DANS LE PORT
Côtes grises et mâts et lenteurs de fumées,
Avec un peu de bleu qui traîne sur la mer.
Beau désordre marin de ces choses aimées Laissant dans notre esprit un rêve obscur et clair.
On va. Le jour qui meurt dans la brume s’abrège. C’est un hâtif couchant d’automme sur le port,
Où, fantôme hantant les bateaux de Norvège, L’âme d’Ibsen débarque avec les bois du Nord...
VIITASTION
Ton cimetière avec ses quelques croix debout M’attendait. Avec moi, quand j’ai poussé la porte, Le premier soir d’Octobreest entré d’un seulcoup Assombrir ce coin d’herbe et d’humanité morte.
— Grand’mère, je m’avance; écoute-moi marcher. Pour la première fois ta tomqe solitaire M’accueille, et je voudrais doucement me pencher Comme pour écouter ton cœur battre sous terre.
Je t’apporte autre chose et mieux que du chagrin. Je t’apporte le soir, l’automne commencée,
Les chemins que j’ai pris pour venir, l’air marin, Tout le pays qui pèse à ma tète baissée.
Mon jeune âge fleurit ta dernière maison.
Ces larmes, dont le sel inattendu t’arrose,
Me secouent sur ton tombeau neuf, comme la rose Fragile et pleine d’eau de l’arrière-saison.
Je touche avec terreur la tei’re qui t’étouffe.
Ton corps de mère est donc ici, vieux et puissant, A n’engendrer plus rien que ces herbes en touffe. Après avoir créé 1a race de ton sang...
Mais je l’atteste ici : je suis de ton lignage.
Ma bouche filiale, ô défunte, ô mon nom.
Ne pouvant s’enfoncer jusqu’où dort ton visage, Baise la croix debout sur toi, couchée en long.