‹ La figurante: comédie en trois actesChapitre 78 sur 198 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ANNA, se lève.

En effet, Hubert avait imaginé de me faire passer pour folle... En je juittant, je suis aLléfi-m'enterrer vive -à la campagne, en Honjgriei^ le temps d'être parfaitement oubnéêT J al pu ensuite m'établir ici. Ma famille, qui est très bien posée à la cour, m*a aidée à faire peau neuve. Je me suis arrangé une existence tranquille, indépendante, mieux que je ne mérite... Ainsi, ma rupture n'a causé aucun Scan laie?

HECTOR

Pas l'ombre, puisque moi-même je ne me suis douté de rien. C'est seulement au bout de deux ans, qu'Hubert m'a raconté l'histoire de votre fuite avec un inconnu.

Vous avez été indigné?

HECTOR

J'ai éprouvé... tant pis si je suis ridicule !... quelque chose comme une amère déception, mêlée de...

ANNA

De ressentiment?...

HECTOR

Ma foi, oui.. Je vous étais si attaché, depuis si longtemps...

ANNA

Tromper mon mari avec vous n'aurait presque pas été une faute. Averti que je m'étais adressée ailleurs, vous avez trouvé la plaisanterie déplacée.

HECTOR

Il n'y a pas de quoi rire... J'ai ressenti un découragement si profond que jamais je n'ai pensé à me créer un intérieur.

ANNA

Je suis plus tentée de vous demander pardon que de rire, (un silence.) Puisque mou mari vous confie ses malheurs, je vois que vous n'avez pas ralenti vos relations après mon départ.

HECTOR

J'ai suivi un instinct qui me ramenait continuellement là où j'étais habitué à vous voir. Votre ombre m'y recevait. Vos petites filles l'évoquaient en appelant leur maman... Votre mari, après m'a voir dit qu'on vous avait conduite en Autriche pour y être enfermée, ne parlait jamais de vous; mais il y pensait, cela se voyait à un nuage qui passait dans son regard. Guetter ce nuage, c'était encore une manière de m'occuper de vous. Dans ma détresse, j'y trouvais une douceur.

ANNA, touchée*

C'est triste, mon cher ami.

HECTOR

Peu à peu, vos fillettes ont moins réclamé leur maman, les regards se sont éclaircis; votre ombre, plus rarement évoquée, s'est doucement effacée. Mais j'ai continué à hanter la maison. Quoique délaissée par vous, elle ne me semblait pas déserte... Je m'étais tout bêtement attaché à Hubert et aux enfants.

ANNA sourit.

C'est donc une espèce de transfuge que j'ai devant moi.

HECTOR

Non, mais un sincère allié des deux partis, brûlant de eur être utile à l'un et à l'autre.

ANNA

Il est malaisé de m'étre utile, car je ne souhaite rien...

Si, pourtant I Je réclame une description de mes filles... L*aînée a\ait quatre ans quand je lui ai dit adieu,

HECTOR, triomphant.

J'ai mieux â offrir qu'une description ; voici leurs portraits...

n tire deux photographies de son portefeuille. Anna s'en empare vivement et va les

regarder au jour près de la fenêtre.

ANNA

Elles sont jolies... et puis quelque chose de dégagé... De vraies petites Françaises. Voyons, je ne me trompe pas, celle-ci est bien Thérèse?

HECTOR, regardant.

Parfaitement, Thérèse, l'aînée... Vingt ans, de l'esprit /f/ comme un démon et crâne, allez!... -^ y^^^^

ANNA, continue l'examen des portraits.

Alice a l'air d'être très blonde.

HECTOR

Comme les blés... Nature excessivement fine.

ANNA

Des yeux si doux!... N'est-ce pas?

HECTOR

Un regard de gazelle. La photographie en donne â peine idée.

ANNA, montrant \es photographies.

C'est pour moi, j'espère?

Oui, oui, certainement.

ANNA, les examine encore*

Vous me faites un gros plaisir.

HECTOR

Attendez-vous a mieux.

ANNA, le regarde flxe'nent.

Que voulez-vous dire?

HECTOR

J'apporte un message de paix. Il ne tient qu'à vous d'em«» brasser vos filles.

ANNA, froidement*

Pas possible.

HECTOR, jiyeux.

Si, Hubert m'envoie vous Toffrir.

ANNA, ironique.

Pourquoi cette générosité subite?

HECTOR

Quelle espèce de vilaine méfiance avez-vous quand il n'y a qu'à être folle de joie?... Le temps ferme les blessures. Hubert n'a plus au fond du cœur assez de rancune pour éterniser votre brouille. Il pense que c'est une bonne œuvre de vous appeler près de vos filles. Allez les voir tant qu'il vous plaira, môme chez lui... Soyez leur mère... Mon Dieu, je parle pourtant avec clarté, comment restez-vous glaciale devant cette bonne nouvelle?

ANNA

Parce qu'elle ne m'apporte qu'une impression douloureuse. Quand il faudrait être folle de joie, comme vous dites, je

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