LA PROPHYLAXIE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE
PROPHYLAXIEÏDES CAUSES FAVORISANTES
La description qui précède des modes de contagion habituels qui président à la transmission de la fièvre typhoïde permet d'aborder plus aisément l’ensemble des mesures prophylactiques qu’on peut opposer à cette maladie infectieuse.
On a fait autrefois, aux causes favorisantes de cette maladie une part très importante. Bien que le bacille reste le seul agent responsable de ce processus, il est utile d’envisager ces facteurs secondaires et s’efforcer pratiquement de restreindre leur portée toutes les fois qu’il est possible de le faire.
Nous étudierons, en conséquence, la prophylaxie des causes accessoires qui favorisent l’éclosion de la fièvre typhoïde. La prophylaxie spécifique ou microbienne sera ensuite exposée.
Parmi les conditions qui prédisposent le plus à l’éclosion de la fièvre typhoïde, l’âge, la fatigue ou le surmenage, enfin l’influence de la chaleur sont parmi les plus importantes.
h'âge, spécialement l’adolescence et l’âge compris entre 18 et 25 ans, sont des facteurs prédisposants inévitables. Ils nous invitent néanmoins à multiplier pendant cette période, toutes les mesures destinées à écarter ou à détruire le bacille typhique — la graine — ou à immuniser le sujet réceptif — le terrain. Les mêmes recommandations s’adressent aux jeunes gens et aux jeunes filles adonnés aux sports et qui en font un usage excessif, aboutissant fréquemment â l’amaigrissement et aux complications cardiaques ou rénales ; — à ceux qui préparent, sans précautions hygiéniques suffisantes et sans répits nécessaires, des examens et des concours.
Dans l’armée, l’expérience a démontré, contrairement à certaines craintes, que le soldat peut être incorporé à l’âge de 20 ans, à la condition de le soumettre à des exercices progrès-
sifs et bien surveillés. Il est donc nécessaire de confier à des médecins instruits la surveillance hygiénique des jeunes gens et des jeunes filles qui sont adonnés aux exercices de sport, non moins que des soldats récemment incorporés. Leur éducation physique doit être conduite avec prudence, sinon, ils sont plus spécialement exposés aux maladies infectieuses et à des atteintes plus sévères de celles-ci. On devra veiller à leur entraînement méthodique et progressif.
C’est pourquoi les Sociétés d’Éducation physique, d’éducation militaire, les Sociétés de gymnastique doivent être vivement encouragées car elles préparent des races énergiques et souples, plus résistantes non seulement à la fatigue, mais encore aux états morbides qui guettent si souvent la jeunesse.
On peut estimer, en raison de l’influence des saisons sur l’apparition de certaines maladies épidémiques, que la date la plus favorable pour l’incorporation des jeunes soldats en temps de paix, serait le printemps. Aux colonies, c’est pendant l’hiver qu’il convienrde mobiliser de préférence les soldats. Les expéditions qui commencent pendant la saison chaude, ou même au début de celle-ci, ont été payées au prix de violentes épidémies de fièvre typhoïde.
11 convient d’ajouter que la prévention de la maladie par la vaccination antityphoïdique diminue au plus haut point l’influence des facteurs favorisants et déterminants que nous avons étudiés, de la même manière que l’emploi préventif et curatif de la quinine, en créant une sorte d’immunité médicamenteuse, a considérablement restreint les atteintes du paludisme et diminué l’importance de ses facteurs occasionnels ou déterminants.
A côté du surmenage physique, les causes démoralisantes, les émotions déprimantes, concourent à prédisposer à la fièvre typhoïde et à son aggravation. Ce sont là des raisons dont tout médecin doit être averti.
L’hygiène générale de l’habitation, sa ventilation, l’exposition de ses locaux à la lumière, celle des chambres en particulier, où l’homme passe au moins le tiers de son existence, la propreté générale des maisons, des écoles, des usines, etc., celle des cuisines, delà salle à manger, des latrines, des cours, leur aération rationnelle, constituent un ensemble de mesures salu-
Di" Vincent.
taires applicables, non seulement à la prophylaxie de la fièvre typhoïde, mais à celle de la tuberculose.
La même remarque s’applique aux casernes. C’est pourquoi on doit poser en principe que le meilleur emplacement des casernements est en pleine campagne.
La vie dans les camps est, à tous égards, infiniment plus salubre que dans les villes où sont accumulées souvent les conditions d’infections de toute nature. Les chambrées, les latrines, les urinoirs, les locaux disciplinaires feront l’objet de l’attention toute spéciale des médecins régimentaires.
La propreté individuelle, celle du visage, de la bouche et des mains doivent être enseignées à l’enfant. Le lavage régulier des mains, surtout avant le repas, doit être pour l’homme une habitude constante et comme un réflexe. Cette éducation première, si importante, est trop souvent négligée, surtout dans les campagnes. Elle devrait faire l’ohjet de quelques leçons d’hygiène élémentaire, faites par l’instituteur. On doit apprendre de bonne heure afin de ne pas l’oublier, que la propreté est une des manifestations de la dignité.
Dans cet exposé de mesures prophylactiques qui s’appliquent aux causes accessoires ou favorisantes, on ne peut évidemment donner que des indications générales. Trop précises, elles se confondent avec l’ensemble des prescriptions relatives à la prophylaxie microbienne proprement dite. C’est pourquoi on se bornera à signaler les effets favorables d’une hygiène alimentaire soigneuse, on conseillera l’usage d’eau pure, d’aliments sains mis à l’abri des poussières et des souillures de toute sorte.
Dans les camps, les cantonnements, pendant les manœuvres, en temps de paix, dans les tranchées, les baraquements, dans les campements provisoires ou durables, en temps de guerre, il faut combattre le danger redoutable qui résulte de l’infection du sol par les déjections humaines ou animales, les urines, les déchets de cuisine, les résidus de toute nature, les fumiers, les matières putrides, qui peuvent servir d’abri aux mouches et à leurs œufs. C’est là une prophylaxie indirecte de première nécessité.
Aussi doit-on, avant d’occuper un village ou un cantonnement, procéder à une visite soigneuse de celui-ci, maison par maison, lorsqu’il est possible — ce que les conditions de la
guerre de mouvement ne permettent pas toujours aisément, — signaler les maisons malsaines, mal ventilées, avec leurs accumulations de fumier qui sont d’immenses nids à mouches, les faire nettoyer, désinfecter, laver, dépouiller de leurs immondices. Le meilleur moyen de se débarrasser des fumiers et d’une manière utile, c’est de les répandre aussitôt que possible dans les champs ou sur le sol à ensemencer, à distance suffisante des habitations. Si cette mesure n’est pas réalisable, on doit les désinfecter ou même les incinérer. La santé des troupes prime tout. On comblera la fosse à fumier, la mare où s’écoulent les eaux pluviales et le purin, on désinfectera le sol.
Dans les camps permanents, le sol doit être durci et, si possible, dallé ou pavé partout où le soldat vit et passe, savoir, sous les baraques ou les tentes, et, au moins, sur les parties latérales du chemin.
On doit interdire tout dépôt de fumier. On construira des fours incinérateurs destinés à détruire les déchets de cuisine, les ordures et immondices qui peuvent se putréfier et attirer les mouches.
Toutes les fois que les conditions d’emplacement le permettent, on devra installer des latrines avec tout à l’égout et chasse d’eau. Un camp doit se rapprocher, autant que possible, par son installation hygiénique, de celle d’une ville.
A défaut du tout à l’égout, on installera des latrines à tinettes bien surveillées ou des feuillées profondes, soigneusement désinfectées deux fois par jour en été, une fois en hiver.
Les baraquements et les tentes sont ventilés pendant le jour. Leurs abords seront rigoureusement propres. Les latrines de nuit rendent de réels services non seulement dans les casernes, mais encore dans les cantonnements et dans les camps.
Les connaissances relatives aux modes de propagation les plus habituels de la fièvre typhoïde doivent-elles être exclusivement l’apanage du médecin et de l’hygiéniste? 11 ne saurait être douteux que, répandues dans le public, à la mesure qu il convient, elles exerceraient une influence heureuse sur la diminution de la fièvre typhoïde.
L’éducation hygiénique des populations ne peut se faire qu’avec le concours actif des pouvoirs publics et la participa-
tion du corps médical. Elle doit faire partie intégrante de l’enseignement donné à l’enfance (H. Vincent), et doit être renom Telée chez l’adulte. Ainsi chacun, dûment instruit des principes d’hygiène, deviendra le collahorateur conscient du médecin.
L’une des causes les plus importantes de la dissémination des épidémies de fièvre typhoïde réside dans l’ignorance ou l’indifférence du public. C’est pourquoi un enseignement sommaire, sous forme de conférences familières faites par un membre médical du Bureau municipal d’hygiène, de la Commission de circonscription ou du Conseil départemental, permettrait de répandre les principes succincts que chacun doit connaître, sur la nature parasitaire des maladies contagieuses, sur le danger des matières fécales et de l’urine, celui des mains souillées, celui de l’épandage, des eaux souillées, des légumes crus, des mouches, des malades et des porteurs de germes, etc....
Un enseignement populaire fait à l’école, à la mairie, à l’atelier, dans les familles, pénètre partout et devient le plus sûr auxiliaire des lois et des règlements sur la prophylaxie des maladies infectieuses.
Les ligues médicales instituées en vue de combattre la tuberculose, le cancer, etc., seraient non moins justifiées contre la fièvre typhoïde. Cette campagne antityphoïdique menée par les personnalités compétentes, ne peut avoir son plein effet que si elle est secondée activement par les pouvoirs publics. L’enquête immédiate sur les causes provocatrices de l’épidémie, l’étude bactériologique des déjections, l’examen du sang par l’hémoculture et, à défaut de celle-ci, par la séro-réacfion, faciliteront considérablement la lutte entreprise contre la fièvre typhoïde. Les études bactériologiques permettent seules de prendre, en connaissance de cause, les mesures immédiates d’isolement du malade, de désinfection des selles, du linge, des latrines, etc... Il deviendra possible, grâce à la création de ees stations sanitaires et de ces laboratoires, de limiter les cas de contagion interhumaine toujours fréquents, de surveiller les eaux potables et de contrôler leur qualité bactériologique.
Sauf dans l’armée, en temps de paix comme en temps de guerre, où toutes les boissons sont soumises à l’analyse et sont interdites dès la constatation de leur insalubrité, la surveillance
bactériologique des eaux n’est exercée que dans quelques villes.
11 est utile de multiplier les commissions sanitaires rurales, ressortissant aux Conseils départementaux d’hygiène, et chargées de la surveillance des logements, des écoles, des ateliers, des eaux, des égouts, etc.
11 est une autre institution qui s’impose. C’est celle d’un casier sanitaire des communes et des maisons, chargé de relever tous les cas de maladie infectieuse et, en particulier, de fièvre typhoïde. Les cas morbides appelleraient ainsi l'attention des bureaux d’hygiène et rendraient possible la détermination de la cause des épidémies.