MODE DE TERMINAISON FATALE
Comme dans le typhus, la mort peut survenir par asthénie oil par coma, ou par une combinaison de ces états. Le coma résultant d'une aération insuffisante du sang ou de la non-élimination des produits urinaires, cause généralement la mort à la lin d second septénaire ou au commencement du troisième. Mais la mor survient par pure asthénie ou anémie bien plus fréquemment que dans le typhus, et n'a lieu dans ce cas que vers le troisième ou 1 quatrième septénaire ou même plus tard. Elle est ordinairemen précédée de graves symptômes intestinaux. La mort par collapsus subit, quand les premiers symptômes n'ont pas indiqué le danger, est également fréquente dans la fièvre typhoïde. Quoique ce résultat soit souvent dû à l'hémorrhagie ou à la perforation, je l'ai vu s produire pendant la troisième semaine, indépendamment de l'une ou l'autre de ces causes, et des faits analogues ont été notés par d'autres observateurs (1).
[La mort subite n'est pas un mode de terminaison fatale rare del lièvre typhoïde. M. Tambareau (Thèse de Paris, 1877) a montr qu'elle avait eu lieu 13 fois sur 218 décès de dothiénenthéiïe comptés à l'hôpital du Gros-Caillou. Avant lui, dans une étude très-remarquable par le talent d'exposition et d'originalité des re cherches et de la théorie proposée pour expliquer le fait, M. Dieulafoy avait réuni en moins d'une année 14 cas (Thèse de Paris, 1809), ce qui ressort des observations dans lesquelles ce genre de mort a été noté, c'est la réserve que l'éventualité d'un pareil accident doit imposer au pronostic. C'est le plus souvent dans le cours du trm sième septénaire qu'il est survenu. J'emprunte à un travail tou récent encore de M. Dieulafoy les chiffres suivants (Gaz. Iiebdom., 18 mai 1877) : sur 34 observations la mort subite est ainsi répartie
2 au 17e jour.
5 — 21e jour.
Sur 57 cas, elle est arrivée 49 fois soudainement, sans que rien pû
(1) Lancet, 18C1,1F, pages 540, 000.
PRONOSTIC ET MORTALITÉ
i faire prévoir et, à deux ou trois exceptions près, au déclin de îaladie dont la forme avait été bénigne, et au moment où tous >js symptômes concouraient à faire croire à l'établissement de la onvalescence ; quelquefois à la suite de visites ou de conversations ui n'auraient, en apparence, causé aucune émotion au malade, .'un changement de position dans le lit, quelquefois aussi sans :tre même précédé d'aucune de ces circonstances insignifiantes. Les explications n'ont pas fait défaut. Le ramollissement du ;:ur signalé par Stokes, l'embolie dans l'artère pulmonaire, succéint à la formation de caillots dans les veines favorisée par la Dateur et la faiblesse de la circulation, la dégénérescence graiseuse ou vitreuse (Zeuker) du cœur, l'anémie centrale qui en devait •isulter ont paru à d'éminenls médecins rendre compte de la usque cessation de la vie. Mais, d'une part, les investigations les i!us minutieuses faites par les observateurs les plus habiles ont émontré l'intégrité histologique des organes mis en cause, et, autre part, au contraire, ce n'est pas par la mort subite qu'ont îccombé beaucoup de malades chez lesquels l'autopsie a démonré, prononcées au plus haut degré, les altérations du myocarde ciessus indiquées.
Dans sa thèse (1859), M. Dieulafoy a mis en avant, avec un il d'exposition très-séduisant, une hypothèse fort ingénieuse i ndée sur des expériences physiologiques de PaulBertdeLyon, de srnaud, etc., et sur l'observation de faits cliniques, d'où il résulte ; i'à l'excitation des viscères abdominaux, de la surface muqueuse ; l'intestin entre autres, on peut, par voie réflexe, produire la syn- >pe, l'anémie soudaine du cerveau, et la mort, etil trouve le point 3 départ de cette excitation réflexe dans les plaques de Geyer plus î moins lésées. A cette théorie, il a été objecté que la période à quelle survenait la mort subite était celle où le travail de «cassation des plaques ulcérées était commencée et souvent môme, rt avancé, et qu'il était bien étonnant que la susceptibilité à ixcitation attendît ce moment-là pour se produire. M. Tambareau, ut en admettant le mécanisme, a placé dans l'estomac le point de spart de l'excitation. Soit; mais, dirai- je avec M. Dieulafoy, pourîoi l'estomac plutôt que l'intestin? et d'ailleurs l'objection précémte s'adresse aussi bien à l'un qu'à l'autre de ces deux organes. M. Huchard, à la suite d'une discussion savante et approfondie :s faits fournis par la physiologie et la clinique {Et. critique sur pathogénie de la mort subite dans la fièvre typhoïde, Union méd. 177), propose comme explication non pas seulement la syncope, lelle qu'en soit d'ailleurs la cause excitante, mais l'association de
la syncope dépendant de lésions ou de simple parésie du cœur avec l'ischémie cérébrale, celle-ci résulte des altérations que le sang subit dans la dothiénenthérie, lesquelles produisent à leur tour des altérations de nutrilion de la substance du cerveau. Mais, syncope, ischémie du cerveau déjà altéré, affaiblissement du stimulant nerveux qui devient insuffisant à ranimer l'artère du cœur, tel est le cercle vicieux dans lequel surviennent et se développent les accidents qui aboutissent à la mort subite. Les conclusions qui annoncent si fréquemment la crise mortelle dont le début n'est séparé de la fin que par un intervalle de quelques secondes indiquent assez l'intervention de l'anémie soudainement portée à l'état aigu. Mais on a toujours à se demander pourquoi survient cette crise fatale à l'époque de la réparation plutôt qu'à tout autre.
Je ferai encore une observation. On trouve chez les sujets morts du typhus des altérations de nutrition absolument identiques à celles qu'on constate chez ceux qui ont succombé à la fièvre typhoïde, et cependant la mort soudaine à la suite du typhus n'est signalée par aucun observateur. Hildenbrand parle bien de morts rapides par apoplexie nerveuse, et d'autres, comme Griesinger, de morts inattendues, encore môme au moment delà convajescence, j mais aucun ne décrit ces morts comme ayant la soudaineté de celles qui nous occupent. N'y a-t-il pas dans cette comparaison de quoi engager l'esprit à rechercher dans les lésions spécifiques de la fièvre typhoïde la porte d'entrée à la mort subite?
La question n'est donc pas encore résolue. H. G. M.]