‹ La figurante: comédie en trois actesChapitre 169 sur 198 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

temps où elles prenaient leurs ébats sur cette plage. Car, n'en doutez pas, autour de mon rocher, elles ont mené leur existence cruelle et délicieuse.

ROBERT, rUmt.

Délicieuse!... Est-ce pour avoir croqué de solides marins et de tendres petits mousses?

CLAIRE

J'en ai peurl... Elles étaient pourtant moins voraces qu'on ne dit... Une fois, par exemple, un guerrier allant â la conquête d'une Toison d'or quelconque, s'est laissé prendre à leurs chants... Les croyez-vous capables d'en avoir soupe?... Pas du toutl... Elles ont comblé le QJ'^ hardi soldat de prévenances et l'ont porté jusqu'à l'île où son trésor l'attendait. Une autre fois, parmi des naufragés, se trouvait un vieillard parti pour annoncer aux peuplades féroces le Dieu crucifié. Sous la dent des déesses cannibales il s'est mis à confesser sa foi, et c'était si beau, ce sermon de martyr, dominant les voix irrésistibles mêlées au fracas de la tempête, que les dîneuses en perdirent l'appétit. Un cortège de torses blancs et de queues vertes a triomphalement escorté le missionnaire jusqu'à la rive dont il allait chasser l'idole, puis, idoles elles-mêmes, les Sirènes ont plongé dans l'abîme et n'ont pas reparu.

ROBERT

Que d*imaginationI... C'est du Champagne qui mousse autour de ton écueil... Positivement, la mer te monte à la tête.

CLAIRE

Moque-toi, je te conseille l Si kuxne^ me donae des^ions romanesques, les bois ne t'exaltent pas moins. Loi«-

•t LES FOSSILES.

qu'après une absence tu reTeoais à Chantemelley ta pre«* mièi-e action était de courir à la ioréty tout 8^1, velu comme un voleur, et le soir il fallait t'entendre laoonier ce que tu avais vu sous tes chères futaio!.

ROBERT

Oui, les grands bois de Ghantemellel Y ai-je vMé dans , ma vie! Je n'étais jamais plus heureux que là... Ohl cela ^ ne m'empêche pas d'aimer aussi la mer. Les forêts et la mer m'ont toujours attiré d'une étrange façon... J'ai été passionné pour la chasse, et ce n'était pas uniquement la rage de tuer des animaux : non, il y avait autre chose, I l'épaisseur du fourré, un sentiment d'inconnu... J'écoutais avec délices les coups de vent arriver dans la futaie, s'annoncer au loin par un bruit de flots, s'approcher, grandir lentement, mystérieusement, et tout à coup la crinière des bouleaux et la toison des hêtres s'agitaient sur ma tête : j'étais dans le tourbillon I Et puis les sangliers qui accourent en brisant les perches, en pliant le taillis... On espère une apparition faunesque. Et quand le sanglier saute dans l'éclaircie, noir, hérissé, la queue en vrille, on n'est presque pas déçu... et le trot léger des loups sur les feuilles mortes... leur tête fausse et oreillarde qui s'encadre dans les ronœs, r^arde, s'évanouit, sans qu'on puisse dire par où... Et la silhouette falote des renards sur la neige I... Je m'exalte en pensant à tout cela!

HÉLÈNE, sflsife à l'écart et cherchant à ramener rattention mr eUe.

Décidément oui, vous préférez les forêts à la mer.

ROBERT

J'aime les deux, mais pas avec le même cœur. En moi,

l'aristocrate adore ces futaies aussi anciennes que ikmu,

>- dont les rameaux protègent tout un peuple d'arbuatea. Ne

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