La fille d'Eschyle
Si toute personnalité littéraire ne devenait aujourd'hui puérile, et ne devait s'etTacer devant la grandeur des événements qui remuent le monde , j'aurais pu , cher poète , écrire avec quelques détails l'histoire do l'œuvre que voici, et l'adresser à l'ami excellent qui on a suivi tous les épisodes.
Quel singulier enchaînement de vicissitudes ! quelle bizarre
série de chances diverses , depuis l'heure où cette simple étude fut écrite , sur une plage tranquille et radieuse , dans le recueillement de ma thébaïde marseillaise, jusqu'à la soirée mémorable entre toutes , où la première représentation , si longtemps suspendue , fut ajournée une dernière fois , par un de ces immenses drames populaires devant lesquels s'évanouissent toutes les fictions de l'art !
Plus tard , — quand reviendra le jour des loisirs sereins, quand le poète et l'artiste, moins préoccupés des grands intérêts de tous , pourront de nouveau , sans méconnaître les devoirs du citoyen , accorder quelques heures aux souvenirs personnels , — je retracerai peut-être une chronique où les jeunes écrivams trouveront d'utiles enseignements.
Habent sua fata libelli, sera l'épigraphe, persévérance et courage, sera la conclusion de ce récit, auquel manquerait en ce moment l'opportunité de la date.
Parmi tant de souvenirs , il en est deux cependant que l'on me permettra de fixer ici , dès aujourd'hui, à cause du sentiment qui les consacre.
Le premier , remontant à 1846, est la prophétie de succès que vous osâtes, avant tous , prononcer sur La Fille d'Eschyle, alors qu'elle se méfiait encore des chances de la scène.
Le second est cette parole que votre illustre père me dit dans les coulisses, le soir du 9 mars, au moment où se levait
le rideau — « Posez la main sur mon cœur et sentez comme il )) bat. J'éprouve aujourdlmi |)oiir vous une émotion pareille :i » celle que je ressentis pour moi-même , le soir de la pre- » miére représentation A' Henri III. »
Ce sont là des souvenirs qui s'inscrivent dans le cœur , à la page où rien ne s'efface.
20 Mars 1848.
îBt6trtbution.
SOPHOCLE — à 25 ans , ESCHYLE — à 75 ans , MÉGANIRE , fille d'Eschyle , THÉOCLÈS , grand-prêtre , OROMÉDON , AGAMÈDE ,
HERMODORE, \ aréopagites HYPSÉNOR, EURYNOME ,
MM. Laferrière.
Randoux.
Mme Laurent.
MM. Darcourt.
Ballainde.
Baptiste.
Harville.