SOUDANAIS
Notre ordre impérieux à l’insolite nègre L’a descendu soudain de son^vieil âne maigre.
Sa jupe de chacals vole, et son tambour peint Gronde, et son masque est fait d’une peau de lapin.
Les cent miroirs cousus à son bonnet sauvage Eclatent au soleil, au rythme de sa rage.
11 semble ainsi, du haut de ses contorsions.
Jeter autour de lui des constellations.
Tout 1e voyage au loin danse avec ce nègre ivre. Ai-je enfin vu de près ce qu’on lit dans les livres?
L’été... L’Afrique fauve est couleur de lion.
La chaleur a brûlé le cri frais du grillon.
Voici l’âpre plaisir de la ligne sévère.
Sur les plaines sans fin, le soir se désespère.
Un berger bédouin, brun de robe et de peau.
Ne se distingue point du sol et du troupeau.
Autour de son pas lent, pris par la nuit soudaine. Ses moutons ont tassé leurs pauvres dos de laine.
Et, comme reculés dans un commun effort. Devant le couchant rouge ils bêlent à la mort.