‹ La fille d'EschyleChapitre 17 sur 36 · I.e voici · texte numérisé non relu

I.e voici

Au ministre dos dieux Sophocle qui succède D'un jour inattendu pourrait invixpier l'aide , Et , d'un likhe complot vous désignant l'auteur. Se |M>ser à son tour terribli* accusiileur !. . . Mais la fierté d'un sang issu de noble rare Uépugne à cet emploi (pi'un délateur eud)rasse , Et Sophocle à tes pieds , ô tribunal puissant , Ne démentira pas cet orgueil de son sang. Il me suflit à moi , jaloux d'un autre rôle , D'olFrir à l'opprimé l'appui d'une parole. Je veux pouvoir me dire , aux fêles de demain , Qu'au malheur délaissé j'ai seul tendu la main. ( // monte à In tribune. }

Quels forfaits a commis le vieillard qu'on accuse?

Depuis un demi siècle , il a , cher à la Muse ,

Dévoué sa pensée , où le génie a lui ,

Au grand art de la scène ignoré jusqu'à lui.

Avant qu'Eschyle vînt lui créer un domaine ,

Quelle était parmi vous la jeune Melpomène?

C'était la courtisane aux gestes sans pudeur ,

Qui court , l'œil allumé d'une lascive ardeur ;

C'était du Cithéron la folâtre bacchante

Qui lance à tout venu l'insulte provocante ,

Et qui , d'un pied rougi dans le jus des raisins ,

Va bondir , à la nuit , sur les coteaux voisins.

Sur les pas de Thespis , arrivé d'Icarie ,

Elle allait et hurlait , cette impure furie ,

Séduisant de ses cris , qu'on prenait pour des chants ,

Un cortège boiteux de faunes trébuchants.

Alors le jeune Eschyle apparut dans la Grèce.

De la folle bacchante il fit une prêtresse ,

Lui rendit la pudeur , et sur ses membres nus

Jeta pieusement des voiles inconnus ;

Chastes voiles , empreints d'une majesté sainte ,

Effaçant en éclat le lys et l'hyacinthe ,

Et tels que, parmi nous , les prêtres d'Eleusis

Pour en orner Cérès les ont un jour choisis.

La Grèce , douze fois, couronna le poète.

Eh bien ! ensanglantez les palmes de sa tête ,

Livrez ce front sublime au glaive meurtier ;

Mais , le poète mort , où sera le guerrier ?. . .

Il le fut ! — pour servir la patrie insultée ,

Il a vu Marathon , Salamine et Platée.

Au «Jevanl du h.irtiaro en nos murs accourani ,

L*' |MM'U' a in.inhi' toujours au preniiiT rang.

Vous savez si je mens , ô vous tous dont l'Iiistoiro

Haltaclu'ra les noms a ces jours de vicloire-.

Vous qui , sur les rernjvirls , dans les champs , s»ur le» flol< ,

L'avez vu , conmie un but , s'oiïrir aux javelols.

Descendant <l*une race ou tant «l'orf^ueil respir»' .

11 avait près de lui son frère Cynégire ,

Son frère Amynias ; trois frères , qui , tous trois .

Aux honneurs du triomplte eurent de {kireils droits.

Ainsi , le même arrêt , à la face? d'Athènes ,

Va tomber aujourd'hui sur trois (grands capitaines 1

Ordonnez qu'on préjwre un immense linceul ,

Car la mort rrap|>era trois frères en un seul ! . . .

() peuple athénien , plus mobile (pie l'onde ,

Toi (pie l'in^'ialitude illustre dans le monde!

Livreras-tu toujours à l'exil , aux bourreaux ,

Tes plus grands citoyens, tes plus grands généraux !

A tes meilleurs enfants, citt^ toujours mar.^tro ,

Combien sont dis|).irusau fond de ton barathro ,

Insiitiablc abime , ou tes tardifs remords

Vont stiuvent, mais en vain, chercher d'illustres morts!

Tremble qu'il vienne un jour où la cam(vigne aride

Aux yeux de l'étranger ne montre (pie le vide ,

Et (pie , du Céramitpie aux bords de rilis>u.s ,

L«" sol , riche au-dessous , n'ait |)lus rien au-dessus.

— Four hiUer l'avenir (pie mon eIVroi révèle ,

Creusera-t-on demain une tombe nouvelle?

Aux mAnes infernaux demain jettera-t-on

L'intrépid(> soldat , héros de Marathon !

Non ; le génie heureux qui garde notre ville A la main des bourreaux arracherait Eschyle. Je le vois qui se lève , et je l'entends crier : Grâce pour le poète en faveur du guerrier !

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