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CHAPITRE XIV

Je me propose de considérer dans ce chapitre les principaux arguments en faveur de la distinction spécifique du typhus et de la fièvre typhoïde, dérivés en premier lieu de leurs symptômes et de leurs apparences post mortem, et, en second lieu, de leur étiologie.

A. — SYMPTOMES ET APPARENCES posl mortem.

En comparant l'histoire clinique et les lésions anatomiques des deux maladies, un observateur impartial ne peut manquer d'admettre que les cas typiques présentent un contraste frappant. D'un côté, nous avons une fièvre d'un type plus ou moins rémittent avec une lésion anatomique définie, caractérisée par des taches rosées lenticulaires apparaissant par poussées successives, par delà diarrhée, de la sensibilité abdominale, deshémorrhagies intestinales et nasales, la dilatation des pupilles, et une durée en moyenne de trois

(l) Trousseau, 18C1, p. 188.

à quatre semaines : d'un autre côté, nous avons une fièvre d'un caractère plus continu, sans lésion anatomique définie, caractérisée par une éruption semblable à celle de la rougeole et dont les taches sont souvent converties en pétéchies, par une odeur particulière, et par une grande tendance à la stupeur, à la contraction des pupilles, et dont la durée moyenne, sauf complications, excède rarement quatorze jours (1). Mais quoique les histoires cliniques des deux maladies soient dans la plupart des cas tout à fait différentes, il est certain que beaucoup de symptômes sont communs à toutes deux, et que tels symptômes qui caractérisent l'une sont quelquefois absents, tandis que parfois ils se rencontrent dans l'autre. Ainsi, par exemple, le typhus peut être compliqué de diarrhée ou d'hémorrhagies, alors que les intestins peuvent être constipés dans la fièvre typhoïde, et la pyrexie et l'état typhoïde sont communs aux deux maladies. De plus, même dans ces sortes de cas, si l'une ou l'autre des éruptions existe, on peut porter avec certitude un diagnostic sur l'état des intestins. Si au milieu des circonstances dont il s'agit, il n'y a pas d'éruption, le diagnostic peut être difficile. Mais, comme Louis l'a observé il y a longtemps, la difficulté n'est pas plus grande que dans beaucoup d'autres maladies qui passent généralement pour être plus aisément distinguées (2) ; il est très-rare de rencontrer dans la pratique des cas dans lesquels on ne puisse faire un diagnostic correct. La difficulté s'élève bien plus souvent pour diagnostiquer la fièvre typhoïde d'avec d'autres maladies universellement reconnues pour en être très-distinctes (Voir pages 207 et 210).

D'après mes propres observations et d'après une étude attentive des observations réunies par d'autres médecins, je crois que les deux propositions suivantes pourront être utiles.

I. Quand les taches roses lenticulaires décrites à la page 112 apparaissent par poussées successives dans le cornas de la fièvre continue, les lésions abdominales de la fièvre typhoïde sont invariablement présentes.

II. Quand l'éruption du typhus se montre dans le cours de la fièvre continue, les lésions abdominales de la fièvre typhoïde sont absentes. Pour ajouter aux preuves en faveur de ces deux propositions

auxquelles j'ai déjà fait allusion (pages 25, 233), on peut dire que, pendant vingt-trois ans, plus de mille autopsies de malades morts de fièvre ont été faites à l'Hôpital des fiévreux sans qu'une seule exception ait été notée.

Des assertions opposées ont été émises parfois, mais le petit

(1) Voyez plus loin la définition du typhus. (1) Louis, 18-41, II, 324.

MuncmsoN. i n

nombre des cas qui sont en leur faveur montre que les exceptions sont très-rares, et, dans mon opinion, la plupart, sinon tous, sont sujets à Tune ou à l'autre des objections suivantes.

1. Aucune signification définie n'a été attachée aux noms employés pour désigner les éruptions; et on a fondé des arguments sur les noms donnés à l'éruption par différents observateurs, au lieu de les fonder sur les caractères de l'éruption dans chaque cas. Sans aucun doute il y a eu beaucoup de confusion dans les discussions, puisque différents observateurs employaient le même nom pour désigner des éruptions différentes. Ainsi, un auteur qui soutient l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde, parle des taches rosées caractéristiques de la fièvre typhoïde comme se convertissant en pétéchies (dans un cas où les intestins étaient sains); un second argumente comme si tous les cas de lièvre continue avec des taches étaient le typhus, et comme si la fièvre typhoïde n'avait pas d'éruption particulière; un troisième applique le terme taches rosées à la plus légère éruption de typhus ; un quatrième emploie le terme pétéchies 7'oses, et un troisième rapporte un cas caractéristique de fièvre typhoïde (sic) avec une éruption en forme de mûres [mulberry rash). Ce manque de précision dans la nomenclature indique, pour quelques-uns des cas, comment il se fait que la fièvre typhoïde et le typhus ont été désignés comme ayant une origine commune. Par exemple, d'un cas qui fut rapporté il y a des années dans un des journaux de médecine, on pensa pouvoir conclure que le typhus et la fièvre typhoïde tiraient leur origine d'un môme poison. La démonstration se bornait simplement à ceci. Le médecin qui rapporta le cas soignait un membre d'une famille ayant une fièvre avec des poussées successives de taches rosées, et il fut informé par un autre praticien qu'un second membre de la môme famille avait en môme temps la fièvre avec une éruption de mûres (1). Quels que soient les détails de ce cas, la preuve manquait entièrement pour établir la conclusion que l'on en tirait. Si le médecin en question s'était reporté au numéro du journal précédant seulement d'une quinzaine celui dans lequel le cas était rapporté, il aurait trouvé le récit d'un cas de fièvre typhoïde avec des symptômes marqués, l'un d'eux présentant une très -distincte éruption de mûres. Un autre médecin se refuse à ce qu'il y ait aucune diffé rence entre les taches rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde et l'éruption du typhus, et cependant, afin de prouver que les deux fièvres sont les mômes, il rapporte deux cas dans lesquels une éruption du typhus fut observée pendant la vie, et les lésions

(1) Lancet, G février 1858.

anatomiques de la fièvre typhoïde furent découvertes après la mort; mais à moins qu'une signification bien définie ne soit attachée au terme éruption typhiqae, comme distincte de l'éruption de la fièvre typhoïde, il est inutile de discuter la question. Ainsi que l'a dit Jacquot en parlant du seul chirurgien français de l'armée de Crimée qui soutenait que les lésions de la dothiénentérite se rencontraient dans le typhus : « comme il confesse qu'il ne peut distinguer un typhus d'une fièvre typhoïde, son assertion n'a dès lors plus rien d'étrange (1). »

2. Les taches du typhus d'un rouge plus clair ont été prises pour l'éruption de la fièvre typhoïde. Les taches du typhus, dès leur apparition, sont souvent légèrement élevées au-dessus de la surface et disparaissent à la pression, et il peut être difficile à première vue de les distinguer des taches rosées lenticulaires. Mais si ces taches sont examinées pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, elles deviennent plus foncées, ne disparaissent plus par la pression, et sont habituellement de plusieurs couleurs .

Ces variations caractérisent l'éruption du typhus, et sont incompatibles avec celle de la fièvre typhoïde (Voy. p. 112). Il n'est dès lors pas surprenant que les lésions de la fièvre typhoïde aient été absentes dans un cas rapporté par Kennedy, de Dublin, à la Société medico-chirurgicale de Londres; cas dans lequel plusieurs des taches que l'on pensait être caractéristiques de la fièvre typhoïde, ne purent être distinguées des vraies pétéchies à la fin du quatrième jour de leur apparition (2). Il est probable que la plupart des cas, dans lesquels on a dit que les taches rosées coexistaient avec des pétéchies ou avec une éruption de mûres, admettaient une explication analogue. 11 est à remarquer que Huss, à l'ouvrage duquel on a si souvent recours pour prouver l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde et qui parle de la fréquente coexistence de taches rosées lenticulaires avec l'éruption pétéchiale du typhus, ne fait pas allusion aux taches roses qui précèdent, qui sont converties en pétéchies du typhus, et qui peuvent d'abord être légèrement élevées et disparaître par la pression. Les taches lenticulaires de Huss (symptômes de Véruption typhoïde de cet auteur) comprenaient toutes les taches qui se montraient pendant le cours de la fièvre, et qui n'étaient ni pétéchies ni sudamina (3). 11 faut avoir ce

(I) Jacquot, 1858, p. 256.

{■!) « A la fin du quatrième jour qui suivit leur première apparition, il m'était impossible d'en distinguer quelques-unes des véritables pétéchies. Celles-ci étaient bien plus grandes, plus foncées et plus irrégulières que les autres. » Med. Times and Gnz., 17 mars 18G2, et Lancet, 24 mars 1800. (3) Huss, 1855, p. 80.

fait présent à l'esprit en étudiant son ouvrage. Il arrive quelquefois dans le typhus que des taches, disparaissant par la pression, coexistent avec des péiéchies, mais le point important est celui-ci : quand quelques-unes de ces taches cessent de disparaître par la pression ou se convertissent en pétéchies, l'éruption n'est pas celle de la fièvre typhoïde, et les intestins sont trouvés sains après la mort.

3. Les pétéchies ont été souvent regardées comme l'éruption caractéristique du typhus. On les trouve dans beaucoup d'autres maladies, tandis que, ainsi que cela a déjà été établi, l'éruption du typhus ne peut jamais devenir pétéchiale. Les pétéchies ne constituent par conséquent pas l'éruption caractéristique du typhus; et le fait de les avoir rencontrées dans certains cas de fièvre dans lesquels les intestins ont présenté après la mort les lésions de la fièvre typhoïde, ne prouve nullement que le typhus et la fièvre typhoïde soient identiques.

4. D'autres conditions morbides des glandes de Peyer et des glandes isolées de l'intestin, telles que les lésions produites par les dépôts tuberculeux (barbe rasée des pathologistes français), ou la légère dilatation observée dans la fièvre scarlatine, la petite vérole et beaucoup d'autres maladies, et môme leur état sain, ont été prises pour les lésions spécifiques de la fièvre typhoïde (Voy. p. 247). H. Kennedy, l'un des plus habiles antagonistes de la distinction spécifique du typhus et de la fièvre typhoïde, admet qu'il lui a quelquefois été impossible de distinguer les lésions de la fièvre typhoïde et les affections tuberculeuses des intestins, et demande si ces lésions ne pourraient pas être dues à la diathèse scrofuleuse (1).

Joseph Bell, de Glasgow, soutenait que les lésions anatomiques du typhus et de la fièvre typhoïde étaient identiques, et que, en fait, il n'existait pas de typhus sans les lésions intestinales de la fièvre typhoïde. Les opinions contraires de beaucoup d'observateurs distingués ont été combattues par cette assertion que les lésions étaient quelquefois si peu accusées, qu'il fallait recourir au microscope pour les découvrir (2). Les lésions de la fièvre typhoïde n'ont pas besoin d'instruments grossissants pour être découvertes à quelque période de la fièvre que survienne la mort, même tout à fait au début (3).

(1) Kennedy, 18G0, p. 223 et 1873.

(2) Bell, 18G0.

(3) J'ai employé le microscope pour examiner les intestins do plusieurs cas do typhus, mortel après le dixième jour ; mais je n'ai jamais rien découvert qui ressemblât le moins du monde aux lésions telles que je les ai vues dès le second ou le sixième jour do la fièvre typhoïde. (Voy. p. 235.) Barallier a aussi employé le microscope, et est arrivé a la môme conclusion.

Si l'on considère les arguments énoncés dans ces quatre paragraphes, on verra qu'il est très-rare de rencontrer des cas qui contredisent l'exactitude des propositions émises au commencement de ce chapitre.

Je suis néanmoins prêt à admettre que, dans des cas trèsrares, les éruptions du typhus et de la fièvre typhoïde peuvent coexister, et que si la mort survient dans ces circonstances, on trouvera les lésions de la fièvre typhoïde dans les intestins. Mais^si ces cas rares servaient à prouver l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde, la môme argumentation nécessiterait cette conclusion que toutes les maladies aiguës spécifiques émanent d'un même poison; et que la petite vérole, la scarlatine et la fièvre typhoïde sont des maladies identiques. On a déjà démontré dans cet ouvrage que le typhus et la scarlatine, la fièvre typhoïde et la scarlatine, la variole et le typhus coexistent parfois dans l'organisme humain (page 197). Les faits rapportés par Marsan (1) et par beaucoup d'autres observateurs prouvent surabondamment que des personnes peuvent être attaquées en même temps de la variole et de la scarlatine, et j'ai de plus collectionné de nombreux cas, démontrant l'existence temporaire dans l'organisme de deux des maladies que l'on croit provenir de différents poisons spécifiques (2). Si un poison peut produire un certain groupe de symptômes, et si un second poison peut engendrer un autre groupe, une combinaison des deux poisons peut faire naître un troisième groupe de symptômes, partageant les caractères des deux premiers, sans que l'on doive nécessairement conclure que les deux premiers groupes de symptômes sont simplement des manifestations différentes du même poison. Il y a quelques années j'ai publié l'observation de trois cas, dans lesquels les malades parurent souffrir simultanément du typhus et de la fièvre typhoïde, ayant été exposés aux poisons des deux maladies (3). Dans les cas suivants les malades ont contracté le typhus à l'Hôpital des fiévreux, pendant qu'ils avaient la fièvre typhoïde pour laquelle ils avaient été admis.

Observation XLYI. Coexistence du typhus et de la fièvre typhoïde. — Georges B..., âgé de 14 ans, admis à l'Hôpital des fiévreux, le 3 juin 1862. Il était malade depuis dix jours, et, au moment de son admission, il présentait tous les symptômes de la fièvre typhoïde. Pouls, 108. Langue humide et présentant des fissures; ventre distendu et sensible au niveau du cœcum ; deux selles liquides. Plusieurs taches rosées lenticulaires bien

(1) Mcd. cliir. trans.y vol. XXX.

(2) Murchison, 1859.

(3) Iùid., p. 197.

marquées. Deux des sœurs de cet enfant avaient été admises environ une quinzaine auparavant avec la même fièvre qui avait suivi son cours habiluel. Les deux avaient eu des taches rosées lenticulaires, et une était morle d'hémorrhagie intestinale. Le garçon fut placé dans une salle où il y avait beaucoup de typhiques.

Le 12 juin, de nouvelles taches lenticulaires furent observées; peau chaude et sèche, langue humide avec fissures; ventre sensible; intestins encore relâchés. Pouls 80. Intelligence nelte. Légère céphalalgie.

Le M juin (environ le 22e jour). Langue rouge et sèche au centre; ventre sensible et tympanitique; une selle. Des taches lenticulaires encore distinctes, et le tronc couvert d'une éruption foncée comme celle du typhus. Pouls 90. Céphalalgie beaucoup plus intense.

18 juin. L'éruption s'est développée et est bien celle du typhus sans ue l'on puisse s'y méprendre; on peut distinguer en même temps quelques taches roses lenticulaires, circulaires, élevées, de la fièvre typhoïde, et qui avaient été au préalable entourées d'encre.

10 juin. Pouls 90. Pas de selles pendant deux jours. Expression stupide, ne comprend pas trop quand on lui parle.

20 juin. L'éruption est un peu moindre, mais est encore distincte. Plusieurs nouvelles taches lenticulaires. Le malade fut visité par M. -P. Stewart, qui put constater l'existence des deux éruptions. Intestins encore constipés.

21 juin. Une nouvelle tache lenticulaire; l'éruption persiste. Aucune tache lenticulaire nouvelle ne parut après cette date; mais l'éruption élait encore visible le 26 juin.

Le malade sortit guéri de l'hôpital, le 8 juillet.

Observation XLVII. Coexistence du typhus et fièvre typhoïde. — Henry W..., âgé de 25 ans, admis à l'Hôpital des fiévreux, le 10 janvier 1853, étant malade depuis le 6. Il venait de Groydon, à dix milles de Londres, où la fièvre typhoïde (mais non le typhus) sévissait depuis quelques mois. Un autre malade de la fièvre typhoïde fut admis en même temps ; il venait de la même maison. Il y avait plusieurs cas de typhus dans les salles où étaient ces malades Les principaux symptômes d'Henry W... étaient des étourdissements, de la céphalalgie, des vomissements, rougeur de la face, sommeil troublé, perte d'appétit, pouls variable, des taches roses lenticulaires. Plusieurs de ces taches furent notées jusqu'au 2 février (28e jour).

Le 30 janvier (25e jour), le malade se plaignit de frissons irréguliers, alternant avec des rougeurs subites. La céphalalgie revint; et la langue qui, quelques jours auparavant, avait été claire et humide, devint chargée. Le pouls, qui depuis plusieurs jours n'avait jamais excédé 72, s'éleva à 86. Pendant les quelques jours qui suivirent, le malade se plaignit beaucoup de céphalalgie, de douleurs dans les membres, de soif et de diarrhée.

Le 4 février, le pouls était à 120, et le corps élait couvert d'une érup-

tion de typhus bien marquée. Il y eut dix selles. L'éruption continua trèscopieuse pendant dix jours, et pendant tout ce temps il y eut de la diarrhée.

Le S février, il y eut une copieuse epistaxis. Parfois du délire, et, pendant cinq jours, le pouls resta à 132 sans aucune variation. Entre le 40° et le 41e jour, ou vers le 14e jour de l'attaque du typhus, le pouls tomba de 120 à 72, et, à partir de ce moment, le malade devint rapidement convalescent.

Dans le cas suivant, le malade parut avoir été exposé aux deux poisons du typhus et de la fièvre typhoïde avant d'entrer à l'hôpital.

Observation XLVIII. Coexistence supposée du typhus et de la fièvre typhoïde. — Norah H..., âgée de 16 ans, admise à l'Hôpital des fiévreux, en décembre J 857, le 8e jour d'une attaque de fièvre. Son corps était couvert d'une éruption typhique bien marquée, et la malade présentait tous les symptômes ordinaires du typhus, savoir : langue sèche et brune ; intestins constipés; expression lourde, confuse ; pupilles petites et subdélirium.

Le 118 jour l'éruption typhique diminua, et fut suivie de taches lenticulaires rosées, qui sortirent par poussées successives pendant plus d'une semaine, et qui furent accompagnées des symptômes suivants : diarrhée, sensibilité abdominale, langue rouge et pupilles dilatées. Une quinzaine de jours avant l'admission de cette jeune fille, elle avait couché hors de chez elle, dans le même lit qu'une autre jeune fille qui avait la fièvre. Le père et le frère de cette seconde jeune fille furent admis à l'Hôpital des fiévreux avec le typhus bien caractérisé. D'un autre côté, il fut cerlain que la maison dans laquelle demeurait Norah H... avait un système d'égouts très-mauvais, et que les cabinets avaient été tellement négligés qu'ils étaient devenus infects.

Depuis la publication de ces faits, différents observateurs en ont également noté plusieurs autres aussi concluants. Dans l'un observé par Peacock (1) l'éruption du typhus apparut le vingt-troisième jour; trois le furent par T.-J.Maclagan (2); un par M.Ward (3); et un par J.-W. Miller (4). D'après ces observations, il est évident que la coexistence accidentelle des éruptions du typhus et de la fièvre typhoïde, ou môme la découverte des lésions delafièvre typhoïde dans un cas où une éruption de typhus a été observée pendant la vie n'est pas une preuve que les deux fièvres en question émanent d'un même poison. Ces circonstances sont de très-rares exceptions à la règle générale, et ne sont pas, en fait, plus communes que l'existence simultanée de la lièvre typhoïde et de là scarla-

(1) Peacock, 1862, p. 138.

(2) Maclagan, 1807.

(3) Mcd. Press, and. Cire, 13 février 18G7. (4) Miller, 1868 ; voir aussi Kennedy, 1866.

tine ou de la scarlatine et de la variole. Depuis 1861, les typhiques ont été soignés à l'Hôpital des fiévreux de Londres dans des salles différentes des malades de la fièvre typhoïde; pendant neuf années (1862-1870), 14,589 cas de typhus furent admis, et 3,555 cas de fièvre typhoïde; dans deux cas seulement, et ils étaient encore très-douteux, on a soupçonné quelque peu l'existence simultanée des deux maladies. On ne peut donc pas dire que le typhus et la fièvre typhoïde se confondent constamment.

Les observations recueillies parLandouzy pendant l'épidémie de la prison de Reims en 1839-1840, et auxquelles on a eu si souvent recours pour prouver l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde, doivent être rapprochées des cas que je vais citer. La fièvre attaqua 138 personnes dont 17 moururent. Elle ressemblait au typhus par sa contagiosité, sa courte durée, et était caractérisée dans la plupart des cas par la constipation, la congestion de la conjonctive, une grande stupeur, la présence prématurée du délire, une odeur de souris, et la présence de l'éruption du typhus. Elle attaqua aussi les personnes qui avaient eu antérieurement la fièvre typhoïde, mais épargna celles qui avaient souffert du typhus vingt-cinq ans auparavant. D'un autre côté, il est établi que, dans quelques-uns des cas, les taches rosées lenticulaires furent mélangées à l'éruption du typhus. Cette observation laisse le champ libre à cette objection, que Landouzy n'admettait pas que les taches du typhus disparussent jamais à la pression, et qu'il paraissait douter si les taches de cette nature, décrites par Stewart comme existant dans le typhus, n'étaient pas des taches rosées lenticulaires (1). On examina les intestins de 6 des 17 cas mortels, et l'on dit qu'ils présentaient les lésions de la fièvre typhoïde. Sur ces 6 cas, on n'en a noté que 2 dans lesquels il avait été observé que les lésions n'étaient pas aussi caractéristiques de la fièvre typhoïde, que Landouzy l'avait dit (2). Dans 1 des 2 cas, elles étaient si légères que les trois collègues et les élèves de Landouzy, après avoir ouvert l'intestin et l'avoir examiné soigneusement, s'écrièrent d'abord, que, à leur grande surprise, ils ne

(1) Landouzy, 1842, p. 325.

(2) Nous ne savons pas si Landouzy a pu expliquer ce cas ; les altérations qu'il signale ne sont pas suffisamment définies pour se rapporter à ladéfinition delafièvro typhoïde de Louis (Brit. and. for. med. chir. Rev., juillet 1851). « Les apparences décrites par Landouzy sont parfaitement connues des observateurs allemands comme dépendant d'une condition catarrhale de la membrane muqueuse, ce qui peut se produire dans le typhus comme dans la pneumonie, aussi bien que dans toute maladie aiguë. Aucun observateur habile no pourrait confondre cet état avec le dépôt typhoïde formé par les plaques de Peyer et au-dessous d'elles. » (Finit, 1852, p. 243.)

pouvaient découvrir aucune lésion (1). Mais en acceptant même les faits comme lésa rapportés Landouzy, ils ne prouvent pas l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde. Bartlett, dans la première édition de son ouvrage, a suggéré la pensée que les causes des deux poisons s'étaient trouvées réunies à Reims, et qu'il en était résulté une combinaison hybride des deux maladies (2). Il est généralement admis que les causes de la fièvre typhoïde existent constamment dans toute la France, et il a été prouvé que^la fin de l'automne (époque à laquelle l'épidémie de Reims a commencé) est la saison la plus favorable au développement et à l'action de ces mêmes causes. D'un autre côté, il a été reconnu que les prisonniers avaient été exposés aux causes du typhus. L'origine de l'épidémie, en fait, fut attribuée à une trop grande agglomoration d'individus. Il est remarquable que Landouzy luimême arrivait à cette conclusion que la fièvre à Reims n'était pas identique à la fièvre typhoïde ordinaire de France, quoique ses observations aient été si souvent citées pour appuyer une opinion opposée.

B. — ÉTIOLOGIE.

Des arguments encore plus concluants en faveur de la distinction spécifique du typhus et de^ la fièvre typhoïde dérivent de leur étiologie.

1. Les deux fièvres n'ont aucune communauté d'origine. — Une fièvre ne donne pas naissance à l'autre. Si le typhus et la fièvre typhoïde provenaient du même poison, on devrait journellement observer qu'une fièvre engendre ou propage l'autre, et que les deux fièvres sévissent en même temps dans la même famille ou dans la même maison. Mais les expériences faites ne nous permettent pas d'admettre rien de tout cela.

En 1849, sirW. Jenner montrait comme le résultat de recherches faites pendant trois années à l'Hôpital des fiévreux, que, lorsqu'une fièvre continue éclatait dans une famille ou dans une maison, tous les cas appartenaient au typhus, ou à la fièvre typhoïde, les deux fièvres n'existant jamais ensemble, et de là il concluait que leurs causes spécifiques devaient nécessairement être différentes (3).

Ma propre expérience est d'accord avec celle de W. Jenner. J'ai

(1) Landouzy, 18V.», p. 31G.

(2) Bartlett, 1842.

(3) Jenner, 1849 (I).

vu maintes et maintes fois de six à dix membres d'une môme famille, dont l'âge variait de 2 à 60 ans et plus, être attaqués du typhus, chacun présentant l'éruption caractéristique. Il en était de môme avec la fièvre typhoïde. Lorsqu'un cas de fièvre typhoïde se déclare dans une famille, les cas seront des fièvres typhoïdes. Ni l'âge, ni le sexe, ni le tempérament, ni aucune particularité individuelle n'ont affecté la forme de la fièvre le moins du monde. Pendant vingt-trois ans (de 1848 à 1870), 18,268 cas de typhus et 5,988 cas de fièvre typhoïde furent admis à l'Hôpital des fiévreux. Trèsfréquemment, plusieurs membres d'une famille ou des locataires d'une même maison ont été admis en môme temps, mais des cas de typhus et de fièvre typhoïde ne provenaient jamais de la même maison, a moins qu'il n'y eût un intervalle de bien des mois ou môme de plusieurs années. 11 y eut cinq ou six exceptions qui méritent d'ôlre notées comme indiquant la prudence nécessaire à employer dans la recherche de ces cas. Un garçon âgé de 16 ans fut admis le 19 septembre 18-48 avec la fièvre typhoïde, et le 10 octobre, son père fut admis avec le typhus. Mais la mère de ce jeune garçon était venue le voir â l'Hôpital des fiévreux et avait pu transporter le poison du typhus à son mari. De plus, le père avait été peu exposé à une contagion émanant de son fils, qui, étant un vagabond, et vivant en mésintelligence avec sa famille, était loin de la maison quand il tomba malade. Voici les circonstances d'un autre cas exceptionnel. En novembre et décembre 1851, quatre domestiques furent admises à l'hôpital, venant d'un hôtel dans Haymarket. Elles avaienttoutes la fièvre typhoïde, et dans lemois de janviersuivant, une domestique, venant de la même maison, fut admise avec le typhus. Cette malade du typhus, cependant, était une de celles qui avaient été admises l'année précédente avec la fièvre typhoïde. Elle n'avait quitté l'hôpital que dix jours avant sa réadmission, et sans aucun doute elle y avait contracté le typhus pendant sa convalescence. Dans les autres cas exceptionnels, les amis des malades qui étaient à l'hôpital avec la fièvre typhoïde avaient contracté le typhus en venant les visiter.

Peacock et Wilks ont invariablement observé les mêmes faits dans les hôpitaux de Saint-Thomas, du Royal-Free et de Guy (1). A. P. Stewart m'a assuré que, pendant douze ans, il n'avait jamais vu une seule exception à cette règle à l'hôpital de Middlesex.

Ces observations ne s'appliquent pas à Londres seulement comme on l'avait allégué. En 1842 John Reid a observé que tous les cas de fièvre typhoïde qui ont été -disséqués dans l'Infirmerie

(I) Peacock, 185G; Wilks, 1855.

d'Édimbourg pendant trois années et demie, étaient venus de Linlithgow, Anstruther, et autres endroits du Fifeshire, et pas un d'Édimbourg même où le typbus avait été très-dominant. Ce même professeur Goodsir démontra, après de nombreuses autopsies, que tous les cas de fièvre qu'il avait eus dans son service à Anstruther pendant cinq ans appartenaient à la fièvre typhoïde (1). En 1846- 1847, la fièvre typhoïde sévit d'un façon inusitée àÉdimbourg; mais il fut démontré par Waters (2) et par W. Robertson (3) jjue les cas éclatèrent dans le voisinage d'Édimbourg ou dans les quartiers les plus sains de la nouvelle ville, où le typhus n'a pour ainsi dire presque jamais été constaté. Les observations faites pendant dix ans à Édimbourg par Gairdner ont été les mêmes. En 1860, il écrivait ceci : « A Édimbourg, Begbie et moi avons probablement vu ou avons été à même de bien connaître tous les cas de fièvre. Par conséquent, lorsque je vous déclare, d'après mon expérience de plus de dix années, qu'il ne s'est produit aucun cas bien marqué de fièvre typhoïde dans un groupe de typhus, ou de typhus dans un groupe de fièvre typhoïde, je suis fondé à dire que j'ai obtenu d'une manière évidente la preuve que les deux affections sont réellement différentes, et ne sont pas de simples variétés de la même maladie. L'été dernier, j'ai observé très-soigneusement pendant plusieurs mois consécutifs l'ensemble des fièvres d'Édimbourg. Ce n'était pas une saison d'épidémie ; mais j'ai recueilli environ trente cas de typhus, et douze de fièvre typhoïde. Je suis entré dans les plus minutieux détails sur cette dernière maladie, m'informant des circonstances les plus minimes en apparence, visitant chacun des endroits où était la fièvre, sauf un ou deux que je savais pertinemment être des cas isolés. Il en est résulté qu'en aucun cas on ne pouvait avoir le plus léger soupçon que le typhus eût amené autre chose que le typhus, ou la fièvre typhoïde autre chose que la fièvre typhoïde (4). »

Les observations de A. P. Stewart à Glasgow pendant 1836, 1837 et 1838, ont été analogues. Il me dit qu'il avait vu plus de 3,000 cas de fièvre pendant cette période; mais pas un cas de typhus ou de typhoïde ne se sont produits ensemble dans la même famille ou dans la même maison. Plus récemment, J.-B. Russell a fait des recherches dans les localités d'où l'on amenait à l'Infirmerie Royale et à l'Hôpital de la Cité les malades atteints de fièvre typhoïde, et

(1) Reid, 1840 et 184?.

(2) Waters, 1847.

(3) Robertson, 1848.

(4) Gairdner, 1859 et 18G0.

il déclare que le fait le plus digne de remarque était « l'absence de fièvre typhoïde dans les quartiers qui sont les pricinpaux foyers du typhus (1). »

Enfin une étude de trente-deux ans sur les fièvres d'Irlande a prouvé à A. Hudson que le typhus et la fièvre typhoïde diffèrent entièrement l'une de l'autre, non pas seulement dans leur histoire clinique et leur pathologie, mais aussi dans leur origine et leur mode de propagation (2).

Tels sont les faits qui onteonduit à dire que le typhus et la fièvre typhoïde diffèrent quant à leur mode d'origine. Quelques observations d'une nature opposée ont été réunies; mais, dans tous les cas qui sont à ma connaissance, les observateurs des faits refusent de reconnaître que pendant la vie on puisse distinguer la fièvre typhoïde du lyphus. 11 est évident qu'un médecin, qui dit avoir vu de nombreux cas de typhus et de fièvre typhoïde éclater ensemble dans la même famille, soutient non-seulement que l'éruption d'une des fièvres peut révéler les caractères de l'éruption de l'autre, mais que les lésions anatomiques des deux fièvres sont identiques et que, en fait, le lyphus ne saurait exister sans présenter les lésions intestinales de la fièvre typhoïde (.']). L'argument contre la distinction spécifique des deux fièvres, basé sur ce point qu'on ne peut pas les reconnaître il leurs symptômes pendant la vie, est parfaitement compréhensible; mais ce qui est difficile de comprendre, c'est que les auteurs ayant cette opinion (ou plus encore, croyant que les lésions anatomiques des deux lièvres sont identiques), parlent de fièvre typhoïde comme distincte du typhus, quand ils ont souvent vu des exemples de ces deux fièvres en même temps dans une même famille. Sûrement, ils essayent de trop prouver.

A une seule exception près, rapportée par Huss, je ne connais pas un seul exemple de fièvre éclatant dans une famille dans lequel il soit possible de dire que les intestins aient été trouvés sains chez un malade et aient présenté les lésions anatomiques de la fièvre typhoïde chez un autre.

Des circonstances de cette nature ne devraient pas être rares si les deux fièvres éclataient si souvent ensemble ainsi qu'on l'a dit. De plus, des cas exceptionnels delà nature dont il s'agit ne prouvent pas que le typhus et la fièvre typhoïde émanent d'un môme poison, à moins qu'on ne puisse prouver qu'ils n'éclatent plus fréquemment que ne le font ordinairement, dans la môme famille,

(1) Russcll, 18G7, p. 63.

(2) Hudson, 1867, p.

(3) Bell, 1800.

d'autres maladies spécifiques qui sont universellement reconnues comme étant distinctes. J'ai vu plusieurs fois le typhus et lascarlatine, le typhus et la rougeole, le typhus et la petite vérole, ou la fièvre typhoïde et la scarlatine éclater ensemble dans la maison.

Il faudrait donner bien peu de valeur à une opinion basée sur de tels cas, et qui conclurait.que le typhus, la scarlatine, la rougeole et la variole sont une seule et môme maladie.

La coexistence du typhus et de la fièvre typhoïde dans une même maison peut se produire de différentes manières. Par exemple, des malades atteints de fièvre typhoïde traités dans un hôpital où il y a le typhus, peuvent importer le poison chez eux et être ainsi l'agent propagateur du typhus dans des endroits où jusque-là il n'y avait eu que des fièvres typhoïdes. Dans les grandes villes, où les deux fièvres sévissent si souvent en môme temps, il est surprenant (même en supposant que les poisons soient distincts) que les deux maladies ne se rencontrent pas plus fréquemment ensemble dans la même maison.

2. Une attaque d'une fièvre estime garantie contre une seconde attaque de lamême fièvre, mais non de l'autre. — Tandis qu'il est extrêmement rare qu'un même individu ait deux attaques de typhus, bien que les secondes attaques de lièvre typhoïde soient bien plus communes (Voir page 469), il y a de nombreux exemples de personnes contractant ces deux maladies dans de certaines conditions favorables. Il est maintes fois arrivé à l'Hôpital des fiévreux que des malades, après une convalescence de fièvre typhoïde, avaient contracté le typhus étant encore à l'hôpital, ou y avoir été réadmis huit ou dix jours après leur sortie. Dans des cas plus rares, une attaque de typhus a été suivie de fièvre typhoïde. J'ai des notes sur 23 malades qui ont contracté le typhus à un intervalle variant de quelques jours à trois ans après la fièvre typhoïde ; trois d'entre eux succombèrent. J'ai aussi des notes sur 7 malades qui ont contracté la fièvre typhoïde à un intervalle variant de quelques jours à sept ans après le typhus; un d'entre euxa succombé. Dans des cas mortels de fièvre typhoïde succédant au typhus, on trouve à l'autopsie de récentes lésions abdominales de fièvre typhoïde; mais quand l'ordre des fièvres est renversé, on ne trouve que les cicatrices d'anciens ulcères intestinaux.

Des observations analogues ont été faites ailleurs. Pendant l'été de 1859, 12 cas de fièvre typhoïde ont été admis à l'Infirmerie royale d'Edimbourg dans le service de W. T. Gairdner. Il y avait des cas de typhus dans la même salle. Après une convalescence

distincte, 4 des 12 malades furent atteints par le typhus, et un en mourut. Les éruptions dans les deux fièvres étaient des plus caractéristiques (1). H. Werber et Henry Guéneau de Mussy m'ont ( chacun communiqué un cas dans lequel une attaque de fièvre typhoïde fut suivie de typhus : l'un eut lieu à Londres, l'autre à 'Dublin. 2 cas semblables ont été observés à Londres par Gull et Wilk(2); 2 par Davies (3) à Bristol; 4 par Hudson (4) à Dublin ; 4 par Maclagan (5) à Dundee ; un par Anderson (6) à Glasgow; 2 par Griesinger (7) à Zurich; un par Godelier (8) à Paris, et 4 cas sont mentionnés par Flint (9) et Bartlett (10), comme ayant eu lieu en Amérique. Beaucoup d'observations analogues ont été faites par Barrallier à Toulon (11) et par les officiers fi ançais de l'armée de Crimée (12). Baudens a communiqué à l'Académie de médecine les cas de deux chirurgien français qui moururent du typhus en Crimée, et dans les intestins desquels on trouva des cicatrices résultant d'une attaque de fièvre typhoïde qu'ils avaient eue quatre ou cinq ans auparavant (13). D'un autre côLé, Corrigan rapporte le cas d'un malade en convalescence du typhus a Dublin qui fut atteint de fièvre typhoïde et mourut (14); un cas analogue est mentionné par Bartlett (15). Hudson relate le cas d'un individu qui fut attaqué de fièvre typhoïde après avoir eu la fièvre relapse et le typhus (16), et Jacquotjparle de plusieurs cas clans lesquels les soldats qui avaient eu le typhus en Crimée, furent peu de temps après atteints de fièvre typhoïde en France (17).

Les observations suivantes démontrent la succession des deux maladies qui nous occupent (18).

Observation XLIX. Fièvre typhoïde suivie d'une attaque mortelle de typhus pi'êsde trois mois après le commencement de la convalescence. — Francis B...,

(1) Gairdner, 18Gn.

(2) Med. Times and Gaz., 1864, II, 194.

(3) Ibid., 1867, II, 427.

(4) Hudson, 1867, p. 44.

(5) Maclagan, 1867.

(6) Anderson, 1861, p. 116.

(7) Med. Times and Gaz., 21 déc. 1861.

(8) Godelier, 1856, p. 887.

(9) Flint, 1852, p. 314, 342.

(10) Bartlett, 1856, p. 293.

(11) Barrallier, 1861, p. 105.

(12) Jacquot, 1858, p. 225.

(13) Barrallier, 1861, p. 105-

(14) Corrigan, 1853, p. 91.

(15) Bartlett, 1856, p. 294.

(16) Hudson, 1867, p. 44.

(17) Jacquot, 1858, p. 225.

(18) Voir aussi l'observation LXI, p. 555.

âgé de 34 ans, admis, à l'Hôpital des fiévreux, le 14 octobre 1854. Cet homme avait tous les symptômes d'une très-grave attaque de fièvre typhoïde. Les taches rosées lenticulaires étaient nombreuses et des plus caractéristiques, et sortaient par poussées successives. Le pouls variait entre 72 et 108. Il y avait une rougeur circonscrite sur les deux joues. La langue, d'abord rouge et brillante, devint sèche et brune. L'abdomen était gonflé et sensible; ily'avait de la diarrhée et une hémorrhagie intestinale, un délire aigu, et beaucoup de soubresauts. Après un mois la convalescence commença, vers le 5 novembre; mais elle fut retardée par des eschares. Le 17 novembre il lui fut permis de manger librement da la viande et de boire une pinte de porter.

Le malade fut conservé à l'hôpital à cause de ses eschares, mais il marchait à grands pas vers la guérison, lorsque, vers le 29 janvier 1855, il perdit l'appétit, et ressentit un malaise général.

Le 3 février, une légère éruption de typhus parut sur la poitrine.

Le 4, cette éruption s'étendait sur le tronc et les bras, devenait plus foncée et ne disparaissait pas sous la pression. Il y avait une grande somnolence, mais pas de symptômes abdominaux.

Le 8 février, le pouls était à plus de 150; faible et irrégulier; respirations 36, avec beaucoup de dyspnée. A dix heures du matin le 11, ou environ le 14e jour de l'attaque du typhus, le malade mourut.

Autopsie. — Extrême maigreur. Eschares étendues sur le sacrum et les hanches, et sur la partie extérieure des deux chevilles. Des taches livides sur les genoux, simulant un commencement de gangrène. Une quantité considérable de sérosité sous-arachnoïdienne. 24 grammes de sérum à la base du crâne, et 2 grammes dans les ventricules latéraux. Les deux hémisphères étaient entièrement couverts d'une mince, couche de sang coagulé, d'un rouge brillant; il y en avait dans la cavité arachnoïdienne. Dans la poitrine, hépatisation hypostatique avec pneumonie lobulaire des deux poumons, et pleurésie récente du côté gauche.

A 45 centimètres au-dessous de l'iléon, on voyait des traces distinctes d'anciens ulcères dans les plaques de Peyer, mais pas la plus petite lésion se rattachant à une maladie récente. Il n'y avait pas de dépôt dans les glandes isolées, et les plaques n'étaient ni élevées ni épaissies, mais la plupart d'entre elles contenaient deux ou plusieurs points ramollis, déprimés, d'environ 5 ou 3 millimètres de diamètre. Leurs bords n'étaient nulle part épaissis, et beaucoup d'entre eux étaient couverts d'une membrane muqueuse mobile. Quelques-unes des dépressions avaient les bords plus définis et la membrane qui les couvrait était adhérente. Il n'y avait aucune ride autour d'elles. Dans le gros intestin, on voyait quelques dépressions isolées d'une nature analogue. Aucune des glandes mésentériques n'était dilatée.

Observation L. Fièvre typhoïde suivie d'une attaque de typhus cinq semaines après le commencement de la convalescence. Guérison. — Jane R..., âgée de 20 ans, fut prise, le 27 septembre 185G, de céphalalgie, d'étour-

dissements et de frissons; le 6 octobre, elle fut admise à l'Hôpital des fiévreux. Voici les symptômes qui suivirent son admission. Taches rosées lenticulaires apparaissant par poussées successives; pouls variant de 108 à 120; diarrhée; parfois des vomissements; beaucoup de sensibilité de l'abdomen, et tympanite. Pas de délire, l'esprit reste lucide pendant toute l'attaque. Ces symptômes persistèrent jusqu'au 20 octobre environ (plus de trois semaines). A partir de cette date, la malade entra en convalescence. A la fin du mois elle put se relever, et, pendant quelques semaines, elle aida les gardes dans les soins à donner dans la salle, dans laquelle se trouvaient un grand nombre de typhiques.

Le 24 novembre, elle fut prise de douleurs dans la tête et dans les membres et perdit l'appétit.

Le 29 novembre, voici les symptômes qui furent observés : céphalalgie, peu de sommeil; poitrine et abdomen couverts d'une éruption de typhus bien distincte, rouge, tachetée. Langue très-chargée, intestins constipés.

Le 1er décembre, pouls 130; la malade murmure pendant le sommeil. Éruption plus foncée.

Le 3 décembre, pouls 126; pétéchies très-distinctes; apparence lourde et troublée; conjonctives injectées; parfois subdélirium. La malade continua dans cet état jusqu'au 8 décembre (15° jour); alors le pouls tomba à 86, la langue fut claire, et il s'établit une copieuse transpiration. A partir de ce moment, l'état s'améliora rapidement et le 1" janvier 1 857, la malade sortit guérie.

Odservation LI. Typhus. Convalescence le 14° jour. Après un intervalle de trois semaines, fièvre typhoïde durant environ dix-neuf jours. — Phœbé D..., âgée de 21 ans, fut admise à l'Hôpital des fiévreux, le 3 juillet 1857. Six autres membres de la même famille, le plus jeune âgé de 8 ans, et le plus vieux de 50, furent admis le même jour avec un typhus bien accusé; tous avaient l'éruption bien développée. Phœbé D... tomba malade cinq ou six jours avant son admission. Elle éprouvait de la céphalalgie, des douleurs dans les membres, un manque d'appétit, et des frissons.

Le 4 juillet, son pouls était à 108; elle avait été très-bruyante et avait eu le délire pendant la nuit; expression stupide; figure noirâtre; conjonctives injectées ; copieuse éruption rouge de typhus, ne disparaissant pas parla pression; langue très-chargée, mais humide; les intestins sont évacués par un purgatif.

Le 7 juillet, pouls 108; langue sèche et brune; intestins très-constipés; éruption beaucoup plus foncée; et quelques-unes des taches converties en pétéchies. Encore beaucoup de délire.

Le 11 juillet, pouls 96. La malade se sent mieux et paraît mieux depuis hier; langue humide, éruption à peine visible.

Le 15 juillet, on lui ordonne de prendre de la nourriture et delà viande.

Le 20, elle put se lever, et à la fin du mois, elle avait presque retrouvé ses forces.

Le 3 août, la malade perdit l'appétit, et souffrit de la tête; au bout de deux ou trois jours, la diarrhée revint, les selles étant liquides et d'un jaune pâle.

Le 8 août, pouls \ 00. Légère céphalalgie, mauvais sommeil; langue humide; très-rouge à l'extrémité et sur les bords; très-blanche au centre; trois selles liquides.

Le 13 août, pouls 120; plusieurs taches rosées lenticulaires furent observées sur la poitrine et l'abdomen ; tympanite et sensibilité de l'abdomen. Quatre selles liquides; pas de délire, intelligence nette. De nouvelles taches roses continuèrent à paraître jusqu'au 19.

Le 21, pouls 96; langue plus nettoyée : l'appétit commence à revenir; la diarrhée avait cessé. A partir de ce moment, la convalescence avance lentement, mais franchement.

3. Les deux maladies sont différentes dans leurs propriétés contagieuses et dans leur mode de propagation (Voy. page 52 et 61).

4. Les deux maladies diffèrent par la manière dont elles sévissent. Le typhus existe sous forme d'épidémie, la fièvre typhoïde est une maladie endémique, ou ses épidémies sont circonscrites (Voir page 32 et diagramme I).

On a dit que les deux fièvres sont identiques parce que des exemples de fièvre typhoïde se rencontrent parfois pendant des épidémies de typhus; mais il est de règle que la fièvre typhoïde existe quand il n'y a pas du tout de typhus (Voy. page 33). Même une recrudescence de fièvre typhoïde pendant une épidémie de typhus peut êlre attribuée à la coexistence des deux maladies à un degré inacoutumé (Voy. page 42). Pendant l'automne de 1858, la fièvre typhoïde et la fièvre scarlatine furent toutes deux épidémiques à Windsor (1); mais personne ne conclurait de cette circonstance que les deux maladies sont identiques.

De plus, on sait que les épidémies de typhus commencent toujours parmi les populations les plus pauvres et les plus agglomérées, et ne se rencontrent pas parmi les riches ; tandis que la lièvre typhoïde attaque également le riche et le pauvre, et commence souvent dans les endroits les plus sains et les mieux ventilés.

5. L'augmentation de la fièvre typhoïde après une longue durée de chaleur ne s'observe pas pour le typhus (Voy. page 41).

6. Tandis que le poison du typhus paraît naître et se propager par suite d'une trop grande agglomération d'individus manquant de la ventilation nécessaire, celui de la fièvre typhoïde paraît se développer par suite de la fermentation des matières organiques, et surtout des matières fécales (Voy. page 07).

(i) Murchison, 1859.

Murcuiso.n . 2 0

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