‹ La Fièvre typhoïde et les paratyphoïdesChapitre 38 sur 53 · CARACTÈRES ET ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES SUIVANT LEURS CAUSES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ET ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES SUIVANT LEURS CAUSES

Dans les chapitres qui précèdent, on a exposé l’influence respective des divers facteurs qui interviennent dans l’étiologie de la fièvre typhoïde. Il serait peu conforme à la vérité d’attribuer à chacun de ces modes de contagion, une égale importance. Il en est, tels que la contagion par le lait non bouilli, les huîtres, les coquillages, les vêtements, les légumes crus, qui, bien qu’assez souvent observés, n’ont pas cependant la même fréquence que d’autres, tels que l’influence des eaux potables adultérées, la contagion due aux mouches, la transmission interhumaine directe par les malades et par les porteurs de germes, etc.

Abaissé dans son importance par quelques hygiénistes, le rôle de l’eau de boisson, surtout dans les grandes épidémies, revendique certainement encore la première place. La substitution d’une eau salubre ou épurée à une eau contaminée, a eu pour résultat de réduire à un taux jusqu’alors inconnu, ou même de faire presque entièrement disparaître la fièvre typhoïde dans un grand nombre de villes. C’est surtout chez le soldat, ce réactif si sensible de la salubrité des cités que, grâce aux actives et persévérantes mesures demandées et obtenues par les médecins de l’armée, on a pu observer l’amélioration considérable de l’état sanitaire. Alors que certaines villes telles que Cherbourg, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Avignon, Marseille, Montauban, etc., dont l’eau est fréquemment souillée par le bacille typhique, ont été victimes, à des dates encore récentes, d’épidémies militaires formidables, on a vu d’autres garnisons telles que Beauvais, Verdun, Valenciennes, Douai, Maubeuge, Paris, Pamiers, Chambéry, Clermont-Ferrand, etc., bénéficier, lorsque les eaux de boisson ont été normales, d’une amélioration considérable.

Bruxelles, Londres, etc., comme Paris, ont également accusé, à la suite des grands et coûteux travaux d’adduction d’eau pure, un fléchissement très accusé de leur morbidité et de leur mortalité typhoïdiques.

Mais l’eau de boisson n’est évidemment pas le seul facteur. Il serait imprudent de croire que distribuer une eau pure, c’est affranchir à jamais la population civile et l’armée de la fièvre typhoïde. Dans nombre de cas, d’ailleurs, l’analyse bactériologique et chimique de l’eau aboutit à la constatation de sa bonne qualité, soit que la cause de son infection ait été passagère et que l’ensemencement intervienne trop tard, soit que l'eau soit réellement pure.

Le facteur hydrique étant écarté, on doit penser, s’il s’agit d’une épidémie diffuse, sans coordination appréciable des cas dans le temps et dans l’espace, à l’une des autres causes qui ont été étudiées. Pendant la saison chaude, et surtout dans les familles pauvres, les mouches jouent un rôle important. La contagion par un ou plusieurs porteurs de germes, exerçant une profession alimentaire : cuisinière dans un établissement hospitalier, un asile, une école, une usine, une cantine ouvrière, cuisinier dans une caserne, etc., doit être recherchée. En pareil cas, l’enquête et l'examen bactériologique des déjections permettent de découvrir l’agent essentiel de la contagion.

En face d’une épidémie, et dans le but de l’enrayer au plus tôt, il est nécessaire de peser impartialement les faits, d’établir un graphique et un tableau, maison par maison, des cas observés, de leur distribution, de leur succession, de leurs débuts respectifs, etc. Cette simple analyse, sur la carte, peut déjà fournir des indications pratiques de grand intérêt. On doit éviter les hypothèses stériles ou mal fondées, et s’attacher par le concours du laboratoire, à dépister le véritable facteur : eau souillée, lait cru, porteur de bacilles, etc.

Il importe de savoir que, lorsque une épidémie a pris une allure prolongée, il devient impossible de faire intervenir un facteur unique de contagion. Toutes les causes, tous les moyens de transmission peuvent s’associer : ici, le contact direct avec le malade, là, l’absorption d’aliments manipulés par un serviteur aux mains sales, ayant soigné un typhoïsant; ailleurs, la contagion par un bacillifère aux mains également

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