‹ La Fièvre typhoïde et les paratyphoïdesChapitre 51 sur 53 · ÉPIDÉMIE DE TOURS · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIE DE TOURS

Non vaccinés : 488 Vaccinés : 1646

VACCINATION

Les vaccinations opérées dans la population civile à Avignon (400 habitants), à Puy-l’Évèque (Lot), à Paimpol. etc., à l'occasion de graves épidémies, ont donné lieu aux mêmes observations concluantes. Dans un certain nombre de localités ou de villes : à Grans (Bouches-du-Rhône), àRouffignac (Dordogne), à Alais, à Egletons (Corrèze), à Sermaizes (Loiret), à Ymonville (Eure-et-Loir), à Andilly et Margency (Seine-et-Oise), à Donges (Loire-Inférieure), etc., la protection assurée chez les vaccinés s’est montrée remarquablement efficace.

On peut citer, comme exemple, celui de l’épidémie observée à Jargeau (Loiret), de juin à septembre 1913, par le D’’ Grancher. Cette épidémie était due à l’usage du lait. Quatorze familles faisant usage de lait infecté furent atteintes. Le D‘’ Grancher vaccina les membres de 7 familles ; les 7 autres refusèrent. Or, dans ces dernières, la fièvre typhoïde continua à sévir, pendant trois mois, par contagion interhumaine. Elle y fit des ravages effrayants : tous ou presque tous les membres furent successivement atteints. Dans l’une de ces familles, 7 personnes sur 8 eurent successivement la fièvre typhoïde. Seule, l’aïeule, âgée de 72 ans, resta indemne. Par contre, les habitants vaccinés (80 personnes, dont 40 femmes et 8 enfants), même partiellement, furent entièrement protégés contre l’infection.

A Sivas (Turquie d’Asie), à Séville (Prof. Juan Peset) où 624 personnes ont été vaccinées, à Noguer (Espagne), au Congo belge (D'^ de Ruddère, D'" Polidori, D‘' Valcke), à Medellin (Colombie), à Connixheim (Belgique), etc., des exemples semblables d’immunité ont été observés.

Un fait très important, c’est que les vaccinations, lorsqu’elles sont opérées rapidement et sur la totalité des sujets accessibles à l’infection, exercent une action d’arrêt sur l’épidémie. Celle-ci s’éteint brusquement lorsque la 2= ou 3® injection de vaccin a été faite.

Les résultats statistiques publiés également par Leishman pour l’armée anglaise des Indes 'fi des autres colonies, par Russell, pour l’armée des États-Unis, par Chantemesse, pour la Marine française, etc., concordent uniformément dans le même sens, et témoignent, avec les précédents, que la vaccination spécifique est le moyen prophylactique le plus puissant que l’on possède contre la fièvre typhoïde. Elle est, à ce point de vue, comparable à la vaccination antivariolique.

Il paraît, cependant, indispensable d’insister, avant de clore ce chapitre, sur la nécessité absolue, pour en obtenir tous les effets qu’on est en droit d’en attendre, de l’appliquer rigoureusement. Les difficultés d’ordre pratique soulevées par l’état de guerre, sont évidemment grandes.

D’autre part, la nécessité, puisqu’il s’agit d’un vaccin mort, de faire plusieurs injections, les départs et les mutations si fréquents des soldats à vacciner, expliquent que la vaccination puisse être parfois incomplètement faite en temps de guerre, ou insuffisamment enregistrée et contrôlée. De là des erreurs d’autant plus nombreuses qu’elles portent sur des effectifs énormes. On ne saurait donc trop renouveler le conseil de se conformer minutieusement aux règles pratiques de la vaccination, de consigner, avec grand soin et une rigoureuse exactitude, chacune des injections, sur la fiche de vaccination et d’en tenir le contrôle sur un registre spécial.

Dans le mouvement des hommes qui viennent en grand nombre se faire vacciner, à la caserne ou sur le front, les causes d’erreur sont également fort nombreuses : inscription d’absents ou d’ajournés sur la liste des vaccinés, signature un peu rapide des certificats, fraudes dues aux soldats, dont les uns se présentent, moyennant rétribution, à la place d’un autre et répondent à l’appel de son nom ; dont les autres imitent la signature du médecin et la reproduisent sur leur livret ; dont certains obtiennent, d’un infirmier complaisant, un certificat inexact, etc. L’attention des médecins vaccinateurs doit être appelée sur ces faits et sur les conséquences qui en résultent fort communément. Les enquêtes ont établi, en effet, la grande fréquence des faux vaccinés, en temps de guerre.

11 sera utile de rappeler que beaucoup de militaires interrogés confondent la vaccination antivariolique et la vaccination antityphoidique (Wright a signalé autrefois la même particularité dans l’armée anglaise), et un plus grand nombre encore invoque une vaccination inexistante pour échapper aux injections.

On conseillera donc aux médecins chargés de pratiquer les vaccinations, de s’entourer d’aides sérieux et d’apporter le plus grand soin non seulement dans la technique des injections et l’examen préalable des sujets à vacciner, mais encore dans tout ce qui concerne la vérification des états de vaccination, le con-

VACCINATION

trôle exact des injections faites, de leurs dates, de leurs doses, l’enregistrement des absents, des malades, des permissionnaires, car toute négligence, tout oubli, ont pour conséquence, de faire attribuer â cette méthode si efficace, des insuccès inunérités et, ce qui est plus grave, exposent les militaires à contracter une maladie infectieuse redoutable, dont le pronostic est fréquemment mortel.

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