‹ La figurante: comédie en trois actesChapitre 43 sur 198 · ACTE DEUXIEME lo · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME lo

ne boudez pas ! (Avec empressement.) Que voulait-

elle?

FRANÇOISE

Ahl par exemple!... Après avoir changé une nuit en affreux cauchemar, il me prévient par un billet hargneux qu'il déjeune dehors : c'est moi qui boude I

HENRI

Encore une fois, j'avoue ma faute... Si j'ai déjeuné, non pas chez des amis, comme je m'en vantais, mais tristement, seul au restaurant ; c'est que j'avais honte, après mon tapage nocturne, de me retrouver à table en face de vous.

FRANÇOISE

Gela s'appelle bouder.

HENRI

Eh bien I je ne boude plus... Répondez: Que voulait-elle ?

FRANÇOISE

Ahl ah!... mon ami, cette visite est tout un poème!... Devinez !...

Non ! Pas de petits jeux !... Que voulait-elle ?

FRANÇOISE

Guillerand capitule... On vous offre le ministère des affaires étrangères.

HENRI

Ça y est! Eh bien, si Gaillerand m'écoute, nous allons culbuter Doguet. Il nous faut à la Chambre un autre président. On ne se figure pas l'influence du président sur les votes, et Doguet n'est pas de mon bord. Guillerand ne demandera pas mieux, car je lui proposerai son beau-frère Sauvai. Moi seul ai empêché Sauvai d'être nommé la dernière fois. Avec lui pour mener la Chambre le Ministère est solide. Quelle aventure 1... Ministre des affaires étrangères!... Quand la France aura son mot à dire dans une question, en somme, c'est moi qui le dirai, ce mot. La personnification du pays, pour les badauds, ce n'est, assurément pas un simple ministre; mais allez donc demander à Crispi ce qu'il en pense!... Françoise, il s'agit à présent de faire bonne figure... Nous allons recevoir, recevoir beaucoup... Notre salon doit devenir un centre international de premier ordre. Heureusement, vous parlez l'allemand et l'anglais... Moi, je baragouinais un peu d'anglais, au sortir du collège, mais c'est si loin!... Donc, un salon où tout ce qu'il y a de huppé dans le monde entier s'entassera... Avec vous, je puis m'attendre à quelque chose de soigné. Vous mettrez la maison du quai d'Orsay sur un

pied... (du bout des doigts il envoie un baiser au plafond.)

C'est qu'en peu de temps vous avez fait vos preuves. Impossible de s'y prendre plus habilement pour rendre aux députés mon intérieur agréable. Autrefois, ils le traversaient comme une auberge, buvaient mes vins, fumaient mes cigares et vo-

Page 1