ACTE PREMIER
HÉLÈNE
Il3nri, je prends mon courage à deux mains... Ce sont mes tourments, mes remords, qui ont dicté cette lettre.
HENRI
Hélène ! Oh I Hélène, depuis cinq ans que cela dure, nous devrions au moins être dél)arrassés de vos remords.
Il K L È N E .
Mes remords ne sont pas ce que vous croyez... je me reproche d'être pour votre carrière politique un obstacle. Vous attribuez, je le sais, vos déceptions récentes à l'absence d'un intérieur qui faciliterait vos relations et augmenterait vos chances de réussite.
HENnr.
Je devrais être ministre^ oui, c'est vrai... on m'a manqué de parole... Mais que vous soyez jusqu'à un certain point responsable de mon échec, jamais je n'ai prétendu cela.
HÉLÈNE
Rappelez-vous notre dernière conversation h propos du ministre de l'intérieur.
HENRI
Que vient faire Guillerand au milieu de cette élégie ?
HÉLÈNE
Votre excellente mémoire ne vous trahit jamais
devant la Chambre; pourquoi se dérobe-t-elle sur un sujet qui vous touche infiniment plus que les inconséquences du budget.
HENRI
En bloc, je me rappelle que nous avons beaucoup médit de Guillerand. C'est mon grand rival ; le jour où il ne sera plus ministre je le remplacerai avec avantage, espérons-le ! Nous avons souhaité sa perte. Est-ce le crime dont vous avez des remords ?
HÉLÈNE
Vous m'expliquiez avec beaucoup d'amertume, en quoi votre rival est mieux partagé. lia une femme très habile. Si madame Guillerand n'existait pas, vous auriez depuis longtemps culbuté son mari.
HENRI
Seul contre deux !
HÉLÈNE, d'un ton de reproche.
Seul !...
HENRI
Officiellement! (L'embrassant.) Lorsque le ministre est d'humeur tendre, il n'est pas plus fortuné que moi, tant s'en faut !... Mais dans la mêlée politique, je ne puis pas vous opposer à madame Guillerand.
HÉLÈNE
Je me rends bien compte de ce qui manque à votre existence!... Guillerand a une femme incomparable pour convertir les mauvaises têtes, ramener les indécis, et glisser dans la conversation une menace