ACTE TROISIÈME
HENRI
Rien ne vous froissera plus...
Je rentre sans conditions... Depuis cette pénible scène, j'ai réfléchi... les torts sont de mon côté... Sous une forme bien humiliante, on me l'a fait sentir. Je méritais la leçon, je l'accepte... Vous vous rappelez, Henri, que le jour où mon mariage a été décidé, nous avons établi que je ne serais pas uniquement la moitié décorative d'un couple officiel, j'aspirais à une destinée plus noble : partager les ambitions de mon mari, et tendre avec lui, comme un loyal associé, vers le but qu'il m'indiquerait. Rien de tout cela ne m'est refusé... Vous me rendiez ce matin môme la justice que votre entrée au ministère est beaucoup mon ouvrage. Nous sommes donc tous à notre place, et si j'ai à me plaindre, ce n'est ni de vous, ni d'elle, c'est de moil... Je n'ai pas su vous parler avec assez d'énergie lorsque vous manquiez un peu de raison... Mais je connais à présent le danger et trouverai moyen de l'éviter. Que votre délicatesse, si mon bonheur vous préoccupe, ne s'alarme pas... Chez vous, je ne serai jamais complètement malheureuse, parce qu'il y a dans mon âme des sentiments qui vous échappent et qui me remplissent de vaillance... N'appréhendez pas non plus de vivre en compagnie d'une créature plaintive... Vous retrouverez l'amie calme et souriante que j'ai été jusqu'ici... Ma tranquillité viendra d'une conscience nette, résolue que je suis à faire mon devoir en vous servant de tout mon cœur.
HENRI
Je ne sais comment exprimer... Eh I pardi t si, je le sais... je vous aime... je vous aime de toutes mes forces!... C'est en cela que les traités ne sont pas observés... Vous avez cru que je vous sacrifiais... mais non, mille fois non !... Avec elle, je fais mon possible pour me conduire en homme d'honneur... je lui ai d'énormes obligations... Non, plus j'y réfléchis, moins je trouve moyen de lui dire : je ne vous aime plus !... Ehl si elle voulait comprendre, c'est dit!... Ne m'ofîrait-elle pas tout à l'heure de fuir avec elle 1... Fuir!... Aller nous établir au bord d'un lac d'Italie comme un rapin et son modèle!,.. Vous abandonner!... Oh! par exemple, non!... Ce n'est, bien entendu, pas la raison que je lui ai donnée... j'ai parlé de carrière brisée... Au moment où le pays m'offre la direction des affaires, il serait absolument criminel de m'ensevelir sous un scandale... C'est vrai, cela, dans ma situation le sentiment des responsabilités doit dominer les autres... J'ai eu beaucoup de mal à le lui faire admettre, mais il a bien fallu... Et j'ai profité de ce que je parlais haut •et ferme pour la prier de respecter mon ménage... Elle a juré d'éviter tout conflit... Soyez tranquille, après quelques mois de ce régime, elle sera la première à lâcher prise... On coupe mieux une chaîne avec une lime qu'avec une hache.
FRANÇOISE, s'incliuant.
Je suis encore trop jeune pour apprécier...
HENRI
Si vous voyez une meilleure solution?