ACTE TROISIÈME
sommes-Douâ pas firères des chênes et des hêtres géants? Impossible de me promener. parmi eux sans partager leur arrogance: Je plane sur les basses tiges» je preiKîg'Twur moi tôulé la lumière, et sème dédaigneusement des faines et des glands pour les affamés de la lande. Ici, devant la mër, un autre homme s'éveille. Des vagues , toujours pareilles, viennent en troupeaux s'ébattre sur la plage, toutes égale* ment parées d'un rayon de soleil, toutes également petites par le calme, toutes également hautes par la tempête. Je me dis alors qu'il y a là une image de l'humanité très^ différente de celle que donnent les bois. L'uniformité de ces flots qui portent indistinctement le fardeau des navires, et parmi lesquels les mouettes n'ont pas de choix à faire pour se poser, tout cela trouble un peu mes iuhtincts forestiers. Je me demande si les hommes ne pourraient pas cheminer pai'allèlement comme les vagues qui, sans se heurter, courent toutes ensemble jusqu'à la grève. Mais aussitôt, il me vient une crainte : je doute que l'humanité, si l'on en réalise le nivellement parfait, continue à monter vers ses mystérieuses destinées comme la légion des vagues qui se soulève en bloc sous l'attraction d'en haut. Mes préférences hésitent au souvenir des arbres monstrueux qui sont des merveilles à condition d'étouffer ce qui grandit aux environs; et il faut me plaindre, écartelé que je suis entre le forestier et le marin, l'homme des ftitaies . (gt , l'homme des vagues. '^
CLAIRE
Robert, que voilà bien le ft*ère et la sœur ! Depuis leur naissance ensevelis dans un vieux château, consumés du désespoir de' ne rien être, ils supplient la forêt, le vent, le nuage, de leur chanter la vie. Moi qui ai peu lu et entends dire sans cesse que tout est mal à notre époque, c'est la vie ^ du passé que les choses me peignent. Toi, tu les interrogea sur l'avenir..: Lequel a raison?
]IOBERT« tout le temps tourné Tcn Clalft*
Moi ! bien que parler d'avenir et mourir demain, cela s'accorde mal. Mais j'ai un fils, et sur le point de revivre en lui, je cherche avec angoisse quelle destinée l'attend. Pauvre petit, peut-être lui ai-je fait un triste cadeau en l'accueillant parmi nous. Aura-t-il seulement ce qui m'a manqué : un coin pour respirer à l'aise? Non, pas même à Chartemelle, je n'ai jamais eu cela! Je vous aime tous beaucoup, et fatalement nos conversations dégénèrent en disputes, (souriant.) Pour VOUS tenir tête je deviens socialiste contre papa, esprit fort contre maman, républicain contre toi, et cela unit par un concert de malédictions. A Paris, lorsque j'y suis allé compléter mes études, je n'étais pas mieux à ma place. La plupart de mes camarades pensaient à l'opposé de vous. Moi, votre contradicteur, j'aurais dû m'entendre avec eux. Eh bien noûT.'. Avec eux^ je devenais plus autoritaire q«ie papa, plus religieux que maman, plus royaliste que toi. La vérité, c'est qu'j l y a des déclassfa d'eq ha ut comme il y a des déclassj^ 4'.ea JiaSj, Je.&ui^;.un déclasséî^ Mon siècle me^ prend par le cerveau,* le passé-^faeSe^mon cœurî... En quelque endroit que j'aille, c'est l'exil pour une moitié de moi-même. U faut sauver mon ûls de ce supplice!...
GLÂIRB.
Ah certes!... Il n'en sera pas réduit comme toi, pauvre Robert, à n'oser être soi qu'au milieu de ses livres, de peur que les vivants ne voient en lui un renégat. Qu'il marche avec son siècle, je surmonterai mes dégoûts jusqu'à être moderne pour ne pas le quitter. Mais tu permets, n'est-ce pas, que je préserve dans mon âme l'orgueil de son nom? Je lui expliquerai tes idées sur la noblesse qui restera pour le pays une pépinière de généreux cœurs.
■'lu-