ACTE PREMIER
lui en ai dit : que j'étais vendue I qu'il me faisait horreur! que je subirais rhurailiation, puisque j'étais en son pouvoir, mais qu'il devait s'attendre à une haine mortelle!... Au fond, c'était mal agir, car j'avais accepté mon nouveau sort avec toutes ses conséquences. Le matin même, j'envisageais paisiblement la corvée qui m'attendait.
HENRI
La tête de Monneville devait être bonne pendant ce compliment.
HÉLÈNE
Sa réponse a été généreuse et digne : « Mon enfant, je devine ce qui se passe en vous. J'espérais que vous pourriez m'ofl'rir la soumission amicale qui se transforme parfois en attachement sérieux. Je me suis fait illusion. Ilassurez-vous, cette pénible scène ne se renouvellera plus. Je vous pardonne d'avoir accepté des obligations que vous ne remplirez pas. Excusez-moi d'avoir oublié mon âge... Vous êtes absolument libre... jusqu'à présent, l'étude m'a tenu lieu de tout; elle continuera. Pour vous, n'appelez pas le ridicule sur un nom que j'ai rendu glorieux... c'est ma seule exigence... »
HENRI
Libre! C'était bien la peine de tant me faire languir!
C'est justement parce que Théodore m'a rendu ma liberté que ma conscience m'enchaînait. Faut-il
18 LA FICrRANTE
tout dire? Encore à l'heure actuelle, mon naari m'impose d'une façon singulière. L'âme de cet homme renferme un redoutable mélange de grandeur, de curiosité et de mépris pour toutes les conventions. Je ne puis pas en parler légèrement et vous respecterez mon scrupule.
HENRI
Un mot?... A quoi jugez-vous que Monneville se doute ?
HÉLÈNE
A mille niaiseries, toute une série de rabâchages conduits avec méthode et persévérance. Est-ce vrai? Se passe-t-il un jour sans que mon mari déplore pour vous l'absence d'un intérieur? Vous dites qu'il radote, et moi, je suis d'un œil inquiet la trace du poison qui s'infiltre. Oui, Théodore est l'âme charitable qui vous a plaint avant que vous n'ayez souffert, et qui vous aigrit, maintenant que vous souffrez.
HENRI
Je persiste à croire qu'il se répète parce que c'est un vieux bonhomme... Votre maril
AU dehors on aperçoit Théodore gravissant le perron.
HÉLÈNE
Je n'oublierai pas ma promesse.
HENRI, montrant Théodore.
Vous avez eu tort de m' apprendre qu'il se doute. Je vais être tout gauche.
Il va au devant do Théodorj.