ACTE DEUXIEME
quart d'heure, mon mari est ministre des affaires étrangères.
HENRI, à Hélène.
Vous voyez qu'il est parfois bon de s'insurger !
Et qu'une maxime n'a pas besoin de sortir d'une bouche trop experte pour avoir son prix.
HENRI, obligeamment.
J'ai fait du chemin depuis trois mois, et votre conseil de modération, qui eût été parfait lorsque j'avais ma situation à établir, n'est plus de saison.
FRANÇOISE, ironique.
Vous retardez, ma tante...
HÉLÈNE
Parfaitement, je retarde I J'en suis encore au temps où tu recevais mes avis avec docilité. Il ne faut pas remonter bien haut pour cela. Quelques mois suffisent. Tu ne te serais pas permis alors de me parler sur ce ton. Tu étais une personne de peu d'importance, une créature idéalement neutre) qui acceptait ici l'emploi de mannequin !
HENRI
Hélène !
FRANÇOISE, l'arrêtant du geste.
Ce n'est pas exact. J'ai accepté d'être le meilleur ami, le conseiller le plus loyal d'Henri. Est-ce là ce que vo\is appelez un mannequin ?... Ma bonne tante, puisque dès la première occasion, vous me contes-
tez un droit, sans lequel mon existence serait, en effet, d'une neutralité par trop humiliante, sachez que je suis une petite personne très ferme qui ne se laissera pas supprimer. Vous êtes chez moi. Lorsque j'y donnerai mon avis, vous l'écoute rez sans sourire de ma grande jeunesse. Puisse votre échec de tout à l'heure vous inspirer quelque méfiance de vos propres lumières, avec un peu d'estime pour les miennes.
HÉLÈNE, prenant le bras d'Henri.
Henri... venez!... Vous m'avez promis cette soirée, je la réclame.
HENRI, cherchant à se dégager.
Hélène, vous êtes folle I
HÉLÈNE
J'ai mis cette fille auprès de vous, pour que votre ambition ne fût pas contre moi, et c'est par l'ambition, qu'elle vous tient!... Non, elle ne vous tient pas encore ! Je ne m'avoue pas vaincue I
FRANÇOISE, tremblante de fureur.
Est-ce vrai, Henri?... Vous lui avez promis cette soirée?... N'en aviez-vous pas disposé?
HENRI
Françoise, montez dans votre chambre, je vais vous parler!... Ne l'écoutez pas, elle ne se possède plus, elle souffre !
FRANÇOISE
Oui, ou non, la lui avez-vous promise ?