Éviter et combattre les complications
La plupart des complications de la fièvre typhoïde demandent le même traitement que les autres complications des fièvres continues. Il faut toujours s'abstenir de tout remède capable d'irriter les intestins.
Parmi les complications spéciales à la fièvre typhoïde, la plus importante est la péritonite.
1. Péritonite. — Quoique les causes de la péritonite ne puissent pas toujours être déterminées avec certitude, elle est due dans la grande majorité des cas à la perforation de l'intestin. Les cas qui paraissent les plus graves permettent cependant de conserver quelque espoir. L'opium est le seul remède que l'on doive employer dans les cas de ce genre ; mais, pour qu'il soit utile, il faut l'employer immédiatement et sans crainte. Pour un adulte, on peut d'abord administrer 10 centigrammes d'opium solide en une seule dose, puis des petites doses de 5 centigrammes toutesles deux ou trois heures jusqu'àce qu'on ait obtenu une légère stupeur. Quand l'estomac est irritable, l'injection sous-cutanée de morphine est préférable à l'opium pris par la bouche. Les doses varieront avec l'âge et les autres conditions du malade, mais la quantité d'opium supportée est souvent extraordinaire ; on a vu prendre en trois jours 3 grammes, et s'en trouver bien. L'opium doit être donné seul et non combiné avec le calomel qui provoque l'arrivée de la bile dans l'intestin, et excite ainsi l'action péristaltique. Le but n'est pas de produire l'absorption de la lymphe (môme si le mercure avait le pouvoir de le faire), mais de paralyser les mouve-
ments des intestins de façon à empêcher leur contenu de s'échapper dans le péritoine, et de favoriser la formation d'adhérences. Beaucoup d'auteurs ont recommandé l'application de sangsues sur l'abdomen lorsque survient la péritonite, mais l'extrême prostration et la circonstance\jue la mort est souvent due à l'asthénie, condamne un tel moyen. La douleur et la tension de l'abdomen seront aussi adoucies par des fomentations chaudes, des cataplasmes de son et des applications de térébenthine; mais un moyen plus certain de réduire l'inflammation est de couvrir le ventre d'une vessie pleine de glace ou d'un cataplasme glacé tel qu'il a été indiqué au traitement de la tympanite. En même temps, le malade devra être tenu dans un état de repos absolu, et ne quittera le lit sous aucun prétexte; la nourriture devra être liquide et donnée en petites quantités à la fois de manière à ce que l'estomac puisse l'absorber. Une cuillerée à bouche de lait ou d'eau et d'eau-de-vie placée peut être donnée toutes les heures ou toutes les demiheures. La grande quantité d'aliments qu'on donne quelquefois ne peut manquer, selon moi, d'être nuisible. Joseph Bell a traité avec succès plusieurs cas par l'opium et une diète absolue; pendant les deux ou trois premiers jours, il ne permettait en fait de nourriture qu'une cuillerée à bouche d'eau ou d'eau panée tous les quarts d'heure (1). Si le malade va bien, nous devons nous garder d'intervenir dans la constipation produite par l'opium; on a vu que dans certains cas l'administration maladroite d'une purgation semblait rompre les adhérences et produire une nouvelle et fatale attaque de péritonite. Quand les symptômes deperforalion sont suivis d'une grande distension abdominale, E. Friedrich (2) et d'autres (3) ont recommandé de retirer les gaz intestinaux par une ponction.
Malgré les précautions que nous avons recommandées, la péritonite se termine en général par la mort; il importe donc de tout l'aire pour l'éviter. En se rappelant que la rupture-du péritoine dénudé est un des moyens par lesquels la perforation a lieu, il est de la première importance d'empêcher tout mouvement qui pourrait favoriser une telle lacération. L'attention sur ce point est particulièrement nécessaire dans les cas bénins dans lesquels le malade peut se lever sans aide et dans lesquels la perforation peut facilement se produire (Voir page 260). C'est une bonne habitude de ne pas permettre au malade de se lever pour aller a la chaise de nuit, après le quatorzième jour de la maladie, jusqu'à ce que la
(1) Boll, 18G0, VIII, 38(i.
(2) Prag.Vierteljahrs f. prakt. Heilk., 18G8, II.
(3) Stein, Deulsdi. Arch. /'. Min. Med., 18'19, VI, 45 i .
TRAITEMENT
convalescence soit franchement établie, et pas même à ce moment, si on a quelque raison de croire que les ulcères sont devenus atones au lieu de se cicatriser. Dans les périodes avancées de la maladie, le médecin ne devrait palper l'abdomen qu'avec les plus grands ménagements ; et, pendant le cours de la maladie, toute forte purgation et toute nourriture solide doivent être évitées.
2. Contre la laryngite, un petit vésicatoire peut être appliqué à droite ou à gauche au-dessous des angles de la mâchoire, tandis que tout le cou sera enveloppé dans un cataplasme. On pourra avoir recours aussi à toutes les mesures recommandées pour l'œdème aigu de la glotte. Si ces mesures ne donnent pas de résultat satisfaisant, et si la suffocation paraît imminente, on pourra faire l'opération de la trachéotomie, sans perdre un instant, et il pourra être satisfaisant de savoir que, dans un très-grand nombre de cas, elle a parfaitement réussi (1).
Traitement de la convalescence. — Les convalescents de la fièvre typhoïde réclament plus de soins et d'attention que ceux des autres fièvres continues. Pendant que les ulcères intestinaux se cicatrisent, il est évident que des purgatifs et une nourriture mal appropriée pourraient produire de graves accidents. Pour que les selles soient régulières, on donnera tous les deuxjours des laxatifs si c'est nécessaire; mais un mois après la cessation de la pyrexie, de petites doses d'huile de ricin et un lavement simple sont les seuls moyens auxquels on doive avoir recours pour obtenir ce résultat. Malgré les exigences de l'appétit du malade, la nourriture doit tout d'abord être restreinte à certains aliments tels que du lait, des œufs, des farineux, des gâteaux légers, du thé de bœuf, du thé de poulet, ou de la gelée de pied de veau. On ne devrait permettre la viande que huit jours au moins après la fin de la pyrexie, et pas même alors s'il y a quelques signes de trouble intestinal ; avant de donner de la viande, il est même bon de donner pendant un ou deuxjours à titre d'essai un morceau de sole bouillie, d'éperlan ou de merlan. Les boissons fermentées ne devraient pas être données avant la viande, car elles exposent au dérangement intestinal. Quand la convalescence est lente, la quinine, les acides
(1) Pachmayr a réuni 46 cas dans lesquels la trachéotomie a été pratiquée pour la perichondriiis lanjngea dans la fièvre typhoïde. Sur les 4G, 2G moururent : 6 pendant l'opération, 6 au bout de quelques heures, et les autres entre le troisième et le quatrième jour. Les causes do la mort étaient : l'asphyxie, 13 ; l'hémorrhagie, 3; la pyohémie, 3; la pneumonie, 3 ; la gangrène des poumons, 3 ; et la péricardite, 1. {Verliandl.dev phys. med.Gesellschaft in Wùrzburg, I8G8, Bd.I.) Pour des cas de succès, voir aussi Trousseau, 1801, p. 97, et Schmidt Jahrb, vol. CXIX, p. 331 ; vol. CXXXIV, p. 114: vol. CXXXV, p. 241; vol. GXXXV11, p. 263.
minéraux, le fer, l'huile de foie de morue, le changement d'air sont indiqués.
Lorsque la diarrhée persiste pendant la convalescence, on doit ordonner de la façon qui adéjà été prescrite (pages 281, 284) l'acétate de plomb, le sulfate de cuivre, ou le nitrate d'argenl, et le malade doit être maintenu au lit. En môme temps, il est bon de se rappeler cette remarque de Trousseau que, lorsqu'il y a une grande maigreur, spécialement dans des cas qui ont été traités par un système trop affaiblissant, les vomissements et la diarrhée peuvent avoir purement un caractère nerveux, et être guéris rapidement par une nourriture solide. La possibilité de la perforation, de l'hémorrhagie ou d'une rechute quand la convalescence paraît progresser favorablement, doit toujours être prévue, et, dans tous les cas, il est important de continuer à prendre la température une fois chaque soir, au moins pendant deux semaines après le commencement de la convalescence.