ACTE TROISIÈME
HÉLÈNE
C'est suivant. Répondez d'abord à ceci : Retournerez-vous auprès d'Henri?
FRANÇOISE
Me le demandera-t-il?
HÉLÈNE
C'est son intention.
FRANÇOISE
Oui, je retournerai auprès d'Henri. Quelles concessions me ferez- vous ?
HÉLÈNE
A l'avenir, on respectera votre foyer. Vous y serez souveraine absolue. Je n'y viendrai qu'en étrangère, toujours accompagnée de mon mari. Je promettrais même de ne jamais paraître chez vous si nos relations de parenté et les apparences qu'il faut sauvegarder ne rendaient la chose impraticable. Mais tout ce qu'à mon avis vous pouvez souhaiter, je l'abandonne.
FRANÇOISE
En échange de si beaux avantages, quelles sont mes obligations?
HÉLÈNE
Vous n'en avez aucune... agissez comme bon vous semblera... Je suis sûre d'Henri.
FRANÇOISE
Excusez ma curiosité, mais si au lieu de répondre
« oui » à la question : Retournerez- vous auprès d'Henri, j'avais répondu : « non », quelle combinaison teniez-vous en réserve?
HÉLÈNE
Je ne vous cacherai pas, Françoise, que si vous préfériez ne pas reprendre une existence à laquelle j'ai été coupable de vous condamner, je le sens maintenant, je tiendrais à honneur de réparer autant que possible les conséquences de ma folie. Vous avez fait un mariage de raison, je mettrais largement à votre disposition ce que Ton demande aux placements de ce genre. Votre oncle me laisse toute liberté relativement à ma fortune. Mes arrangements seraient vite faits. Optez entre les deux solutions.
FRANÇOISE
, Vous me faites pitié !
HÉLÈNE, parvenant à rester impassible.
Pourquoi, Françoise?
FRANÇOISE
Vous êtes profondément malheureuse I
HÉLÈNE, ironique.
Je vous félicite d'être mieux partagée.
FRANÇOISE
Certes, je ne changerais pas mon sort contre le vôtre I Ahl Dieu, non, je ne l'envie pas! Me parler sur ce ton d'indolence avec de la rage plein le cœur... J'admirais votre héroïsme.