Août
2if-3o I3i Août- Août. bSeplemli 6^^ 1 7?
lij.-20 eptembre
Septembre
20 oept .
-J|.0ctobr2
fi
Fig. 10. — Épidémie de fièvre typhoïde à Trouville. La série interminable des villes françaises à mauvaises eaux. Nous citerons (1) LoKGBois, Les conditions typhoïgènes d'un groupe de maisons à Joigny 1886).
parmi les villes importantes et en renvoyant le lecteur pour les détails aux études de l'un de nous (1) : Amiens et Angoulême, jusqu a une époque rapprochée de nous ; Besançon avec Feau d'Arcier (S) (2) ; Carcassonne, avec Feau de YAucle; Cherbourg, avec la Divette (R) : le Flavre avec ses eaux de Saint-Laurent (S) ; Lorient, avec ses eaux de drainage dans les prairies arrosées de matières fécales provenant de la ville ; Marseille, avec ses puits et Feau delà dérivation de la Durance ; Montpellier, avec ses puits ; Nancy, avec Feau de la Moselle; Perpignan, avec Feau de Las Canals (R), et ses puits, avant 1886 ; Toulon, avec ses eaux de sources partiellement mauvaises (Saint- Antoine) et ses puits ; Troyes, avec Feau de la Seine, etc., etc.
Cas
leo
no
<fO
Mars. Avrif. Mai. Juin. Juiltei. Août. Septambr>e. Octobre.
110 10-20 20-31 1 10 10-20 20-30 ri010-20 20^3^ ViO 1020 20-30 1 10 10-20 20 31 VIO TO-O) 20«i" 1-10 10^ 2030 ViO IcTaO 20-.-^
Fi^-. 11. — Épidémie de 1891 dans la population civile d'Avesnes.
D'une façon générale, dans ces cas, Vendémie est facilement explicable ; il existe toujours dans Tagglomération quelque organisme capable de se laisser envahir à un moment donné par les germes en permanence dans Feau potable. Quant aux renforcements de l'endémie, aux périodes épidémiqiies, il est théoriquement trois façons de les expliquer :
a. Dose plus abondante de germes ;
b. Virulence plus active des germes en quantité non accrue;
c. Réceptivité plus grande à un moment donné pour une collection d'indiA^dus dans l'agglomération.
De ces trois modes également acceptables, il en est un démontré
(1) L. TnomoT. Les foyers de la fièvre typhoïde en France {Comité consultatif dliycjiène, 1891).
(2) S = eau dite de source ; R = eau de rivière.
ETIOLOGIE.
par l'observation : le premier. Tout le monde reconnaît, pour les villes à eaux de puits, de source ou de rivière souillées, Tinfluence des pluies qui entraînent dans la nappe une plus grande quantité de germes.
MM. Chibret et Augieras ont attiré lattention sur le rapport constant entre Tabondance des pluies et le nombre des entrées à Thopital notées à la suite de ce phénomène dans Tépidémie de Clermont-Ferrand.
MM. Brouardel et Giiantemesse ont montré à Lorientque, dans les casernes ({ui recevaient les eaux souillées par l'épandage d'engrais humain, toute pluie abondante était suivie d\m renforcement épidémique de la f. tj^phoïde.
Une des études les plus intéressantes en l'espèce est celle de M. Collignon, à qui l'on doit une série de recherches démonstratives sur le rôle typhoïgène à Cherbourg de cette eau de la Divette, que polluent toutes les infiltrations de l'engrais humain répandu sur les flancs de la vallée qu'elle traverse, sans compter les souillures provenant des agglomérations rencontrées sur le trajet. Les grands orages et les fortes pluies déterminent à coup sûr une poussée typhoïdique dans les groupes qui consomment cette eau à Cherbourg. Le 14 mai 1890 un fort orage éclatait : du onzième au vingt-deuxième jour, après, trente-sept cas d'embarras gastrique, se présentaient à l'hôpital maritime ; du 18 au 19 mai fortes pluies: du huitième au dix-septième jour après, quinze f. typhoïdes se présentaient à l'hôpital maritime. Même phénomène au commencement de juin, etc.
Nous avons montré plus haut la naissance de l'épidémie de Besançon en 1893 douze jours après un orage qui avait projeté en masse vers l'eau d'Arcier les déjections des typhoidiques de Nancray, etc.
Les deux autres modes que la théorie nous indique pour le renforcement de l'endémie attendent des preuves d'observation ou d'expérience.
Ce ne sont pas d'ailleurs les seules inconnues en l'espèce : il nous a semblé que telle eau de rivière se montrait partout beaucoup plus nocive que telle autre ; telle la Seine comparée à la Marne, etc. Ces faits curieux mériteraient de fixer Lattention.
Ainsi nous voyons la transmission par l'eau réaliser le double aspect qui avait tant embarrassé les anciens épidémiologistes : les épidémies nées de Limportation et à cas groupés suivant la doctrine des anciens contagionnistes, et les manifestations endémiques ou épidémiques où les cas n'ont entre eux aucune relation.
L'eau spécifiquement souillée est le grand agent typhoïgène : nul ne l'égale en fréquence et en puissance. Elle crée à la fois ces épidémies à extrême diffusion qui embrassent toute une ville, et ces curieuses localisations du fléau à une maison, à une famille, à un seul individu même, pris comme au hasard.
Lait et f. typhoïde. — Le lait a été dénoncé dans quelques cas comme
Brouardel et Thoi>'ot. 3
agent de transmission de la f. typhoïde, suivant un mécanisme bien simple à saisir, que nous dirons ci-dessous.
A. Preuves d'observation. — Les faits de ce genre ont surtout été observés en Angleterre où Hart, leur grand historien, en citait 50, en 1881, au Congrès de Londres. Les relations de cette espèce sont plus, rares en France.
Le lait peut être rendu typhoïgène de deux façons différentes :
a. Il se trouve accidentellement, ou par falsification, mélangé en quantité variable à de Feau contenant des germes typhoïdiques ;
b. Il est recueilli et manipulé par des mains chargées de ces germes.
a. Epidémie de Mary lehone [Londres) . — En 1873 éclata une épidémie grave de f. typhoïde dans le quartier Saint George, Hanover-Square, Marylebone : Murchison y perdit un de ses enfants.
Après en avoir inutilement cherché la cause dans les conditions qu'on rend habituellement responsables du développement de cette maladie, on s'aperçut que toutes les maisons infectées recevaient leur lait d'une laiterie renommée pour l'excellence de ses produits : The reform Dairij. On avait remarqué en même temps que, dans certaines maisons, les maîtres qui buvaient du lait provenant de leurs propriétés étaient épargnés, tandis que les domestiques qui faisaient usage du lait de cette laiterie étaient frappés en grand nombre ; enfin, contrairement à ce qu'on observe ordinairement, cette épidémie sévissait surtout sur les enfants. Une enquête fut faite parun médical health officer;. son rapport innocenta complètement l'établissement en question. Une contreenquête fut demandée cependant, mais le sous-inspecteur qui en fut chargé confirma sur tous les points le rapport du premier, et, pour montrer sa confiance dans l'innocuité du lait de la ferme, il en but un grand verre. Douze à quinze jours après, il était atteint d'une f. typhoïde à laquelle il succomba. On interdit alors provisoirement la distribution de ce lait, et, en procédant à de nouvelles informations, on constata que le puits qui fournissait de l'eau pour laver les pots à lait était contaminé par des infiltrations de matières fécales, qu'il communiquait à travers le sol avec le réservoir des vidanges, et qu'il y avait datis la ferme un malade atteint de fièvre typhoïde, dont les déjections, par conséc/uent, souillaient le puits (1).
Cameron a étudié une épidémie de lait, dont voici la substance :
En décembre 1878 et janvier 1879 sévit à Dublin une épidémie qui attaqua trente des quarante-deux maisons s'approvisionnant à une métairie où trois personnes avaient eu successivement la f. typhoïde : le nombre de sujets attaqués fut de soixante-sept. L'enquête faite dans deux rues et un square où sévissait la maladie montra que, sur cent vingt et une maisons, vingt-cinq recevaient le lait de la métairie. De ces vingt-cinq maisons, quatorze furent atteintes et trente et un sujets y succombèrent. Dans les autres maisons recevant le lait de vingt-cinq nourrisseurs différents, aucun cas n'apparut.
Il serait facile de trouver dans la littérature anglaise un grand nombre
(1) N. GuE>-EAu DE MussY, Acacl. de méd., 188L
ÉTIOLOGIE.
de ces faits, telles les épidémies d'Armeley (Ballard, 1873), de Tinfirmeriede Leicester (Buck, 1882), d'Édimbourg'(II. Littlejohn,1891), etc. Les littératures médicales allemande, suédoise, danoise en offrent quelques-uns très probants. La littérature française est beaucoup plus sobre à cet égard. Je me borne à rappeler ici l'épidémie de Dunkerque, étudiée en 1886 par le D'" Reumaux (1).
Dans cette ville, où la f. typhoïde ne se montrait depuis vingt ans que par cas isolés, sévit, en octobre 1886, une véritable épidémie : elle se limita à des maisons s'approvisionnant de lait dans la même vacherie, et attaqua surtout les enfants. Le D"" Reumaux, dans une enquête à la ferme fournissant le lait, apprit quela fille du laitier venait d'avoir la f. typhoïde, que ses déjections avaient été jetées sur un fumier voisin d'un puits dont Feau servait à nettoyer les vases où était recueilli le lait.
b. H. Gueneau de Mussy indique un autre moyen de souillure du lait qui nous paraît aussi très probable, et rapporte à l'appui de son opinion un fait de Taylor (2).
Dans une épidémie de lait, les investigations les plus minutieuses ne parvinrent pas à faire naître le moindre soupçon sur la pureté de l'eau. Il y avait parmi les habitants de la ferme d'où provenait le lait plusieurs personnes malades de la f. typhoïde : c'était la même servante qui les soignait et trayait les vaches, et M. Taylor n'hésite pas à avancer que, pendant cette opération, les contages qui tenaient aux mains de la servante étaient entraînés dans le lait. Cette explication a trouvé faveur auprès des docteurs Robinson (deLeeds), Russel(de Glasgow), qui racontent des épidémies développées dans les mêmes circonstances.
Voici encore un fait analogue, que nous empruntons à M. Gasser.
Le D'' Tripe raconte que dans une ferme qui fournissait du lait à plusieurs maisons, notamment à deux institutions, la fermière, après avoir donné les soins les plus intimes à son fils atteint de f. typhoïde, était allée mesurer et transvaser le lait destiné à sa clientèle du voisinage sans se laver les mains. Vingt et un jours après la f. typhoïde éclatait d'une façon épidémique dans les deux institutions à la fois et dans la plupart des familles qui faisaient usage du lait de cette même provenance.
B. Caractères généraux de la transmission par le lait. — Il s'en faut de beaucoup que le lait soit un véhicule aussi puissant de la f . typhoïde que l'eau, et les raisons de ce fait apparaissent assez simples : consommation moins généralisée que celle de l'eau : souillure plus accidentelle. Les épidémies relevant de la transmission par le lait présentent un caractère de localisation particulier, quelque étendue d'ailleurs qu'elles puissent acquérir. Il est inutile d'insister : les faits cités donnent une idée exacte de la physionomie de ces épidémies.
(1) Hayem, Rapport sur les épidémies qui ont régné en France en l%%Q\[Acad. de méd.).
(2) Note à la traduction de Murchison.
Air et f. typhoïde. — L'air a passé longtemps pour le véhicule primordial du germe typhoïdique et c'est la propagation par l'air, banalement souillé pour Tun, spécifiquement contaminé pour l'autre, que Murchison et Budd accusaient surtout.
Comme pour les relationsde la f. typhoïde et de l'eau, nous allons exposer les faits d'observations et les preuves tirées de l'expérimentation.
Preuves TmÉES de l'observation. — a. On a dit quelquefois que les faits d'épidémies à origine aqueuse n'étaient pas rigoureusement déduits et contenaient de graves lacunes : le reproche peut être sûrement adressé aux faits où est invoquée la contagion aérienne.
Les faits nouveaux manquent presque absolument, à mesure que l'étiologie aqueuse est mieux connue, et, dans les faits anciens qui constituent le principal appoint de la doctrine, l'état de l'eau n'est guère mentionné, ou il est simplement dit qu'e//e ne pouvait être soupçonnée, ce qui est, à la vérité, beaucoup trop peu. Des analyses anciennes ne nous inspireraient même pas grande créance à cet égard. Aussi la plupart des faits de Budd, Murchison, etc., nous paraissent-ils entachés d'une grave lacune. Les recherches ultérieures entreprises pour élucider la question devront nous renseigner de très près sur l'état des eaux consommées dans les foyers où l'air est censé jouer le rôle typhoïgène.
Quoi qu'il en soit, voici, parmi les anciens, quelques faits qui semblent les moins critiquables.
1. Epidémie de Colchester (Murchison, d'après Laver). — Une grave épidémie éclata dans Fécole des garçons attachée à la maison de charité de Colchester. Sur trente-six élèves, vingt-huit furent atteints. Mais les premiers cas et en même temps les plus graves atteignirent les enfants qui occupaient dans la classe les bancs placés sur le trajet d un courant d air qui avait lieu entre régout ouvert dans le couloir et le feu qui, à cette époque, était allumé tous les jours. En effet Tégout fut fermé et la fièvre disparut promptement.
2. Épidémie du poste de police de Peckham. — Six policemen contractèrent la typhoïde dans ce poste de juin à septembre. Ces hommes affirmaient qu'ils avaient souvent été incommodés par des odeurs infectes dans la salle où ils se tenaient. L'examen local fit découvrir que les lieux d'aisances du rez-dechaussée se déversaient, non pas dans l'égout principal avec lequel ils n'avaient aucune connexion, mais dans un vieux puits situé immédiatement au-dessous de la salle en question. Une accumulation de plus de dix pieds d'ordures s'était produite là depuis des années, et l'ouverture du puits n'était couverte que par les dalles du passage. Le cloaque fut comblé et la fièvre cessa.
3. Épidémie de Windsor (1838). — Dans cette épidémie, étudiée par les D""^ Simon et Murchison, quatre cent quarante habitants représentant à peu près le vingtième de la population furent atteints de f. typhoïde, et trente-neuf
ÉTIOLOGIE.
succombèrent. La maladie fut circonscrite dans deux des trois districts de la ville ; dans ces deux quartiers les maisons avaient des water-closets communiquant avec les égouts collecteurs ; une dérivation de la Tamise, etTeau des fontaines artificielles balayaient habituellement ces égouts. Mais à la suite d une sécheresse excessive, les fontaines s'étaient taries, et le niveau de la Tamise avait considérablement baissé : de là stagnation du liquide des égouts et exhalaisons dans les maisons. Le quartier le plus pauvre et le plus sale fut à peu près épargné, parce que les cabinets d'aisances y étaient placés en dehors des maisons. Une femme cependant de ce quartier, qui se plaignait de lodeur fétide venant dune bouche d'égout située vis-à-vis de son habitation, perdit sa fille atteinte par Tépidémie. Le château fut épargné, mais il avait un égout spécial, et la conduite des eaux y avait été soigneusement entretenue (1).
Nous pourrions sans intérêt multiplier ces citations : elles abondent dans Murcliison, et Budd, tendant à prouver que les émanations d'égouts ou de fosses (en putréfaction simple, dit Murchison, contenantie germe typhoïdique, dit Budd), sont génératrices de la f. typhoïde pour qui les respire.
Il vaut mieux passer à un ordre de faits qui semble plus probant, et qui nous est fourni par les médecins de l'armée : nous voulons parler d'épidémies de chambrée, où la f . typhoïde se localise et se perpétue sur un groupe occupant une partie d'un bâtiment militaire, alors que toute autre condition hygiénique, même Teau, est commune à ce groupe avec les autres fractions du même corps non atteintes. L'hypothèse très vraisemblable, invoquée dans ces cas, est la suivante : les poussières logées dans les fentes de parquet et de l'entre vous contiennent le bacille typhoïdique apporté là par un mécanisme facile à
(1) A ce propos, qu'il nous soit permis de montrer combien sont fragiles quelques-unes des preuves données de la contagion typhoïdique aéinenne. M. Bouchard a autrefois admis pour valable le fait suivant de Gielt : « Un homme ayant contracté à Ulm le germe du typhus abdominal, revient dans son village où la maladie ne s'était pas montrée depuis de longues années ; l'affection se développe chez lui et parcourt ses périodes. Les déjections du malade sont jetées sur un fumier. Au bout de quelques semaines, cinq hommes sont employés à enlever ce fumier ; quatre sont atteints de fièvre typhoïde, le cinquième présente un catarrhe intestinal avec tuméfaction de la rate. Les déjections de ces nouveaux malades sont enfouies ^ous un autre fumier, qui n'est enlevé qu'après quelques mois. Deux autres hommes ont été employés à ce travail ; l'un contracte la fièvre typhoïde et en meurt. » Il nous paraît aujourd'hui plus logique de voir là une souillure des mains par les fumiers contaminés spécifiquement, et ensuite un apport des germes h la bouche ou direct, ou par V intermédiaire de la nourriture prise, les mains non lavées. C'est le mécanisme de la contamination des gardes-malades, des blanchisseuses, etc., dont nous reparlerons ailleurs.
L'un de nous a rapporté (Congrès d'hyg'iène de Vienne, 1887) deux cas dus à M. Landouzy : Il s'agit de cas similaires, tous deux contractés à Paris dans des familles indemnes. L'auteur les attribuait à ce que chacun des sujets habitait une chambre dont l'air était souillé par les émanations de fosses d'aisances ! Qui oserait aujourdliui soutenir que des cas sporadiques chez des jeunes gens à Paris, foyer typhoïgène toujom^s plus ou moins actif, où quelque eau de Seine se mêle toujours à dose très variable à la consommation, çà et là, relèvent sans conteste de la contagion par l'air? La plupart des faits anciens en faveur de la contagion aérienne ne sont pas plus probants.
imaginer et variable d'ailleurs. Ces poussières se mêlent à l'air de la chambrée, à la suite de circonstances diverses, et infectent les hommes de la chambrée et eux seuls.
M. Vaillard a relaté, à la Société médicale des hôpitaux (1889), le fait suivant observé par le D'^ Chour, médecin russe :
(( Deux régiments d'infanterie stationnés à Jitomir et recevant la même eau potable sont également atteints parla fièvre typhoïde. L'un fournit une morbidité de 9,6 p. 1000 en 1885, et de 3,2 p. 1000 en 1886; l'autre présente pendant les mêmes périodes une morbidité bien plus élevée. Ce dernier régiment est réparti en des points différents de la ville. La fraction logée à la caserne Hammermann se fait remarquer par une morbidité typhoïde de beaucoup supérieure à celle qui est relevée pour l'ensemble des autres parties du même corps. Parmi les troupes casernées à la caserne Hammermann, une compagnie est surtout frappée en 1886 et fournit à elle seule quatorze cas de fièvre typhoïde sur un effectif de quatre-vingt-dix hommes. Cette manifestation intensive en une partie limitée de la caserne Hammermann suggérait Vidée d'un facteur étiologique localisé en quelque sorte dans les chambres où les habitants étaient si éprouvés.
» En décembre 1886, on provoqua l'évacuation des locaux occupés par la compagnie, et la désinfection énergique des murs, planchers, des effets d'habillement et de literie fut organisée. Ceux-ci ont été soumis à la vapeur d'eau bouillante ; les planchers enlevés, tout Pentrevous a été imprégné d'acide phénique à 5 p. 100, et son contenu renouvelé. Des vaporisations ont été pratiquées dans les chambres avec du chlore mélangé à Pacide phénique à 5 p. 100, et les boiseries repeintes à neuf. Après l'exécution des mesures prophylactiques, la compagnie revint occuper son casernement ; la morbidité typhique se réduisait à 1,7 p. 1000 en 1887, et devint nulle en 1888. Or, pendant le même laps de temps, dans les chambres de la caserne qui n'avaient pas été soumises à la désinfection, la fièvre typhoïde continuait à sévir avec persistance, donnant une morbidité de 22 p. 1000 en 1887, et de 33 p. 1000 en 1888, alors que les atteintes n'étaient que de 11 p. 1000 et de 16 p. 1000 dans l'ensemble des autres parties de la garnison. La disparition si remarquable de la maladie dans les locaux soigneusement désinfectés, sa persistance au contraire, et à un taux élevé, dans ceux qui n'avaient été l'objet d'aucune mesure de ce genre, apportaient une confirmation de plus à l'hypothèse d'une cause locale inhérente à l'habitat lui-même. Les poussières du plancher et de Pentrevous des chambres infectées furent soumises à un examen bactériologique ; on les trouva riches en microbes (14 millions par gramme) ; on parvint à y déceler la présence du bacille typhoïdique. Les chambres non contagionnées ont été immédiatement évacuées, et les hommes envoyés dans un bois voisin de Jitomir.
» Trois cas ont été encore constatés du 5 au 20 mars chez des hommes qui avaient quitté la caserne en état d'incubation ; mais, à partir de cette époque, la maladie a été éteinte. »
M. Kelsch rapporte (1) un certain nombre d'épidémies analogues.
(1) Kelsch, Traité des maladies épidémiques, etc., p. 405 et suiv.
ÉTIOLOGIE.
Tels sont les faits de la caserne Saint-Paul à Verdun (D"' Salles et Boucher), de Granville (D"" Laval), etc. A Rennes, un de nos confrères de l'armée avait attiré notre attention sur des faits similaires à la caserne d'un des régiments d'artillerie, faits dont il ne nous fut pas loisible d'ailleurs de poursuivre l'étude. Les faits de ce genre, s ils sont établis par une sévère enquête, nous apparaissent comme les plus démonstratifs du rôle de l'air comme véhicule de la f. typhoïde.
Nous aurons ci-dessous à discuter encore la part de Tair dans la transmission de la f. typhoïde par les vêtements, les linges, etc.
Par quel procédé intime l'air souillé, véhiculant des germes typhoïdiques, confère-t-il la maladie? L'inoculation se fait-elle directement par les voies aériennes? L'air respiré peut-il « déposer des bacilles sur les lèvres, dans la bouche, d'où ils sont déglutifs? » (Arnould.) Il est difficile de trancher cette question ; l'inoculation par les voies digestives est trop bien prouvée par la transmission aqueuse pour ne pas trouver faveur ici. D'autre part, si les théories de Lépine et de quelques auteurs sur la pneumo-typhoïde, localisation initiale du processus spécifique dans le poumon, sont vraies, l'inoculation directe par les voies aériennes est légitime, quoique rare assurément.
B. Preuves biologiques delà contagion aérienne. — Les recherches faites dans ce sens sont peu nombreuses. Les unes se rapportent à l'analyse môme de l'air incriminé comme facteur d'une épidémie de f. typhoïde; les autres constituent des essais expérimentaux. Nous avons dit plus haut que dans l'épidémie de chambrée du D'' Chour les poussières du plancher et de l'entrevous montrèrent à l'analyse biologique le bacille d'Eberth (?) : il n'est donné aucun autre détail sur ce point. Voici un autre fait analogue :
(( Du 13 au 20 décembre 1891 , six cas de f. typhoïde se développèrent dans un seul pavillon du quartier d'Aboville à Poitiers. La qualité de Feau n'ayant pii être mise en cause, on analj^sa les poussières recueillies sur le plancher du pavillon infecté, poussières qu'on soupçonnait avoir été souillées par des parcelles de matières fécales apportées des latrines en réparation par les chaussures des hommes. L'analyse bactériologique qui fut faite par M. Lhéritier de Ctiezelles, y décela la présence du bacille d'Eberth, et cette constatation fut confirmée ultérieurement par M. Vaillard, à qui les poussières incriminées furent soumises. » (Kelsch, loc. cit.)
Tel est, à peu près, l'ensemble des documents les plus probants que nous possédons à l'heure actuelle sur la contagion aérienne de la f. typhoïde.
Quant aux recherches expérimentales tentées pour éclairer ce mode <le contagion, nous trouvons les expériences de MM. Miflet, Lassime et Bordas qui voient que de l'air barbotant sur des cultures liquides de f . typhoïde peut entraîner des germes avec lui ; et les essais de
M. Sicard (1) qui, faisant expirer des typhoïdiques dans de l'eau stérile, trouve que cette eau se charge de bacilles typhoïdiques,, et conclut que l'air, passant sur des muqueuses sèches des typhoïdiques, peut se charger de germes spécifiques et les entraîner dans, l'atmosphère environnante. Ces faits sont en contradiction assez tranchée avec ce que nous savions de la pureté de l'air expiré.
De tout ceci, faits d'observation et tentatives expérimentales, nou& conclurons qu'on n'est pas autorisé à nier que l'air puisse véhiculer le germe de la f. typhoïde, mais il n'est qu'un mode de propagation tout à fait secondaire.
Rôle des vêtements, linges, pièces de literie. — Ces objets étaient tenus pour véhicules efficaces de la f. typhoïde par Bretonneau et Gendron.
Le fait suivant, cité par Murchison, nous paraît peu contestable :.
En 1859, la femme d\in bouclier résidant dans le petit village de Warbstowe, alla à CardifT^ dans le pays de Galles, pour voir sa sœur qui était malade et mourut bientôt de la f. typhoïde. Elle rapporta la literie de sa sœur. Une quinzaine de jours après son retour à Warbstowe, une autre sœur s'occupa d'étendre à Eair ces objets. Bientôt après elle tomba malade de la fièvre typhoïde cpii se répandit autour décile en rayonnant comme d'un centre. La femme qui avait été à Cardiff n'eut jamais la fièvre ; il n'y avait jamais eu aucun cas à Warbstowe avant son retour ; il n'y avait pas eu non plus auparavant de cas dans le voisinage ; il n'y en eut pas davantage après.
Les bla/îchisseases, surtout les blanchisseuses des hôpitaux, sont, de l'avis de maint auteur autorisé (Voy. Gielt, Budd, Griesinger et ci-dessus la citation du D"" Tweedie, p. 7) fort exposées à la f. typhoïde, preuve directe du danger qu'il y a à manier les linges, et d'une façon générale les objets souillés par les typhoïdiques. L'explication paraît simple à fournir : les matières fécales typhoïdiques contenues sur leslinges, A etements, literie, souillent les mains de qui les manipule, et le germe typhoïdique déposé sur les mains ne tarde pas à passer dans les voies digestives : directement, avec l'apport de la main à la bouche ; ou indirectement, véhiculé par les aliments souillés au contact des mains non lavées. Quelques auteurs entendent autrement les choses : ils disent qu'à manipuler les objets souillés par les typhoïdiques, on répand dans l'air la poussière microbienne^ et que c'est par l'intermédiaire de leur contaminé que se fait l'infection.
Le rôle des vêtements, linges, objets de literie, est d'ailleurs extrêmement restreint, et n"a pas la puissance que nous lui reconnaissons dans une maladie qui se transmet d'une façon générale, suivant les mêmes modes que laf. typhoïde : le choléra. Ces véhicules du germe
(1) Sicard, Sem. niéd., 1892.
ÉTIOLOGIE.
typhoïdique ne peuvent donner lieu qu'à des cas de transmission isolés (1).
Parmi ces cas figurent, assurément, les cas rares de f. typhoïde chez les gens qui, en ville ou à V hôpital soignent les typhoïdique s, et les cas plus rares encore déclarés à lintérieur des hôpitaux chez des malades entrés pour d'autres affections dans des salles où il y a des typhoïdiques, ce qu'on appelle par abréviation des cas intérieurs. Peu de questions ont donné lieu autrefois à une discussion plus ardente que la contagion nosocomiale de la f. typhoïde : quand Gendron et Bretonneau venaient affirmer la puissance contagieuse de laf. typhoïde, on leur répondait en montrant la rareté de l'affection chez les infirmiers et chez les étudiants en médecine, et la rareté des cas intérieurs (2). L'explication des faits est bien facile aujourd'hui.
Les épidémies si curieuses de campagne, où Bretonneau, Gendron, Piedvache, voyaient une filiation directe de cas à cas, comme dans la variole et le typhus, sont des épidémies de maison, de famille, de villages, qui, entrevues à la lueur des doctrines modernes, peuvent apparaître pour la plupart comme des types d'épidémie aquatique. Il n'y a que bien rarement filiation directe des cas, la transmission se fait du premier malade aux autres par un intermédiaire non soupçonné alors : Veau.
Beaucoup de cas contractés par les infirmiers dans les hôpitaux ne sont pas, il faut le dire d'abord, des cas de contagion nosocomiale, et les germes qui infectent ces sujets ne proviennent pas nécessairement des malades quils approchent. Les infirmiers sont exposés, comme tous autres, à la f. typhoïde sporadique ou épidémique, et trop souvent, dans nos hôpitaux parisiens, on trouve en jeu, comme explication nette d'un soi-disant cas de contagion nosocomiale, un robinet d'eau de Seine ou d'eau d'Ourcq.
Il est certain cependant qu'en soignant, en approchant intimement les malades, en ville comme à l'hôpital, on peut contracter la f . typhoïde, c'est-à-dire prendre directement les germes émanés d'un
(1) Il faut excepter, bien entendu, le cas où des linges de typhoïdiques sont lavés dans une eau potable : la diffusion est naturellement beaucoup plus grande, mais le rôle de véhicule appartient ici à l'eau, et non aux linges qui n'ont servi que de corps contaminants.
(2) Louis, à la Pitié et à l'IIôtel-Dieu, n'a vu dans sa longue carrière que trois cas qui eussent pris naissance dans ces établissements. Chomel, en dix-neuf ans, n'a connu que quatre cas contractés dans les salles de l'Hôtel-Dieu. Wilks et Peacock à Guy et à Saint-Thomas n'ont jamais vu de cas communiqués aux infirmiers, et Russell, en cinq ans, à l'hôpital de la Cité, de Glasgow, ne vit aucun cas dans le personnel hospitalier ni parmi les malades.
En vingt-trois ans, dit Murchison à qui nous avons emprunté les détails ci-dessus, au L. F. H., où 5988 f. typhoïdes furent admises, il n'y eut que dix-sept personnes habitant l'hôpital qui contractèrent la maladie (neuf infirmiers dont quatre seulement du service des typhoïdiques; une blanchisseuse, xin médecin et six domestiques demeurant dans un bâtiment détaché du sei^vice des fiévreux). Murchison fait remarquer, en outre, que, depuis 1861, 3555 typhoïdiques ont été traités avec 5144 malades divers, et pas un de ces derniers n'a contracté la f . typhoïde.
lyphoïdique, et le mécanisme est celui exposé plus haut : manipulation d'objets de literie, vêtements, linges souillés par les matières fécales des typhoïdiques.
Quant aux cas intérieurs, il est évident aussi que beaucoup d'entre eux n'ont nullement pour raison les germes typhoïdiques présents dans la salle. La f. typhoïde n'a point d'antagoniste réelle parmi les autres affections aiguës ou chroniques, et dans les salles des hôpitaux parisiens on peut être tout aussi sensible qu'au dehors à une eau potable typhoïgène.
Il nous paraît avéré pourtant que des cas peuvent relever, dans une salle d'hôpital, des germes typhoïdiques qui y sont présents; qu'il est, en d'autres termes, des cas intérieurs non contestables. Chacun sait que, dans nos hôpitaux, des malades plus ou moins valides font volontiers l'office d'infirmiers et s'exposent alors auprès d'un typhoïdique aux causes d'infection qui peuvent menacer éventuellement l'infirmier. Quant aux malades qui n'approchent pas les typhoïdiques, voici un fait curieux qui peut servir de modèle pour expliquer leur contamination.
Trois malades atteints de f. typhoïde entrent dans le service de M. Lemoine. Un mois après, trois rhumatisants sont atteints de f. typhoïde dans la salle : l'un était couché près des typhoïdiques ; les deux autres en étaient fort éloignés. Il se trouva que de deux chaises percées affectées spécialement d'abord aux typhoïdiques, et à eux seuls, une fut transportée au fond de la salle et mise à Tusage des deux rhumatisants et d'eux seuls. Quant au troisième rhumatisant, dont le lit était adossé à une cloison le séparant des typhoïdiques, il fut avéré qu'il s'était servi de la même chaise qu'eux.
Aussi, pensons-nous, ajoute M. Lemoine, que, dans ces circonstances, les surfeces cutanées en contact ont été souillées, et que la contamination peut avoir eu lieu ensuite par les mai/ïs, puis par les aliments souillés directement, ou par les poussières contenant le germe spécifique.