‹ La Fievre typhoideChapitre 74 sur 121 · MURCHISON · texte numérisé non relu

MURCHISON

deux la langue était rouge et sèche, l'abdomen distendu et il existait une diarrhée avec selles jaune d'ocr'e ; dans un cas on observa une légère hémorrhagie intestinale. Tous guérirent, plusieurs au bout d'une semaine, et dans aucun la maladie n'eut une durée prolongée comme dans la fièvre typhoïde.

8. Tuberculose. — Les manifestations variées de la tuberculose constituent les maladies les plus difficiles à distinguer de la fièvri typhoïde.

a. Méningite tuberculeuse. — Beaucoup d'auteurs ont indiqué des règles pour distinguer cette maladie de la fièvre typhoïde (1) mais, en présence du malade, toutes ces règles sont parfois insuâ fisantes. La pyrexie avec rémissions, la céphalalgie, le délir les vomissements, les taches cérébrales (2) et même une paralysi partielle, l'inégalité des pupilles, la tête tombant de côté et d'à tre, et le cri hydroccphalique (3) peuvent se présenter dans 11 deux maladies. Les taches rosées sont le plus souvent absente dans la fièvre typhoïde au moment où le diagnostic est le plus à: ficile.

Dans des cas où il se présente quelque difficulté, on pourra s'a puyer sur ces points de distinction : clans la méningite, les vomis* sements au début sont habituellement plus urgents; la langue e rarement sèche et brune comme dans la plupart des cas de fièv accompagnés de graves symptômes cérébraux; la température Et suit pas le cours ordinairement observé dans la lièvre typhoïde; ell peut tomber subitement, et pendant plusieurs jours elle peut êt normale, tandis que les autres symptômes s'aggravent et, vers fin, la température peut tomber tandis que le pouls s'élève. Il y ordinairement de la constipation, ou, s'il y a de la diarrhée, selles ne présentent pas la couleur jaune d'ocre qu'on obs dans la fièvre typhoïde; l'abdomen est contracté et non douloure au lieu d'être distendu et tympanitique; la dilatation de la ra

(1) West, 1858, 5* éd., 18C5, p. 91; Trousseau, Lect. clin., éd. angl., voI.Jil

(2) Elles sont produites en frottant doucement la peau avec un crayon ou aved l'ongle. La partie touchée devient rapidement d'un rouge brillant, et cette couleur! persiste pendant dix ou quinze minutes. Trousseau avait grande confiance dan^j ces taches pour aider au diagnostic de la méningite ; mais dans ces cas do fièvr typhoïde, dans lesquels il peut s'élever quelque difficulté dans le diagnostic, c symptômes peuvent se produire aussi promptcment que dans la méningite.

(3) Voir un cas observé par M. H. Roger. Un enfant âgé do 23 mois avait d la pyrexie, une céphalalgie aiguë, des cris hydrocéphaliques, des taches méni geales, du strabisme, des vomissements persistants, et de la constipation. I* lésions de la fièvre typhoïde furent trouvées dans les intestins, mais le cerveau ses membranes étaient sains. (Lancet, 7 novembre 1868, p. COl.)

hémorrhagie intestinale et l'épistaxis, souvent observés dans la èvre typhoïde, ne se rencontrent pas dans la méningite; la céibalalgie est plus intense dans la méningite, elle persiste après que ! délire paraît et est souvent accompagnée de photophobie, ce u'on n'observe pas dans la fièvre typhoïde. Dans la méningite, le îalade laisse aller sa tête de côté et d'autre, et les enfants pousjnt de temps en temps le cri hydrocéphalique ; la paralysie parelle et l'irrégularité de la respiration indiquent la méningite ilutôt que la fièvre typhoïde, et enfin, dans la méningite, le raacde est plus irritable et offre une plus grande résistance à tout iamen. Une autre marque distinctive a été récemment décou- ;rte par Côhnheim, qui, à l'aide de l'ophthalmoscope, a trouvé imperceptibles tubercules dans la choroïde dans un grand nom- •e de cas d'affections tuberculeuses aiguës (1). La présence de usieurs cas de fièvre dans la même maison porterait à faire : pposer l'existence de la fièvre typhoïde, tandis que, si d'autres ifants clans la même famille étaient morts de tubercules, on rait plutôt porté à diagnostiquer une affection tuberculeuse. '6. Péritonite tuberculeuse. — J'ai vu plusieurs cas de péritonite erculeuse, qui ressemblaient d'abord de très-près à la fièvre hoïde. Les principaux symptômes de cette affection étant la vre, les transpirations, les vomissements, les douleurs abdomi- 1 les, la diarrhée, une grande prostration et une grande maigreur, aigeur hectique sur les joues, les râlesbronchi tiques, le délire, etc., rmettent en effet la confusion. Dans de nombrenx cas cependant bdomen est contracté (2) et la température, après un certain ïips, tombe au-dessous de la normale.

c. La tuberculose aiguë des poumons peut être prise pour la fièvre îhoïde. La pyrexie à type rémittent, la transpiration, la grande dgreur et la prostration musculaire, les rougeurs circonscrites c les joues, la sécheresse de la langue, le délire, la stupeur, la pnée et les râles bronchiques sont des phénomènes qui peuît être communs aux deux affections. L'induration pulmonaire ut se produire clans la fièvre typhoïde, et, dans certains cas, les nés physiques sont tels, qu'il est impossible d'établir une disction entre les deux maladies. La diarrhée peut manquer dans fièvre typhoïde, et elle peut se montrer même avec des selles ine d'ocre dans la phthisie aiguë, lorsqu'il y a des ulcérations lerculeuses dans les intestins, quoique l'abdomen soit habi-

) Lettre de Zuclzcr, de Berlin. Voir aussi Wells, Path. Trans.tXlX, 359. I) D'un autre < ôté, Iludson remarque qu'il a ordinairement trouvé l'abdomen endu dans la péritonite tuberculeuse. [Iludson, 18G7, p. 162.)

tuellement contracté au lieu d'être distendu et lympanitique comme dans la fièvre typhoïde. La présence des taches rosées (1) caractéristiques et la dilatation de la rate seraient des preuves évidentes de la fièvre typhoïde, mais leur absence ne prouverait pas le contraire. Dans tous les cas douteux, les maladies qui semblent exister dans la famille à l'état héréditaire, et les circonstances dans lesquelles l'affection s'est déclarée devraient être soigneusement étudiées, et il serait bon de déterminer par l'ophthalmoscope la présence ou l'absence de tubercules dans la choroïde (p. 211). On ne doit pas perdre de vue que la phthisie aiguë peut être une suite de la fièvre typhoïde.

d. Tubercules latents. — Il arrive quelquefois que des tubercules existent dans différentes parties du corps sans que le plus sérieux examen des poumons et des autres organes puisse pendant bien des semaines en faire découvrir le siège. Dans ces circonstances le malade maigrit, perd ses forces, a delà pyrexie avec des exacerbations vespérales, et, en l'absence de tout indice de lésioi locale, on croit qu'il souffre d'une lièvre lente (low fever.) J'ai plusieurs cas de cette sorte, et, j'en ai vu un en consultation avec sir W. Jenner, dans lequel l'idée de la fièvre typhoïde a été repoussée pendant longtemps à cause de la durée des symptômes fébriles qui se prolongeaient depuis plus d'un mois. Ce malade mourut d'une phthisie pulmonaire.

OnsiïRVATioN XL1II. Fièvre typhoïde simulant une tuberculose iwjuS. — Marie-Anne B..., âgée de 25 ans, admise au Middlesex Hospitalle 11 octobre et morte le 17 octobre 1870. Elle était tout enfant quand sa mère succomba très-jeune à la suite d'une phthisie pulmonaire. L'hisloirede cette malade faisait supposer l'existence d'une phthisie pulmonaire chronique. Elle n'avait jamais été forte, et pendant bien des années avait souffert de rhumes, qui pendant un an avaient été bien plus graves, et accompagnés d'amaigrissement et de sueurs nocturnes. Les personnes qui l'accompagnaient disaient que, douze jours avant son admission, la malade avait eu de la fièvre, que son rhume s'était aggravé; et qu'il était survenu une expectoration purulente, des transpirations profuses, un rapide amaigrissement et une grande prostration. Une fois à l'hôpital, elle présen exactement l'aspect d'une personne dans un élat avancé de phthisie était extrêmement maigre, et avait sur les joues une rougeur circonscritei disparaissait quelquefois. Le pouls variait de 100 à 140, et la température

(1) Des taches ressemblant quelque peu à celles de la lièvre typhoïde ont été observées dans la phthisie aiguë par Waller, de Prague, Barthez et Ri"10 (Jenner, 1853, p. 465), et E.-L. Fox IBrit. med. Jown., 13 décembre 18G2). J° les ai cherchées dans un grand nombre de cas, mais dans un seul j'ai trouvé quelqi>e chose leur ressemblant. (Observation LXXXVI.)

38°, 5 à 39°, 5. Pendant son sommeil elle avait des transpirations ilement abondantes que l'épiderme des mains en était ramolli. Respition, 40; grande dyspnée; expectoration d'une grande quantité de pus âmeux ; voix voilée ; râles humides sur toute la surface des poumons, .ngue sèche et rouge; abdomen dépressible, pas de diarrhée. La peau i tronc est couverte de vésicules miliaires, mais il n'existe pas d'autre jption. Délire permanent et insomnie. Le traitement consistaen stimuîts, quinine, acides minéraux, et hydrate de chloral pour procurer le nmeil. On n'obtint aucune amélioration.

Le 15 octobre plus de deux litres de sang liquide passèrent par les intins, puis la malade déclina rapidement et mourut le 17 octobre. A ïception de l'hémorrhagie intestinale qui eut lieu deux jours avant la irt, tous les symptômes indiquaient plutôt la phthisie que la fièvre tyoïde.

iutopsie. — Pas de tubercules nulle part. On trouve de nombreuses érations typhoïdes à la partie inférieure de l'iléon dont les bords, for- Hs de lâches franges de membrane muqueuse, sont exempts de tout oôt morbide. Poumons très-congestionnés et œdémateux. Commencent de pneumonie lobulaire dans les lobes inférieurs des deux poumons« t entrée du larynx, plusieurs petits ulcères, le plus grand formant une avation profonde au bas de l'épiglotte, et étantla source apparente du expectoré pendant la vie.

Observation XLIV. Tuberculose uiguë avec éruption et autres symnnes simulant ceux de la fièvre typhoïde. — "Walter P.., âgé de 17 ans, iiurut au London Fever Hospital le 26 juillet 1869, le quarante-troisième

• d'une attaque de fièvre, pour laquelle il avait été admis à l'hôpital le muin. Yoici les symptômes observés : pouls variant de 84 à 96; peau

ude; langue sèche, rouge à son extrémité et aux bords; diarrhée au but; dilatation delà rate ; insomnie et délire; râles bronchiques dans I oitrine. Pas de céphalalgie intense, de cris, d'inégalité des pupilles, ni I jaralysie. Mais, depuis le quatrième jour jusqu'à la mort, il y eut des ! =sées successives de taches circulaires, rougeâtres, disparaissant sous ! ression, et très-semblables à celles de la fièvre typhoïde. Elles en dif-

ient cependant parce qu'elles apparaissaient plus tôt et duraient bien longtemps. Cependant le cas fut considéré, jusqu'à la mort, comme fièvre typhoïde. Dans la nuit du 25 juillet, le malade devint subite- : t plus mal, présentant les symptômes d'une congestion pulmonaire, I îourut au bout de deux ou trois heures.

I utopsie. — Aucun signe d'ulcération dans l'iléon. Poumons, foie, rate, 1 3, et péritoine parsemés de tubercules miliaires. Rate pesant 580 gram- I . Les glandes mésentériques et quelques-unes des glandes solitaires j iléon sont tuméfiées par un dépôt tuberculeux. La tête n'a pas été I ninée.

Marne. — Quand le délire aigu se manifeste dès le commen-

cernent de la fièvre typhoïde, ou dans un cas dont les premiers symptômes ont été bénins, la maladie est quelquefois prise pour un dérangement des facultés mentales. J'ai vu faire celte méprise dans plusieurs cas (page 143), mais la présence de la pyrexie et quelques-uns des autres symptômes de la fièvre typhoïde enlèvent toute difficulté réelle dans le diagnostic (1).

10. Pneumonie. — Lorsqu'elle est accompagnée de symptômes typhoïdes, on peut quelquefois la confondre avec la fièvre typhoïde comme avec le typhus. Chez les enfants, la pneumonie est soûl vent accompagnée de grands troubles sympathiques de l'estomac et des intestins, ce qui en rend le diagnostic plus obscur (2), tandis que, chez les adultes, la pneumonie est parfois compliquée de dm senterie (3). D'un autre côté, la fièvre typhoïde peut être conS pliquée de pneumonie. Quand la pneumonie apparaît tard dansl maladie, le diagnostic, est en général facile; mais, lorsque la pne ! monie éclate dans ld première semaine ou les dix premiers jours, ce qui est du reste assez rare, il peut être difficile de décider s elle est primitive ou secondaire.

11. Gastro-entérite. — Sous ce terme, on peut comprendre tous les roubles gastriques ou intestinaux accompagnés de fièvia mais dans lesquels la pyrexie joue le rôle secondaire au lieu du rôle principal. Les symptômes entériques de la fièvre peuvent être confondus avec ceux d'un poison irritant (pages 63 et 80), avec ceux de l'entérite, de la colite, de la typhlite, ou de I'ùl ritation gastrique; ou bien chacune de ces conditions peut être prise pour la fièvre typhoïde. 11 m'est arrivé plusieurs fois de voir des malades envoyés à l'Hôpital des fiévreux avec une typhlite parce qu'on supposait qu'ils avaient la fièvre typhoïde. Chez les adultes on distingue ordinairement sans difficulté la fièvre typhoïde de ces affeections locales, par l'échelle particulière de la température, par l'éruption, le plus grand degré de prostration musculaire, la céphalalgie, les symptômes cérébraux, l'épistaxis, la dilatation de

(1) L'expérience des médecins aliénistes fournirait, je m'ensuis assuré, un grand nombre de cas de ce genre. J'ai tout lieu de croire que le thermomètre donnerait alors de précieux renseignements au diagnostic. C'est ce qui a été vérifié n«M le service de mon ami, le Dr Bourdon, à l'hôpital de la Charité. Un malade y avait été admis en proie à un délire violent considéré comme symptomatique d'une ficvre typhoïde à forme ataxique encore dans le premier septénaire. Cependant, en présence des signes négatifs fournis par le thermomètre, le chef de service etlm* terne conçurent des doutes, qui se changèrent bientôt en certitude. Ils reconnurent qu'ils avaient affaire à un accès de manie aiguë, début de la paralysie gen raie. Le malade fut transporté à l'asile Sainte-Anne (H. G. M.;.

(2) West, 1848, 5e éd. 1865, p. 338; Barthez et Rilliet, 1853, II, 699.

(3) Bristowe, Tmns. Path. Soc, VIII, 66.

PRONOSTIC ET MORTALITÉ

rate, et par les caractères des selles (page 128) (I). Chez les liants au-dessous de 5 ans, chez lesquels les troubles généraux et ; délire peuvent plutôt résulter de causes locales, le diagnostic Dut être plus difficile (2); mais, même dans ces cas, la dilatation 9 la raie ferait pencher pour la fièvre, et la présence des taches osées trancherait la question.

•12. Attaque bilieuse. — Une des erreurs les plus communes ans le diagnostic est de prendre les premiers symptômes 3 la fièvre typhoïde pour ceux d'une attaque bilieuse ordiaire, il en résulte qu'on fait souvent beaucoup de mal en mployant mal à propos les purgatifs. Cette erreur serait évitée

l'on avait recours au thermomètre dans tous les cas où il existe es doutes.

13. La trichinose fait naître une série de symptômes ressemblant eaucoup à ceux de la fièvre typhoïde, tels que la pyrexie avec omissemenis et diarrhée suivis de symptômes typhoïdes. C'est e qui a fait croire que quelques-unes des épidémies considérées omme typhoïdes n'étaient en réalité que des épidémies de tritiinose (3). Cette dernière maladie se distingue cependant par de ivcs douleurs musculaires, l'œdème des paupières et quelquefois m corps entier, l'absence de taches rosées, la dilatation de la rate t l'épistaxis.

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