THÉRÈSE, ALICE
Les deux Jeunes filles reviennent du parc. En entrant elles accrochent lenra chapeaux de paille et déposent leurs ombrelles. Robes très simples de couleur claire.
THÉRÈSE se laisse tomber sur un siège.
A présent, nous n'avons qu'à nous tourner les pouces jusqu'au dîner.
ALICE
Ah! ce n'est pas folichon ici!... L'an passé nous avions du moins le petit Persac. Il était drôle. Mais cette année, malgré d'aimables instances, il nous tient rigueur. C'eut joliment ta faute!
THÉRÈSE, d'un ton doUché
Bah! bah I
Si, ma bonne I... Pleure, s*il te reste des larmes, pleure une certaine nuit où nous Favons emmené dans le parc. Y ' "^ Nous étions à la lisière du bois quand une chouette s*est
y I mise à crier. Tu pouvais à merveille te passer de te cram-
ponner à lui avec les marques de la plus vive terreur, car nous entendons des hiboux tous les soirs sans y prendre garde... Mais tu as trouvé intéressant de te bloltir contre lui... Depuis quelques jours ça marchait ferme entre vous deux. Tu n'avais qu'à Tattendre. Il a gagné un fameux refroidissement ce soir-là!
THÉRÈSE
Je e conseille de parler moins haut... Il y a deux ans nous avions ici Texcellent Van Nervinde... Ce Hollandais n'est pas joli, joli... son esprit n'est pas un feu d'artifice, mais son cœur flambait pour toi, et comme il a des plantations grandes comme un département, je ne te trouvais pas à plaindre... Tu n'avais qu'à laisser son cœur exposé traîtreusement aux rayons de tes yeux... Te rappelles- tu cette promenade où Van Nervinde cheminait entre nous dans les prairies du grand étang?.,. Tout à coup, tu juges à propos de te tourner le pied, histoire de peser pendant une heure sur le bras de ton Hollandais... Ce que tu étais lourde!... Il suait à grosses gouttes et en a contracté une fière grippe cousine du reft'oidissement de Persac.
ALICE
Nous n'avons évidemment pas de chance... Est-ce que des personnes agréables et qui lont des frais tant qu'on veut, devraient rester ainsi sur le carreau?
Acrs Deuxième. ai
THERESE
Juiqu'à Hector qui s'est envolé et ne revient pas!
ALICEi
Peut-être est-il allé prendre femme?
THÉRÈSE
Oh! cela ne le tourmente guère... Il en est à s'apercevoir que nous sommes des jeunes personnes très à point... C'est l'être le plus distrait que je connaisse.
ALICE
En tout cas, il fait un voyage myslérieux... Papa sait où. Quand on en parle, il prend un air innocent.
THÉRÈSE
Dis donc, est-ce assez sciant que papa veuille nous accompftgner le mois prochain à Dieppe !
ALICE
Sous tous les rapports il ferait mieux de rester ici.
THÉRÈSE
Toujours sur nos talons!... Cela serait très bien si nous allions seules ; mais comme Marguerite nous accompagne chaque été aux bains de mer ou aux eaux, papa devrait bien garder la maison.
ALICE. N
Sans contredit... Ce n'est pas qu'il nous surveille beau-\ coup, ce pauvre père... -^
THÉRÈSE, regardant au travers du vitrage.
Tiens, vois-le là-bas qui pèche à la ligne sous ce bouquet d'aulnes, au tournant de la rivière... Sûrement il n'a pas la mine d'un tyran.
32 riNVITÉB.
ALICE
f C'est égal... sa présence nous fait du tort... On trouYe la j caravane trop complète.
THÉRÈSE
Réellement, Marguerite devrait loger dans un autre hôtel.
ALICE
Dans le même hôtel, passe encore, mais porte à porte!... Se ûgurent-ils que le public est aveugle?
THÉRÈSE
Si papa rétait seulement!... il ne garderait pas Marguerite à vue. Tu ne t'es pas aperçue qu'il est un peu jaloux, le cher homme?
ALICE
Chut! Quand Noé était ivre, ses enfants faisaient un péché en ne le croyant pas à jeun... L'Écriture le dit...
. 1 \ Je dis, moi, que nous sommes sufiisamment malheureuses n7 i id'avoir contre nous la folie de maman, sans être encore \ Icompromises par le sans-géne de papa.
^ On voit Marguerite arriTer du parc
ALICE
Tais-toi, voici Marguerite.
THÉRÈSE
Je la croyais établie pour toute la journée au bord de la rivière.