ODE AUX JUIFS
Je vous ai vus, les Juifs,, dans Thorreur du ghetto De vos pays originels, soleil et sable.
Vivre à l’écart votre existence misérable Sur quoi le monde a mis un éternel veto.
J’ai vu monter la garde ironique et cruelle De l’Arabe, mortel ennemi de l’Hébreu,
Dont l’orgueil bédouin maintenait en tutelle Votre caste maudite et destinée au feu.
Le long de vos taudis où la tête se cogne,
La vermine, la puanteur, l’obscurité
Grouillaient atrocement dans* l’immuable été
Du Sud, comme une immense et multiple charogne.
LA FKiLML 1)L 1*R0UK
Et VOUS célébj iez vos Pâques sans bonheur Par les chants étouffes de votre foule vile,
Et vos enfants riaient sous les roses et l’huile, Avec des yeux humiliés et pleins de peur.
Mais dans ces yeux de velours noir ou de pervenche Une sourde éloquence allumait le regard.
Et ces yeux nous disaient au passage : a Plus tard! (( Ne connaissez-vous pas déjà notre l'evanchc?
(( Vous savez bien, pourtant, où vivent nos aînés ! (( Votre race, au delà des mers, en est enceinte.
« Vous avez dans le sang Tineffaçable empreinte (( De leur bouche lippue et de leur puissant nez.
(( Regardez-les de près, nos yeux opiniâtres!
(( Oui, nous sommes hués, méprisés, avilis,
(( Mais nous posséderons vos trônes et vos lits,
(( Vos commerces, vos lupanars et vos théâtres*
« Nous serons accroupis au fond de tout- Bien mieux ! « Pour finir la vengeance effroyable et rusée,
« Nous, purs sangs fourvoyés dans votre foule usée,
« Nous vous enfanterons sournoisement des dieux;
LE DÉSERT
« C’est pour un Juif divin sorti de nos étables « Que vos orgues s’enrouent et que dansent vos fleurs. | « A nous les papes blancs, l’encens, les saintes tables,
(( Toutes les Notre-DamQ et tous les Sacré-Cœur !
(( Le Ghetto!... N’est-ce pas pour la petite Juive,
(( Pour cette Myriam de chez nous, cependant,
(( Que tant d’architecture inouïe et naïve « Se dresse sur Tamas des villes d’Occident?
(( C’est nous, votre au delà, vos terreurs, tous vos râles.
« Nous vous avons tordus du fond de notre Sud,
« Et nous chantons sur vos cités notre Talmud,
(( Et vous nous bâtirez encoi\des cathédrales.
(( Que les deux Orients et les deux Occidents
(( Nous gardent ! Nous saurons trouver notre royaume,
(( Et nous regarderons tourner dans notre paume (( Le monde. Et c’est pourquoi nous rions endedîyis. »
— Ainsi, dans le soleil et le sable, au passage, J’écoutais ce regard au langage muet Chargé de patience infinie et de rage.
Qui, d’entre les longs cils hypocrites, Huait.
LA nOUnE DR l’hOUR
Et je voyais, en vérité, tout le Possible
Qui guette dans vos yeux pleins de honte et de peur,
Et moi qui ne suis point, Israël, votre sœur.
Je vous ai salué tout bas, peuple terrible !