A. — LE RELIEF
Quoique privé de véritables montagnes, le sol du este * , VAE ; Finistère est accidenté à l'extrême, et, en outre les
deux grandes chaînes de collines qui bordent au nord
et au sud le Bassin de l’Aulne, le pays est tout entier semé de collines plus ou moins hautes séparées de profondes vallées creusées par la lente action des
cours d’eau qui couvrent le territoire d’un véritable réseau. | ;
Les nombreux accidents du sol, le grand nombre de cours d’eau de toute taille, la profondeur des vallées expliquent facilement les différences d'altitude entre les divers points du département. La zone de l’intérieur bordée de ses chaînes de collines, est,
d’une façon générale plus élevée que la région côtière,
et nous savons que c'est sur cette dernière que l’on trouve le plus grand nombre de cas de fièvre typhoïde. Faut-il donc attribuer à l’altitude uniquement un rôle | dans le dével6ppement de la maladie ?
L'examen de la carte ne nous permet de nous
rendre compte que de la répartition globale des cas
de fièvre dans le département. Mais l’étude de chaque agglomération nous révèle un fait nouveau : il est
‘remarquable que les foyers de fièvre typhoïde soient
d’une façon générale, localisés dans un même quartier lequel se trouve le plus souvent situé dans la partie la moins élevée de l’agglomération.
Les villes de l'intérieur sont ici en effet, bâties
pour la plupart, sur les pentes d’une vallée au fond de laquelle coule une rivière. C’est le cas de Quimper située sur les pentes de la vallée de l’Odet de Quim-— perlé sur la Laïta, de Morlaix sur le Dossen, de Pont- Croix sur le Goyen.
Celles du littoral de même, sont construites au fond d’une baie, sur une côte descendant rapidement vers la mer. Telles sont Brest, dont les bas-quartiers les plus anciens, bâtis sur les bords de la Penfeld,
sont aujourd'hui dominés par les quartiers plus ré-
cents, Concarneau dont la basse ville entoure le port,
Douarnenez, Audierne et tant d’autres.
C’est ainsi qu’à Quimper, c’est dans un même quar-
tier de la banlieue ouest et situé près de l'Odet que l’on trouve plus de la moitié des cas de fièvre typhoïde
signalés dans ces quatre dernières années, quartier
récemment bâti en un des points les moins élevés de la ville, sur des marécages où, lors des grandes marées, l’arrivée de l’eau saumâtre de l’Odet était possible, grâce à des infiltrations dans le chemin de halage, marais aujourd'hui à demi comblés par l'apport de détritus de toutes sortes de la ville entière, et où règne encore une constante humidité. .:
C’est ainsi qu’à Brest, ce sont les bas quartiers à peine au-dessus du niveau de la mer, qui sont les.
plus riches en cas de fièvre.
Il en est de même à Concarneau, où les plus grands foyers se trouvent là encore dans la basse ville et en
particulier au lieu dit «le passage » qui réunit la ville
à Lanriec, partie située très bas, tout près de la mer
qui découvre à chaque marée une vase que les riverains se chargent d'alimenter avec régularité par leurs ordures et leurs déjections (1).
C’est encore le, cas de Pont-Croix où les cas les
plus nombreux se groupent daus la basse ville qui
- Voisine avec un marais jusqu'où remonte la mer en
suivant le cours du Goyen, découvrant à chaque marée basse de larges étendues de vases.
Ces exemples — nous pourrions en citer de nombreux autres tant dans les villes que dans les petites agglomérations — montrent bien la fréquence des cas de fièvre typhoïde dans les bas-fonds. A quels éléments peut-on attribuer cette influence évidente des bas-fonds ? |
Le relief n’est pas en lui-même le facteur primordial ; il ne joue que par ses conséquences : les variations de luminosité et d'humidité. Il est bien évident en effet, que dans un bas-fond privé des rayons s0-— laires directs pendant la plus grande partie de la journée, et conservant de par sa mauvaise aération de nombreuses poussières en suspension dans son
1. C’est en effet là encore, que sévit actuellement une épidémie de fièvre typhoïde d’origine encore indéterminée. Dans le but autant d’enrayer cette épidémie que de faire une expérience dont les résultats peuvent avoir une grande portée, les autorités occupantes, en rapport avec les services de la Santé du Finistère, mettent au point dès à présent, des procédés de recherche des
porteurs de germe dans cette agglomération, par l'examen bac-
tériologique des selles de tous les habitants.
Si même cette recherche se heurte à des difficultés qui ne permettront pas sa réalisation dans son ensemble, il nous est permis d’en attendre les effets les plus utiles pour la mise en œuvre de procédés efficaces de prophylaxie.
CUT As
atmosphère immédiate gardant son humidité qu'il tient de sa situation, et que le soleil ne peut venir. sécher. les conditions d'existence et de conservation du bacille d'Eberth sont particulièrement favorables.
Mais en réalité, si le facteur humidité garde en partie sa valeur, il est rare que dans le Finistère, où les vallées sont relativement profondes, mais le plus souvent larges et à pentes assez douces, les parties même les plus basses des villes soient privées de so-
leil, et ces conditions favorisantes (humidité etabsence
de lumière) ne se trouvent que rarement réunies ;
c'est cependant le cas des bas-fonds des villes comme |
Brest, dont le quartier de Recouvrance possède des rues en escaliers à pic, menant à de véritables cloaques sombres et boueux, qui n’ont rien à envier à ceux dont nous donnions la description dans le chapitre premier.
Il est vrai que dans les exemples que nous venons de citer, le relief n’est pas le seul en cause et d’autres facteurs sont à considérer : à Quimper, où le quartier le plus favorable au développement de la maladie est |
bâti sur des marécages, il ne faut pas négliger Vétat
du sous-sol encore mal asséché, l'apport de détritus
de comblement et ce remaniement de terrain que
Macé (r) cite comme susceptible d’influer sur la réap-. |
parition de la fièvre typhoïde. | ne. :
A Brest, où il faut tenir compte encore de mau— de vaises conditions d'hygiène de ces quartiers aux
vieilles maisons inconfortables, aux rues étroites, mal