‹ La figurante: comédie en trois actesChapitre 44 sur 198 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

taientpourGuillerand. Votre présence atout changé. Quiconque entre ici, s'en va lié par une promesse et une promesse qu'il tient dans plus de la moitié des cas.

FRANÇOISE

N'exaltez pas trop mes pauvres mérites!... J'admets sans ftiusse modestie, que vos collègues trouvent une réception plus... enveloppante... Ils vous apprécient mieux, vous soutiennent, vous portent. Vous commandez une petite armée dont je suis l'intendant, voilà tout.

HENRI

Sans compter le reste!... Si vous ne m'aviez pas montré que je tirais les marrons du feu, avec mes discours qui sauvaient des ministères où il n'était pas question de me faire entrer, est-ce que j'aurais eu l'idée de me fâcher?... Est-ce que Guillerand capitulerait?... Vous m'avez prêté un appui moral. Mieux que cela, même, puisque vous venez de négocier le triomphe définitif... Le véritable vainqueur, c'est vous!...

FRANÇOISE

Nous deux, Henri... (insistant.) Le ménage !...

HENRI

Non, non. Tant que j'ai été seul, mes plans ont échoué... Le vainqueur, c'est vous!...

FRANÇOISE

î]h bien, alors, ne soyez pas ingrat!... Ne me peinez plus comme vous l'avez fait hier. Epargnezmoi un supplice sur lequel je n'avais pas compté.

Celui de vous rappeler les conditions de ma présence ici. Elles^ne m'infligent aucun déshonneur. Que je ne reste pas exposée à l'insulte, dans cette maison où je suis entrée comme une fidèle amie.

HENRI

Insulte ! . . . Parce qu'elle m'ensorcèle ! . . . Parce que je ne puis pas dormir lorsque je l'entends frôler la muraille à deux pas!... Un supplice sur lequel vous n'aviez pas compté? Et moi, croyez-vous que je m'attendais à souffrir comme je souffre?... Si je me suis figuré que nous pourrions vivre comme deux employés de bureau à paperasser éternellement côte à côte, je me suis trompé I... Cette placidité n*est pas dans ma nature.

FRANÇOISE, vivement.

Ni dans la mienne!... (se reprenant.) Mais moi, je mets toute mon énergie à vous servir I... Je me suis donné un but et le poursuis avec passion. (Tendant la main à Henri.) Allons, Henri, faisons la paix!... Je vous pardonne de m'avoir humiliée; parce qu'il est impossible que vous soyez bon juge de mes sentiments. Sachez que je suis très fière, bien que j'aie consenti à une situation en apparence peu glorieuse.

HENRI, froidement.

Alors VOUS me repoussez?...

FRANÇOISE

Henri !

HENPil, insistant.

Vous ne serez jamais à moi ?

FRANÇOISE

Tant que vous ne m'aurez pas fait un serment, jamais !

HENRI

Quel serment ?

FRANÇOISE

Cherchez.

HENRI, la regarde Axement.

J'ai trouvé.

FRANÇOISE

Dites.

HENRI

Je VOUS donne ma parole d'honneur que je vous veux, que de gré ou de force je vous aurai.

Il s*élance et la prend dans ses bras.

FRANÇOISE, se débat pendant qu'il chercbe à

l'embrasser.

Henri !... C'est indigne!... C'est lâche I...

HENRI, luttant pour l'embrasser.

Si I... Laissez-moi... Une fois!... La première!..,

FRANÇOISE, fermant les yeux, lui tendant le front.

Rien qu'une !... En frère!... (a se met à l'embrasser avec furie.) Non !... asscz !... Si vous croyez que... j'y trouve le moindre plaisir!...

Elle prononce les derniers mots d'une voix blanche et no se débat plus.

HENRI, desdeux mains lui prend la tôte et l'attire contre la sienne, les yeux dans les yeux.

Voyons ces youx... ouvre-les... qu'on voie s'ils sont colères!... Tiens... tiens... mais c'est qu'ils sont très attendris !... Plus du tout tes yeux de jeune fille que ton oncle prenait tout à Theure la peine de me décrire... (Françoise cacbe sa ligure contre

son épaule.) Ilein, mon serment!... L'ai-je tenu ?... Chère petite femme, tu es à moi, maintenant !...

FRANÇOISE, se dégage prestement et s*échappe

avec un éclat de rire.

Pas encore!... («enri s*élance à sa poursuite, elle tourne rapidement autour d*une petite table, saute sur le balcon, et parlemente, la tête passée entre les battants de

la porte-fenêtre.) Maintenant, si vous m*attaquez, les voisins crieront et les gardiens de la paix monteront.

HENRI, pousse un fauteuil devant elle et s'asseoit.

Je mets le siège devant la place. Elle se rendra par la famine.

FRANÇOISE, la tête toujours passée entre les battants

dont elle se couvre.

Henri !.. Grand enfant !.. (Elle tourne un instant

la tôte vers la rue et la remet vite entre ses deux boucliers avec une terreur comique.) Henri, le monsieur

d'en face est à sa fenêtre... Il nous regarde... Il rit... C'est grotesque!

HENRI, avec flegme.

D'autant plus que ta jupe est déchirée, et que

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