ACTE DEUXIÈME
GLAIRB.
Va, la conversation n*a pas trainé.«. lf*annoncer cela, moi qui al exigé le renvoi d'Hélènel... Panvre maman I Elle a balbutié que tu aimes cette femme, qu'on t'accorde la salisfaction de Tépouser, puis elle a fondu en larmes et s'est sauvée... Je n'ai pas couru après elle pour avoir des détails... Vois-tu, j'avais pour ion caractère une grande estime... Tu ne peux pas t'imaginer ce que j'éprouve â la sentir baisser.
ROBERT
Ma petite Claire, Hélène sera Ici dans un quart d'beure, peut-être avant, car en traîneau, sur cette belle neige, on va vite... Je ne suis pas fort.». Laisse-moi vivre en paix jusqu'à son arrivée; qu'elle ne me trouve pas étendu sur un canapé, respirant i peine, dans Tétat où me met la moindre alerte.
GLAIRE
Non, fn ne te débarrasseras pas de mol si facilement!.. Je serais une mauvaise sœur si, pour t'épargner une contrariété, je permettais une pareille fbiie !... On n'épouse pas Hélène 1..
ROBERT
Songe que papa m'approuve I
CLAIRE, ayee horreur.
Luil... Tiens, tu n'es qu'un sot!... Qu'on me donne des raisons!... Je tous en défie tous, papa tout le premier I.*é Ah! je les attendrai longtemps, ses raisons!... Les connais^ tu, toi?
ROBERT
Et toi?.,
CLAIRE, balbutiant, d'une vaiz étranglâe« ' --j^
Hais. . . . Comment veux^ta que je r^ûde*. « ^ "^
ROBERT
Papa m'autorise â épouser Hélène, parce qu'il souffre, comme nous tous, de voir que ma un entraînera celle du nom.
CLAIRE, déconcertée, moitié à elle-même.
Rien â dire... C'est un motif I... (a Robert.) N'y a-t-il pas d'autres femmes à épouser qu'Hélène?
ROBERT
Je l'aime I
CLAIRS
Ahl pauvre Robertt -^
ROBERT
Elle aussi, m^aimel.,. U faut cela pour vouloir encore de moi.
GLAIRE
y Sans fortune, sans conscience, elle est tout indiquée, x'est vrai!..,
ROBERT
Ce que tu dis là est méchant. . . Méchant et inutile I ... Il serait prouvé qu'Hélène mérite un peu de ton mépris, je Tépouserais quand même... Ce qui est doux à mon cœur deviendrait un sacrifice. Voilà tout.
CLAIRE
Un sacrifice à la famille?
ROBERT
Oui... Personne mieux que toi ne devrait comprendre.
GLAIRE
Chacun comprend l'orgueil à sa façon. Je mets le mien à souhaiter que la famille disparaisse.
ACXH DEUXIÈME.
Oh!
ROBBRT<
CLAIRS
Nos famillesl... Ahl notre époque les traite bienl... Avoir conquis des provinces à son pays, l'avoir gouverné pendant des siècles, et n'y plus garder la moindre influence, au point que papa n'est môme pas capable de se faire élire maire de son village. Belle destinée 1 Pourtant tu as souffert de ne pas travailler à la grandeur de ta patrie I... Avec quelle ardente pitié je te voyais inconsolable!... Et c'est pour transmettre à des enfants nos existences de momies révoltées, que tu nous imposes une Hélène Vatrinl
ROBERT, tree un cri de rëTOlie.
Claire!... Fais-moi l'honneur de croire qu*en face de la mort je mesure la portée de mes actes. J'ai la conviction que malgré notre abaissement, l'existence de nos familles vaut la peine d'être prolongée. Le duc de Ghantemelle n'est rien: ni ambassadeur, ni ministre, ni préfet... rien..« pourtant j'épouse Hélène parce que je suis-^ertain que le pays perdrait une force vive, si le duc de Ghantemelle dis-* païatssaltâ jamais...
CLAIRE, Ironique.
Cette belle découverte, parions que tu l'as faite depuis que tu aimes Hélène ?
ROBERT
Qu*importe, si elle est vraie?
CLAIRE, Ironique.
Vrai que nous sommes utiles ?
LKS F0S81LBS.
ROBIIT.
Oai, parce qae nous sommes bien nés. L'hén^ité morale est un fait incontestable. Des siôcles de valeur militaire, de culture intellectuelle, de politesse raffinée, doivent produire
ne dépendance d'élite. La noblesse n'est pas un préjugé. Lteistocratie reste fatalement un conservatoire de sentiments généreux.
CLAIREi ftmèrtnwnl*
Conservatoire isolé comme un hôpital 1
ROBERT
\ Qui répand autour de lui la conlagion du dévouement I ' Tiens, la science désintéressée, la science qui se moque des [i dividendes n'existe que dans les sociétés aristocratiques. ; Aux États-Unis, il y a des inventeurs merveilleux, mais j qui n'ont qu'un but : se faire payer le plus cher possible. I II but venir en Europe, dans nos pays oCi flotte encore { ^atmosphère des vieilles noblesses, pour trouver de grands génies s'épuisant au service de l'humanité ! Penser que le rude et naïf héroïsme des chevaliers du moyen âge préparait peut-être la glorieuse pauvreté de nos savants ! Faisons la part de l'exagération, des idées pareilles réconcilient tout de môme avec la vie. Nous ne sommes plus rien en France? Si, nous sommes les oubliés, les dédaignés, qui paient l'ingratitude en semant autour d'eux l'esprit d'abnégation.
C L 4 1 R ET; transportée.
C'est beau et vrai!... Nous restons dévoués!... Les pauvres ne vivent guère que par nous, maladroits politiques, mais ingénieux à consoler ceux qui nous renient! Et lorsque la Patrie est en détresse, on peut juger s'ils marchandent leur sang, ces petits marquis inutiles qui ne savent que chasser et danser!... Robert, tu a raison, nous avons encore un rôle ici-bas I...