LA MISÈRE
Ces causes d'infection que nous venons de citer ne sont malheureusement pas les seules. Un facteur tout aussi efficace est la misère dans laquelle vivent les basses classes de la population.
En effet, dans les villes comme dans les campagnes, rien n’égale leur détresse et leur indigence. Les villes sont encombrées de mendiants « qui harcèlent les habitants dans les rues et jusque dans les Eglises, malgré la présence des archers chasse-gueux, chargés spécialement d’expulser les mendiants étrangers à la localité ».
Dans les campagnes, la misère est encore plus
profonde, touchant tant les petits cultivateurs qu'une mauvaise récolte suffit à ruiner que les artisans qui sont le plus souvent « sans ressources nus, couchés sur la paille, malades et manquant de pain ».
La maladie qui fait cesser le travail journalier fera
cesser en même temps, la subsistance journalière et
les artisans de la veille deviennent les pauvres ma-
lades du jour. « Lorsqu’on a donné à ces malheureux les premiers secours de là médecine qui est de les évacuer par le haut et par le bas, que reste-t-il à faire ? Les restaurer un peu et réparer promptement leur humeur appauvrie. Ce ne sont pas là des sujets qu’il faut mettre à la diète ».
Le tableau de la paroisse de Lannilis est navrant :
une épidémie la décime frappant surtout les pauvres ;
« tous ces malheureux sont dans la plus grande mi-
sère, couchés sur la paille, manquant absolument de tout », écrit le Recteur en 1747. « Il faut avouer que parmi ces malheureux beaucoup ne sont tels que par leur faute, se laissant aller à une dissipation intolé-
rable. 11 s’est produit dans nos campagnes un abus
criant qui augmente tous les jours : c’est la malheureuse facilité qu'ont les gens de se procurer du vin pour frauder. Il en est plusieurs qui n’ont pour tout bien que la paille sur laquelle ils couchent et les haillons qui les couvrent... qui logent trois, quatre, jusqu’à cinq barriques de vin par an. C'est là où se
verse le peu que les trois quarts d’entre eux ont pu
gagner, ce qu'ils ont eu en aumône ou dérobé, ce
qui devient une source de misère et de ruine ».