‹ La figurante: comédie en trois actesChapitre 13 sur 198 · SCENE III HENRI, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SCENE III HENRI, HÉLÈNE

HENRI

Vous avez raison, il se doute !

HÉLÈNE

Qu'a-t-il dit en latin?

HENRI

Il faut détruire Garthage.

HÉLÈNE

Carthage, c'est notre amour?

HENRI

Je le crains.

HÉLÈNE

Vilain homme î II ne se plaît qu'à tourmenter les gens !

2Ï LA FltiL'RANTE

HENRI, ironique.

Exigez-vous qu'il protège nos amours?

HÉLÈNE

Pourquoi s'en occuper? A-t-on médit de sa femme ? Jamais ! Nous y avons mis toute la discrétion possible. Suis-je libre, oui ou non? Savez-vous une chose ? Que je me conduise mal, ça lui est fort indifférent. Il nous trouble pour s'amuser. Sa nièce et lui se valent.

HENRI

Pauvre fille ! de combien de crimes la voilà chargée !.. elle applaudit quand je m'effondre et vole vos lettres... Gela crie vengeance I

HÉLÈNE

Ce cri est entendu... Henri, puisque la présence d'une madame de Renneval paraît indispensable, que diriez-vous de Françoise?

HENRI

Gomment, encore?

HÉLÈNE

Je m'étais engagée à chercher, c'est trouvé !... Sans le savoir, nous avions sous la main la perle souhaitée...

HENRI

Permettez !... Un mariage me rendra de tels services qu'en principe je m'arrête à l'idée d'une figurante, va pour le mot, puisque la chose vous convient.». Pourtant, je réserve mon droit de déli-

bérer sur le choix de cet auxiliaire... je connais à peine votre nièce... Laissez-moi le temps de l'étudier. Elle ne paraît pas sotte, mais est-elle capable de résignation? Je ne veux pas d'une coureuse, je vous en préviens, et comme elle ne sera guère bien partagée, il est à craindre que...

HÉLÈNE

Soyez tranquille. Le tout sera de faire comprendre à Françoise, qu'à la moindre incartade on la chasse. Après une pareille déclaration, pratique comme elle est, je garantis qu'elle mourra en odeur de sainteté.

HENRI

Vous me persécutez avec votre Françoise !

HÉLÈNE

Je n'en permettrai pas d'autre!... Pendant que Théodore parlait, je me disais : comment n'y avonsnous pas songé? Laide, raisonnable, sans cœur ni tempérament, de la cervelle, excellente famille, pas un liard de dot, mais nous y pourvoirons : voilà notre affaire î

HENRI

Il faut convenir que Françoise présente un avan* tage î grâce à la lettre confisquée, rien n'est plus facile que de lui expliquer l'emploi d'ornement ex* térieur qu'aura ma fenmie.

HÉLÈNE

L'explication est complète. Ma lettre contient tout ce qu'on peut dire sur mes angoisses. J'y laisse

entrevoir jusqu'à la possibilité d'un mariage de pure formalité. Jamais, de vive voix, je n'oserais mettre aussi vigoureusement les points sur les i, parlant à une jeune fille.

HENRI

Bicn^ je suis trop honnête pour vouloir la tromper. Qu'elle sache à quoi elle s'engage I

HÉLÈNE

N'ayez aucun scrupule. Pas de déception possible... Le seul obstacle pourrait venir de mon mari.

HENRI

Luil M'ayant si souvent prêché le mariage, il serait ravi de m'avoir converti.

HÉLÈNE

Il n'est pas assez simple pour croire que je patronne un mariage de l'espèce commune, et comme il adore sa nièce, je crains qu'il n'accepte pas pour elle une aventure pleine d'inconnu î

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