ACTE PREMIER
THÉODORE
Pas d'enfantillage... donne-moi une raison... j'attends !
FRANÇOISE
Ma résolution n'est pas soudaine... Il y a longtemps que je la médite.
THÉODORE, incrédule.
Sans me rien dire ?
FRANÇOISE
Je reculais devant un aveu pénible à vous faire, vous, mon seul ami! Ici, je m'ennuie... J'espérais m'accoutumer à la solitude... j'essayais de me distraire en travaillant... Vos leçons d'histoire naturelle et de physique m'ontétéd'un grand secours... Mais il est trop triste de renoncer aux camarades de son âge, quand on est habituée à la vie de pensionnaire. Toute petite, on m'a mise au couvent... Je voudrais y retourner.. . Mon existence est là-bas I
Me prends-tu pour un imbécile... pas un mot de vrai dans tout ce papotage... Tu ne t'ennuies pas ici... Les leçons, la lecture, les promenades, tout t'amuse, car tues des plus faciles à distraire... D'ailleurs ici, nous n'y sommes que trois mois sur douze. Le reste du temps se passe à Paris ou aux eaux. Soutiendras -tu qu'à Paris tu regrettes le couvent où tu ne fais pas une visite par mois, tandis qu'il n'y a pas besoin de t'emmener de force au bal? Tu ne peux plus vivre sans camarades? Allofis
donc! Avec une nature concentrée comme la tienne, on se console à merveille d'être privée de quelques petites pécores.
FRANÇOISE
En effet, mon oncle, ce n'est pas le besoin de camarades qui m'entraîne au couvent... j'hésitais à vous révéler un motif plus grave... je me crois appelée à la vie religieuse,., c'est un examen définitif de ma vocation que je vais tenter!
THÉODORE
Ta vocation I Ah ! ma chérie, nous allons l'examiner ensemble.
FRANÇOISE
Non, mon oncle, c'est une affaire entre Dieu et moi !
THÉODORE
Dieu me pardonne si je me mêle de vos affaires... Devenir nonne, toi ! Mais tu es à peine pieuse I... Le sanctuaire ferait une singulière recrue d'une pareille dévote I D'abord est-ce qu'une vocation religieuse éclate comme un coup de pistolet ?
La mienne est moins subite.
THÉODORE
Pourquoi hier matin, formais-tu le projet de suivre mon cours du muséum, l'hiver prochain ? Dismoi la vérité, mon enfant, qu'est-ce qui t'a bouleversée en si peu de temps ?