C. — LA MER
Nous avons vu dans le chapitre précédent le nombre, la nature, le rôle des cours d’eau dans le développement de la maladie dans le département. Nous avons vu, en particulier, qu’ils étaient caractérisés par un estuaire large permettant la pénétration profonde de la mer dans l’intérieur des terres. Aux caractères déjà indiqués viennent donc s’ajouter ceux qu’ils doivent
au voisinage de la mer et aux variations qu'elle subit. L’examen de la carte de répartition des cas de fièvre …
typhoïde dans le Finistère nous a révélé la prédominance nette de la maladie sur tout le littoral. Les plus gros foyers sont situés soit sur la côte même, le plus souvent à l'embouchure d’une rivière ou au fond d’une rade, soit à une certaine distance de là, dans les agglomérations bâties sur les rivières en un point accessible à la marée. Telles sont Saint-Pol-de-Léon, Brest au fond de sa rade, Douarnenez, Concarneau sur la côte même ; Morlaix, Chateaulin, Quimper sur
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leurs rivières où remonte la mer. L'influence évidente de celle-ci sur le développement de la fièvre typhoïde dans ce département qu’elle entoure aux trois quarts et qu’elle pénètre par les si nombreuses baies de ses côtes et les larges estuaires, nous à paru devoir nous arrêter.
Nous avons déja vu le rôle indéniable des bas-fonds des puits, des cours d’eau. Mais suffit-il d’invoquer le relief et la géologie, de dire que les foyers les plus importants de fièvre sont situés soit dans un basfond, soit sur une rivière, pour expliquer cette répartition ? Où faut-il attribuer à la mer un rôle propre, et si oui, comment peut-on l'expliquer ?
Si nous examinons à présent la distribution des cas de fièvre typhoïde, non plus dans l’espace, mais dans le temps, en considérant les chiffres obtenus à chacun des mois de ces quatre dernières années, nous constatons d'importantes variations d'un mois à l’autre. Or, ni le relief, ni la géologie, facteurs constants, ne peuvent être mis en cause. La température ne subit que peu de changements d’une saison à l’autre Les pluies, dont nous avons montré le rôle sont, dans le Finistère, fréquentes en toutes saisons, d’ailleurs relativement peu abondantes ; leur constance,
. leur régularité, malgré une légère augmentation en automne et en hiver, permettent de les éliminer comme étant le facteur le plus important de ces variations. l
Une étude plus approfondie de ces chiffres révèle,
dans le courant de chaque année, une première aug-
UNI + Ur
mentation du nombre des cas de fièvre typhoïde correspondant aux mois de mars à mai, et une seconde | recrudescence portant sur les mois de septembre à novembre. C’est ainsi que pour l’année 1941, 13 cas sont déclarés en janvier, alors que l’on en signale 27 pour mars, retombant à 14, en août, pour remonter à 34, en octobre. En 1939, de même, pour 5 cas en janvier et en août, on en signale 49 en juin et 13 en septembre. Or, c'esten mars et en septembre que. se produisent k les grandes marées d’équinoxe. À cette époque, la mer en se retirant laisse à découvert de grandes étendues de sable ou de vase où les habitants de la côte viennent faire le ramassage des coquillages. Elle dé-
couvre de ce fait, les parcs à huîtres si nombreux sur ts
nos côtes. ‘Geux- ci sont construits à l'embouchure des rivières, de façon à à alimenter les huîtres dans un mélange d’eau de mer et d’eau douce, condition indispensable à l’engraissement de ces mollusques. À basse mer ces parcs, privés de l'apport de l’eau de mer, ne sont plus alimentés que par l’eau douce ; et nous avons dit, plus haut. qu’elle était la pureté de ces eaux douces dont nous avons montré la contamination, lors de la traversée des villes, par les eaux sales des égouts et même des vidanges. Il est facile de comprendre qu’en de nombreux cas, Jes parcs à huîtres seront soumis à cette cause d'infection.
: L'insalubrité d’un parc dépend de son emplacement et du voisinage de foyers d'infection tels que à
égoûts, vidanges, qui y déversent journellementlesdé-
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bris de la vie des agglomérations voisines. Mais le pouvoir nocif de l’huître varie encore avec la catégorie de parc d’où elle a été tirée : les huîtres souillées dans un parc de reproduction, d’engraissement, d’étalage
ou d’expédition ne seront pas dangereuses au même titre, selon que la souillure s’est produite dans l’un ou l’autre parc ; et d’une façon générale, l’interprétation de la nocivité des huîtres doit être faite d'après linsalubrité du dernier parc où les huîtres ont séjourné. Ceci découle de la règle établie par Mosny, règle d’après laquelle les risques de transmission de la fièvre typhoïde augmentent en proportion de la ré- cente extraction des parcs contaminés.
On sait que Chantemesse, Boyce, Klein .ont décelé auprès du colibacille et du proteus vulgaris, la pré- sence du bacille d’Eberth dans les huîtres. Sacquépée, sur des échantillons provenant de Bretagne, fait les mêmes constatations démontrant ainsi, par l'existence du colibacille et du proteus vulgaris la souillure fécale banale, et par l'existence du bacille d'Eberth la souillure spécifique.
Ces agents bactériens sont contenus dans le corps du mollusque et dans l’eau qui le baigne. On s’accorde à penser que dans l'étiologie des fièvres typhoïdes d’origine ostréaire, l'huîtré ne joue que le rôle de véhicule du microbe, intermédiaire entre les produits pathogènes émis par le malade et l’homme sain (1).
Devant les expériences de Chantemesse et de Sac-