PROPHYLAXIE GÉNÉRALE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE
La complexité des causes qui gouvernent la propagation du bacille de la fièvre typhoïde est peut-être plus apparente que réelle. Les progrès de l’épidémiologie ont appris à connaître les diverses étapes que suit le bacille pour arriver jusqu’à l’homme, les causes directes et les facteurs indirects qui interviennent dans sa transmission. En possession de ces connaissances, la pbemière mesure en présence d’une épidémie consiste dans le diagnostic bactériologique précis (fièvre typhoïde, paratyphoïde), dans une enquête minutieuse et aussi complète que possible sur le premier cas, sur ceux qui l’ont suivi immédiatement et plus tard, enfin sur l’ensemble des conditions qui ont pu entretenir l’état épidémique ou endémique. Le mode de début et l’évolution des cas peuvent donner lieu à des présomptions, mais il faut savoir les abandonner lorsqu’elles ne sont pas rigoureusement vérifiées par l’enquête et par l’expertise bactériologique.
En face d’une épidémie qui n’est, au demeurant, qu’une maladie collective, l’épidémiologue doit se comporter comme un médecin devant un malade. Il doit déchiffrer au plus tôt la nature exacte de l’affection, ce que lui permet l’ensemencement précoce du sang des malades et des suspects (*), puis s’efforcer d’en découvrir la ou les causes et d’y apporter les remèdes qu’elles comportent. Il n’est point toujours aisé d y parvenir. Toute erreur, toute idée préconçue et non vérifiée peuvent, en pareille occurrence, aboutir à un échec et à la
{*) Il parait utile de rappeler que, plus l’hémoculture se rapproche du début de la maladie, plus elle aura des chances d’être positive. Il y a lieu de la réitérer et d’ensemencer une quantité plus abondante de sang lorsqu’elle a été précédemment négative.
persistance des cas épidémiques. L’histoire médicale de la fièvre typhoïde accuse un grand nombre de ces erreurs.
La prophylaxie de la fièvre typhoïde vise :
a) le malade;
b) son entourage;
c) les porteurs de bacilles ;
d) tous les intermédiaires inertes ou inanimés, capables de transporter le bacille typhique et de le communiquer à l’homme sain.
Passons en revue ces divers éléments de contagion.
La première mesure à prendre est d’isoler de la manière la plus précoce et la plus complète tout typhoïsant, même suspect. Cet isolement doit précéder la déclaration de l’affection. Cette déclaration est obligatoire. Il est imprudent d’attendre la confirmation du diagnostic par les symptômes cliniques et par l’examen bactériologique avant de soumettre les malades à l’isolement. Dans l’hypothèse où celui-ci n’a pas été justifié, il ne comporte aucun inconvénient. Dans le cas de diagnostic positif, on se souviendra que le bacille typhique existe en grande abondance dans les selles, non seulement au début de la fièvre typhoïde, mais encore avant l’apparition des premiers symptômes. Il faudra, en conséquence, surveiller l’entourage du malade, qui a pu déjà être contaminé.
L’isolement précoce du malade s’impose donc dans les familles, dans les collectivités, les écoles, les lycées, et aussi dans les armées.
Tout retard dans l’isolement des suspects et des malades peut exposer à la contagion un grand nombre de personnes, et particulièrement son entourage. Cette mesure d’isolement doit être faite avec soin dans l’armée, surtout en temps de guerre. Mis en observation à l’ambulance, le malade sera évacué sans retard, avec un diagnostic d’attente, si les symptômes fébriles elles troubles digestifs persistent ou s’aggravent. Il convient cependant de faire remarquer que, pendant les guerres, on observe très communément des infections éphémères qui guérissent en quelques jours sous l’influence du repos, d’un purgatif et de la diète, et n’ont aucun rapport avec la fièvre typhoïde ou les fièvres paratyphoïdes. C est une particularité digne d’être notée que, pendant les périodes de
guerre, toutes les infections les plus dispararates s’accompagnent plus spécialement de troubles gastro-intestinaux.
L’hémoculture et, s’il est nécessaire, l’ensemencement des déjections, des vomissements, etc., viendront en aideau diagnostic.
Dans les pays chauds, voire même en Orient et dans tous les pays riverains de la Méditerranée, où régnent le paludisme, la fièvre à papatacci (fièvre de trois jours), la fièvre récurrente, la fièvre de Malte, etc., ces maladies se couvrent très habituellement d’un masque typhoïde qui peut égarer le médecin. Les examens de laboratoire conduiront à l’adoption des mesures prophylactiques que dictera le diagnostic exact.
On ne peut donc faire de prophylaxie rationnelle, dans les armées comme dans la population civile, sans le secours de ces examens. Largement pourvue de ces laboratoires, en temps de paix et en temps de guerre, l’armée en a retiré les plus grands avantages pratiques.
Le diagnostic de fièvre typhoïde étant établi, les mesures prophylactiques doivent être prises avec rigueur. Après l'isolement du malade, on procède à la désinfection de tout ce qui a été souillé par lui.
Elle doit s’exercer sur tout ce qui a été contaminé par les matières fécales, par l’urine et par l’expectoration du typhoïdique, par son cadavre aussi. La désinfection des murs et de l’air, du local où le malade a été traité, offre moins d’importance. Mais celle du plancher, fréquemment contaminé par les déjections, celle des linges, des cuillères, des verres, de l’eau de la baignoire, etc., ne doivent jamais être négligées.
Le Conseil supérieur d’hygiène publique a donné des instructions pratiques très complètes sur les agents désinfectants à employer (‘). La désinfection doit s’adresser aussi aux personnes qui soignent le malade. Par leurs mains, par leurs vêtements, les parents et les gardes-malades peuvent transmettre le bacille à l’entourage, surtout s’ils préparent les aliments. Ils peuvent d’ailleurs devenir eux-mêmes, s’ils ne sont pas vaccinés, les premières victimes de leur négligence ou de leur oubli. Mains
(*) L’eau de Javel, la solution chaude de soude caustique, de carbonate de soude à 5 pour 100, constituent d’excellents désinfectants des planchers.
et vêtements doivent donc être lavés ou désinfectés aussi souvent qu’il est nécessaire.
L’oubli de la déclaration obligatoire de la fièvre typhoïde, prescrite par la loi du 15 février 1902, et le décret du 10 février 1903, a ti'op souvent pour conséquence l’extension du mal, la négligence des mesures locales de désinfection. Il peut entraîner l’apparition d’épidémies très graves. Il paraît certain que la déclaration n’est pas faite comme il convient, et cette négligence a provoqué des plaintes de la part des directeurs de Bureaux d’Hygiène, et même des circulaires officielles du Ministre de l’Intérieur, en 1909. Les médecins ont objecté l’inutilité de cette déclaration, parce qu’elle n’est pas toujours suivie, notamment dans les campagnes, des mesures de désinfection. Mais la désinfection ne résume pas toute la prophylaxie de la fièvre typhoïde. La contagion peut être exercée, en effet, par le malade lui-même, et c’est au médecin traitant de prescrire les mesures dont il a été question ci-dessus, sans qu’il soit nécessaire de recourir à l’intervention officielle. La déclaration permet de limiter la propagation des cas épidé- ’miques. Non prévenu, le service des épidémies ne peut prendre, à l’égard des matières fécales, du linge souillé, de l’eau de boisson, des mouches, de la protection du sol, de celle des sources, des porteurs de germes, les dispositions utiles.
La rareté des déclarations a été expliquée encore par la crainte de porter préjudice au commerce local, par la mise à l’index de la maison de commerce ; ou bien parce que les communes infectées sont frappées d’interdit par l’autorité militaire qui n’y permet pas l’accès des permissionnaires. Trop souvent les soldats rapportent à la caserne les maladies infectieuses qu’ils ont contractées pendant leur séjour dans leur village. Cette dernière conséquence, en raison de sa gravité, démontre cependant la nécessité absolue de la déclaration de la fièvre typhoïde et des autres maladies contagieuses.
Faite, après avis officiel du médecin, par le chef de famille ou, à son défaut, par le logeur — ainsi qu’il est d’usage pour la déclaration des naissances — la déclaration soulèverait moins d’objections.
En ce qui concerne les personnes qui entourent ou qui soignent les malades, on prendra des dispositions pour les vacciner ; on leur indiquera la nécessité de se laver soigneusement les mains.
de porter des gants de caoutchouc, de changer de sarreau ou de hlouse lorsqu’ils sont contaminés, d’éviter de manger dans la chambre du malade, de porter les doigts à la houche, etc.