‹ La Fièvre typhoïde et les paratyphoïdesChapitre 39 sur 53 · CARACTÈRES ET ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ET ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES

malpropres, l’apport du germe par les mouches, ces dangereux bacillifères, par du linge non stérilisé, par un thermomètre rectal, par un vase souillé par les garde-robes ou l’urine d’un malade et non désinfecté, etc. Ces conditions se superposent, se confondent, s’associent à la cause initiale ou fondamentale (contagion par l’eau potable, par exemple), pour entretenir les cas épidémiques et prolonger leurs effets.

La marche et Vevolution des épidémies elles-mêmes empruntent, à leur origine, des caractères assez souvent particuliers. Il est bien démontré que les épidémies d’origine hydrique sont massives. Elles s’exercent surtout parmi' les sujets exempts de toute infection antérieure qui les aurait immunisés. Dans les villes, les nouveaux venus, les soldats, les voyageurs, les domestiques, sont spécialement exposés.

En outré, ces mêmes épidémies, imputables à l’eau de boisson, ont presque toujours un début brusque, explosif, atteignant à la fois et dans un court intervalle, souvent en deux ou trois semaines, un grand nombre d’individus. Tel fut le cas pour l’épidémie d’Auxerre (1884) si bien étudiée par Dionis, et qui donna lieu à 800 cas ; pour l’épidémie de Caterham (comté de Surrey), en 1879, qui atteignit simultanément 352 personnes; pour celle de Châtillon-sur-Seine (décembre 1883), décrite par Bourée ; pour les épidémies de Cherbourg, de Saint- Brieuc, en 1909; pour la célèbre épidémie d’Avignon, en 1911, qui détermina plus de 1000 cas de fièvre typhoïde, etc. Ces épidémies peuvent durer plusieurs mois.

En outre, on observe que les premiers cas débutent environ quatorze à quinze jours après la mise en usage de l’eau impure, temps qui correspond à la durée minima d’incubation de la fièvre typhoïde. Il en est exactement de même dans les cas d’absorption accidentelle du bacille typhique dans les laboratoires. Mais la période d’incubation n’étant pas la même pour tous, on peut voir se détacher en chapelet des cas plus tardifs, vingt, trente et même quarante jours après la date de la contagion même de laboratoire.

Les épidémies dues à l’usage du lait cru contaminé soit par l’eau, soit par un bacillifère, soit par les mouches offrent un caractère semblable de brusquerie et de simultanéité. L’épidémie se limite initialement aux seuls individus, à la clientèle

OU aux familles qui ont fait usage du lait et elle atteint exclusivement ceux qui l’ont consommé non bouilli.

De même, l’absorption collective d’huîtres ou de coquillages peut avoir une conséquence analogue.

On a souvent remarqué, et Netter en a cité des preuves démonstratives, que l’ingestion d’eau ou d’aliments souillés par le bacille typhique éveille, le jour même ou le surlendemain, l’apparition d’une sorte d’indigestion accompagnée de fièvre et de diarrhée. La fièvre typhoïde survient plus tard, à son échéance normale. 11 apparaît que ces diarrhées initiales qui peuvent signaler la prise de possession du bacille typhique, sont plus probablement dues à l’absorption de bactéries étrangères associées au bacille spécifique : Proteus, entérocoque de Thiercelin, bactéries putrides, etc.

Les épidémies qui reconnaissent la contagion par les mouches, offrent un caractère épars, sans lien commun et l’enquête ainsi que la recherche des porteurs, l’analyse des eaux sont incapables de les expliquer.

Les cas de fièvre typhoïde qui sont sous la dépendance de la contagion par les porteurs de bacilles se présentent tantôt sous la forme épidémique mais ordinairement limitée, tantôt et le plus souvent sous l’aspect sporadique ou épidémique. Ces cas sont groupés dans la même maison, la même famille, la même collectivité. Leur début est moins subit que les épidémies d’origine hydrique. Leur extension est plus faible.

Ils se succèdent irrégulièrement et se prolongent anormalement, en toutes saisons, en hiver comme en été, s’espaçant parfois sur un long intervalle et survenant sans lien apparent. Leur fréquence et l’intensité de la contagion sont subordonnées, en effet, à l’émission souvent intermittente des bacilles par les excreta et par l’urine, à leur abondance, toujours moindre que dans le cours de la fièvre typhoïde elle-même, à l’existence des crises diarrhéiques, enfin au degré plus ou moins grand de propreté du porteur de germes, à sa profession et à un ensemble de conditions spéciales qui, fort heureusement, ne se trouvent pas toujours réunies, ce qui restreint les chances de contamination.

Il est inutile de faire remarquer que les mouches étant des agents redoutables de la transmission des microbes pathogènes et, en particulier, du bacille de la fièvre typhoïde, c’est en été

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