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CHAPITRE X

Pendant la première semaine de la maladie, il peut être impossible déformer un diagnostic positif ; mais on peut néanmoins soupçonner la fièvre typhoïde s'il y a pyrexie, exacerbations vespérales devenant chaque soir plus intenses, et spécialement si ces symptômes sont accompagnés de diarrhée, d'engorgement splénique ou d'épistaxis.

Lorsqu'après une semaine de symptômes fébriles, des taches rosées lenticulaires apparaissent par poussées successives ainsi qu'elles ont été décrites (page 112), le diagnostic de la fièvre typhoïde est certain quels que soient les autres symptômes. Deux ou trois taches caractéristiques suffisent. Même s'il n'y a pas de taches, ou si celles qui existent ne sont pas caractéristiques, on peut diagnostiquer positivement la fièvre typhoïde si la pyrexie à forme rémittente a duré plus d'une semaine et est accompagnée de diarrhée, de selles jaunâtres, de tympanite et de douleurs abdominales, d'engorgement splénique ou d'épistaxis.

Si l'éruption et les symptômes abdominaux manquent, le diagnostic de la fièvre typhoïde peut être obtenu par une sorte d'exclusion, après avoir soigneusement comparé les symptômes à ceux des autres maladies avec lesquelles la fièvre typhoïde peut le plus facilement être confondue; dans la pratique, cette règle sera utilement appliquée.

Une fièvre qui, dans nos contrées (les régions paludéennes exceptées) persiste au delà de sept jours et qui n'est accompagnée ni d'éruption cutanée, ni des symptômes indiquant une lésion locale de la tête, de la poitrine ou d'ailleurs, est selon toute probabilité une fièvre typboïde, même quand il n'y a aucun symptôme de lésion intestinale. Les tubercules latents sont pour ainsi dire la seule maladie qui puisse induire en erreur (p. 211).

DIAGNOSTIC DE LA FIÈVRE TYrBOÏDE.

Les maladies qui peuvent le plus facilement être confondues • avec la fièvre typhoïde sont les suivantes :

i. Typhus. — Le diagnostic du typhus et de la fièvre typhoïde est rarement très-difficile. 11 faut se rappeler cependant que l'état typhoïde (1) peut être aussi développé dans la fièvre typhoïde que dans le typhus et que la présence de la diarrhée ne suffit pas pour idistinguer la première maladie de la dernière. Le typhus peut être compliqué de diarrhée, ou il peut y avoir constipation dans la .fièvre typhoïde (p. 128). Les éruptions sont les principaux ca- „ ractères distinctifs des deux maladies. Quand on les rencontre, le diagnostic ne présente aucune difficulté (p. 115) et, quoique malheureusement l'éruption de la fièvre typhoïde soit souvent absente, celle du typhus l'est rarement; de sorte que le seul fait de l'absence d'éruption jusqu'au cinquième et sixième jour serait en elle-même en faveur du typhus. Le typhus se distingue aussi par un début plus rapide (p. 153), par un caractère moins rémittent de pyrexie (p. 119), par sa plus courte durée (p. 156), se ter- : minant plutôt par crises que graduellement. Quand la diarrhée . coexiste avec de la tympanite et de la sensibilité abdominale, et que les selles sont jaunes d'ocre, on peut en conclure qu'il s'agit t de la fièvre typhoïde et cette opinion sera affermie par la présence de l'épistaxis ou de l'hémorrhagie intestinale. La rougeur circonsscrite que l'on remarque si souvent sur les joues creusées par la t fièvre typhoïde offre un contraste frappant avec l'expression abat- I tue, le teint noirâtre et les conjonctives injectées qui sont le pro- I pre du typhus. On est aidé aussi dans le diagnostic par l'état de

(1) Voici comment l'auteur décrit l'état typhoïde dans la partie de son ouvrage consacrée au typhus :

« L'état typhoïde, également désigné sous le nom de période putride, est caractérisé par une extrême prostration, un trouble profond de l'intelligence, du subdelirium, de la stupeur et un état plus ou moins inconscient qui peut dégénérer en coma; il n'est pas rare d'observer des évacuations involontaires, des tremble- ; ments et des soubresauts. Les dents sont recouvertes d'un enduit, la langue est sèche, brune, encroûtée; le pouls petit, rapide et mou.

L'état typhoïde n'appartient pas exclusivement au typhus. On le rencontre dans plusieurs autres fièvres idiopathiques, empoisonnements du sang ou inflammations locales. Ces affections ressemblent au typhus parce qu'elles présentent une série de symptômes dont cette maladie est le type, La fièvre typhoïde, la fièvre intermittente paludéenne, le choléra, la fièvre jaune, l'urémie résultant d'une lésion rénale, la pneumonie et la phthisie aiguë peuvent présenter l'état typhoïde ou putride, quoique dans un certain nombre de cas et surtout lorsqu'il n'existe pas de lésion locale, il est difficile de distinguer l'état typhoïde qui résulte d'une maladie, de celui qui résulte d'une autre maladie, il ne s'ensuit pas que toutes les fièvres continues aient une origine identique et que le typhus existe partout où l'on rencontre l'état typhoïde. Le véritable typhus a des symptômes spéciaux qui ne permettent pas de le confondre avec les maladies qui présentent l'état typhoïde, d {Trad.)

la langue (p. 124), et de la pupille (p. 149) et par les circonstances dans lesquelles la maladie a pris naissance.

2. Fièvre relapse. — Des cas de fièvre typhoïde suivis d'une rechute sont parfois désignés sous le nom de fièvre relapse (relapsing fever). Les histoires cliniques de la fièvre typhoïde et de la fièvre relapse sont cependant si différentes, qu'il est impossible à un médecin un peu expérimenté de les prendre l'une pour l'autre.

3. Fièvre rémittente. — Le diagnostic entre la fièvre typhoïde et la fièvre rémittente est très-difficile dans des pays où les deux affections peuvent exister simultanément. La pyrexie de la fièvre typhoïde est essentiellement rémittente (p. 119 et 154), et des cas offrant tout d'abord un type intermittent se sont présentés dans ma propre clientèle, et ont été notés par Trousseau (1) et d'autres observateurs (2) spécialement dans les pays qui engendrent les fièvres paludéennes (p. 154). De plus les vomissements et la diarrhée peuvent se rencontrer dans les deux maladies ; la dilatation de la rate, les symptômes cérébraux et l'état typhoïde sont communs à toutes les deux. L'éruption est peut-être la seule marque distinctive à laquelle on puisse se fier pour la fièvre typhoïde, et dans tous les cas de fièvre rémittente compliquée de symptômes abdominaux, on doit y apporter la plus scrupuleuse attention. La ressemblance si grande entre la fièvre typhoïde et la fièvre rémittente explique ce fait, qu'il n'y a que très-peu d'années que l'on a reconnu que la première maladie existait dans l'Inde (p. 27).

4. Scarlatine. — Des cas de fièvre typhoïde dans lesquels les taches lenticulaires sont précédées d'une éruption rouge, uniforme (p. 117) sont quelquefois pris pour de la scarlatine, surtout s'il existe en même temps une angine. Mais l'erreur est facile à éviter. 'Généralement, la gorge n'est pas malade, mais seulement sèche; la langue et la gorge ne présentent pas les mêmes apparences que dans la scarlatine, et l'éruption n'apparaît pas avant le quatrième ou le cinquième jour de la maladie. L'élévation graduelle de la température dans la fièvre typhoïde est aussi trèsdifférente de l'invasion brusque de la scarlatine.

5. Variole. — Plus d'une fois j'ai vu une copieuse éruption de taches lenticulaires prises pour la variole. Mais les taches ne sont jamais dures, rugueuses ou acuminées ; elles ne paraissent pas avant le septième jour de la maladie, et ne se montrent pas sur

(1) Trousseau, 18GI, p. 171 ; et S/jd. Soc. trans., II, 3G4.

(2) Bartlett, 185G, p. 134.

DIAGNOSTIC DE LA FIÈVRE TÏFUOIDE

la figure ; elles ne sont pas précédées des douleurs lombaires qui iccompagnent l'invasion de la petite vérole.

6. Pyohémie. — Elle peut très-bien simuler la fièvre typhoïde (1), luoique labsence de taches lenticulaires, la teinte ictérique, les xissons, les sueurs profuses et les circonstances dans lesquelles jlle paraît, suffisent ordinairement pour l'en distinguer.

De nombreux cas de fièvre puerpérale présentent les symptômes >rdinaires de la fièvre typhoïde, tels sont la pyrexie accompagnée le l'état typhoïde, la distension de l'abdomen et la diarrhée; si l'on :onsidère que les taches lenticulaires peuvent être absentes dans la lèvre typhoïde et les frissons dans la fièvre puerpérale, il est évident (u'il est quelquefois impossible de diagnostiquer les deux affecions. De plus, la difficulté peut être augmentée par cette cironstance que la fièvre typhoïde, dans l'état puerpéral, est queluefois accompagnée de pyohémie. D'après mon expérience, les lariations de la température sont beaucoup plus grandes même ans ces cas de pyohémie qui simulent le plus la fièvre typhoïde.

7. L'infiuenza, surtout quand elle est épidémique, peut, j'ai des iaisons pour le croire, simuler parfaitement la fièvre typhoïde.

ans les deux maladies, il y a de la fièvre, une grande prostraon, des transpirations et assez souvent de l'insomnie, du délire . l'état typhoïde. La bronchite catarrhale, la pleuro-pneumonie, . surdité et l'écoulement par les oreilles, si communs dans l'inaenza, sont loin d'être inconnus dans la fièvre typhoïde, et îpistaxis, la langue rouge, sèche et même brillante, la diarrhée îuvent être observés dans l'infiuenza (2). Il y a quelques années, li été consulté pour une épidémie qui avait éclaté dans une mai- >n de campagne, et il était difficile de se prononcer entre la fièvre phoïde et l'infiuenza. Une famille entière composée du père, de mère et de six enfants, fut gravement atteinte en quelques jours nsi qu'une domestique. Sur les neuf malades, huit avaient de la rrexie, et chez plusieurs il existait delà transpiration, une grande ostration et une tendance au délire. Dans huit des cas, l'attate commença par une bronchite aiguë, dans trois cas il y eut le pleuro-pneumonie aiguë et dans cinq une douleur clans les eilles avec surdité et une otorrhée plus ou moins abondante ; dans i cas, ces derniers symptômes étaient les seuls. Dans aucun il y avait d'éruption, mais, dans trois, il y avait de l'épistaxis ; dans

1) Voir un cas observé par l'auteur, Med. Times and. Gaz., 19 mars 18GS.VJ'ai isi connu plusieurs cas de pyohémie due à la carie de l'os temporal, et suivant cours tout h fait semblable à la fièvre typhoïde.

2) Consulter les Annales of Influcnza, publiées parlaSi/</. Society. London,1852.

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