas mortels de fièvre typhoïde dans lesquels les poumons furent trouvés parsemés de tubercules récents, et Bartlett observe que la phthisie est une suite ordinaire de la lièvre typhoïde en Amérique (3). On devrait toujours craindre la présence de tubercules quand la fièvre hectique et la bronchite persistent après la fin du quatrième septénaire.
5. La laryngite est parfois une très-sérieuse complication de la ■ fièvre typhoïde. Elle peut se présenter sous différentes formes.
L'ulcération de la membrane muqueuse du larynx ou de la tra- : chée constitue la laryngite ou perichondritis lyphosa de Rokitansky et autres pathologistes allemands. Selon Trousseau (4), elle se
(1) Bartlett, 185G, p. 47.
(2) Med. Times and Gaz., 2G avril 186 '
(3) Bartlett, 185G, p. 120.
(4) Trousseau, 1801.
présente de préférence dans les cas où il y a une prostration extraordinaire, où la maladie présente une durée exceptionnelle ou bien lorsque la diète a été trop rigoureuse. En Allemagne, elle paraît être très-commune. Griesinger, par exemple, a trouvé l'ulcération du larynx dans 31 autopsies sur 118 cas (1). En Angleterre, elle est comparativement rare, mais je l'ai rencontrée quelquefois à l'autopsie chez des sujets qui n'avaient présenté aucun symptôme apparent de laryngite pendant leur vie. Lorsqu'elle existe, elle peut déterminer un œdème aigu de la glotte, qui nécessite la trachéotomie, cause la mort par asphyxie, ou détermine une nécrose et l'exfoliation des cartilages, des abcès du cou, et une affection permanente du larynx (2). L'œdème aigu de la glotte peut survenir dans les périodes avancées de la fièvre typhoïde indépendamment de l'ulcération du larynx. Je l'ai vu aussi se déclarer concurremment avec l'érysipèle de la tète et de la face, et deux cas de ce genre sont rapportés par sir W. Jenner. J'ai vu égalemenl plusieurs exemples de fièvre typhoïde compliqués de diphthérie; Louis en rapporte 3, et Forget 2; Ililliet et Barthez en mentionnent 6 cas chez des enfants. En môme temps que ces différentes variétés de laryngites, on observe quelquefois une collection purulente dans le tissu sous-muqueux.
Observation XX. Fièvre typhoïde. Nécrose des cartilages du larynx. Extravasation dans les muscles droits. — Richard G..., âgé de 22 ans, admis au London Fever Hospital, le 26 mars 1869, pendant le troisième septénaire d'une grave attaque de fièvre typhoïde. Pouls 120-140; taches rosées typiques; langue sèche, rouge et fendillée ; diarrhée.
Le 7 avril (environ le 30° jour), difficulté dans la déglutition. Le 9 avril, toux gênante. Le 10 avril. Toux et respiration laryngée, voix couverte, l'air entre imparfaitement dans les poumons par suite de l'ohstruction de la trachée. Pouls, 140.
11 avril. — Pas d'amélioration dans la respiration qui est sifflante. Pas de lividité de la face. Le malade avale bien son dîner (liquides), à une heure de l'après-midi; il parle avec des amis; mais il meurt subitement à cinq heures du soir.
Autopsie. — On trouve des ulcérations typhoïdes très-étendues en voie de cicatrisation à la partie inférieure de l'iléon. Sous la corde vocale droite on remarque une ulcération avec eschare, d'un centimètre de longueur s'ouvrant dans un abcès qui entourait le cartilage cricoïde, lequel était tout à fait découvert. A la partie inférieure de chaque muscle droit de
(1) Griesinger, 1864, p. 211.
(2) Pour de plus amples observations sur ce sujet, voir Trousseau, 1SGI, et Pachmayr, Verhandl. der P/iys. Med. Gesellschaft in Wùrtzbourg, 1SGS, bd. 1.
COMPLICATIONS ET SUITES
l'abdomen, on trouvait une cavité assez grande pour contenir un œuf de poule; l'une renfermait du sang pur, et l'autre une matière rougeâtre, purulente, et qui était évidemment du sang décomposé.
6. Emphysème généralisé et pneumothorax. — Chomel et d'autres auteurs rapportent plusieurs cas dans lesquels un emphysème étendu du tissu aréolaire sous-cutané fut observé pendant la vie (1), et cette complication fut également observée en Grimée par les chirurgiens militaires; mais son origine fut pour la première foisexpliquée en 1837 d'une manière satisfaisante dans une communication faite à la Société pathologique par le docteur Wilks. Un garçon, âgé de douze ans, devint emphysémateux le douzième jour d'une fièvre typhoïde; l'emphysème commença au cou, s'étendit sur la face, les bras et la poitrine, et gênait beaucoup la déglutition. La mort arriva le vingt- deuxième jour, et on découvrit que l'air s'échappait par une ulcération avec eschare du larynx, située à la jonction postérieure des cordes vocales (2). De même que dans le typhus, l'emphysème est quelquefois causé par l'ulcération d'un petit abcès des bronches, ou par une caverne gangrenée du poumon. Gairdner a vu un pneumothorax se manifester ainsi dans 4 cas de fièvre typhoïde (3), et Beck rapporte 1 cas . analogue (4).