I.e voici
Au ministre dos dieux Sophocle qui succède D'un jour inattendu pourrait invixpier l'aide , Et , d'un likhe complot vous désignant l'auteur. Se |M>ser à son tour terribli* accusiileur !. . . Mais la fierté d'un sang issu de noble rare Uépugne à cet emploi (pi'un délateur eud)rasse , Et Sophocle à tes pieds , ô tribunal puissant , Ne démentira pas cet orgueil de son sang. Il me suflit à moi , jaloux d'un autre rôle , D'olFrir à l'opprimé l'appui d'une parole. Je veux pouvoir me dire , aux fêles de demain , Qu'au malheur délaissé j'ai seul tendu la main. ( // monte à In tribune. }
Quels forfaits a commis le vieillard qu'on accuse?
Depuis un demi siècle , il a , cher à la Muse ,
Dévoué sa pensée , où le génie a lui ,
Au grand art de la scène ignoré jusqu'à lui.
Avant qu'Eschyle vînt lui créer un domaine ,
Quelle était parmi vous la jeune Melpomène?
C'était la courtisane aux gestes sans pudeur ,
Qui court , l'œil allumé d'une lascive ardeur ;
C'était du Cithéron la folâtre bacchante
Qui lance à tout venu l'insulte provocante ,
Et qui , d'un pied rougi dans le jus des raisins ,
Va bondir , à la nuit , sur les coteaux voisins.
Sur les pas de Thespis , arrivé d'Icarie ,
Elle allait et hurlait , cette impure furie ,
Séduisant de ses cris , qu'on prenait pour des chants ,
Un cortège boiteux de faunes trébuchants.
Alors le jeune Eschyle apparut dans la Grèce.
De la folle bacchante il fit une prêtresse ,
Lui rendit la pudeur , et sur ses membres nus
Jeta pieusement des voiles inconnus ;
Chastes voiles , empreints d'une majesté sainte ,
Effaçant en éclat le lys et l'hyacinthe ,
Et tels que, parmi nous , les prêtres d'Eleusis
Pour en orner Cérès les ont un jour choisis.
La Grèce , douze fois, couronna le poète.
Eh bien ! ensanglantez les palmes de sa tête ,
Livrez ce front sublime au glaive meurtier ;
Mais , le poète mort , où sera le guerrier ?. . .
Il le fut ! — pour servir la patrie insultée ,
Il a vu Marathon , Salamine et Platée.
Au «Jevanl du h.irtiaro en nos murs accourani ,
L*' |MM'U' a in.inhi' toujours au preniiiT rang.
Vous savez si je mens , ô vous tous dont l'Iiistoiro
Haltaclu'ra les noms a ces jours de vicloire-.
Vous qui , sur les rernjvirls , dans les champs , s»ur le» flol< ,
L'avez vu , conmie un but , s'oiïrir aux javelols.
Descendant <l*une race ou tant «l'orf^ueil respir»' .
11 avait près de lui son frère Cynégire ,
Son frère Amynias ; trois frères , qui , tous trois .
Aux honneurs du triomplte eurent de {kireils droits.
Ainsi , le même arrêt , à la face? d'Athènes ,
Va tomber aujourd'hui sur trois (grands capitaines 1
Ordonnez qu'on préjwre un immense linceul ,
Car la mort rrap|>era trois frères en un seul ! . . .
() peuple athénien , plus mobile (pie l'onde ,
Toi (pie l'in^'ialitude illustre dans le monde!
Livreras-tu toujours à l'exil , aux bourreaux ,
Tes plus grands citoyens, tes plus grands généraux !
A tes meilleurs enfants, citt^ toujours mar.^tro ,
Combien sont dis|).irusau fond de ton barathro ,
Insiitiablc abime , ou tes tardifs remords
Vont stiuvent, mais en vain, chercher d'illustres morts!
Tremble qu'il vienne un jour où la cam(vigne aride
Aux yeux de l'étranger ne montre (pie le vide ,
Et (pie , du Céramitpie aux bords de rilis>u.s ,
L«" sol , riche au-dessous , n'ait |)lus rien au-dessus.
— Four hiUer l'avenir (pie mon eIVroi révèle ,
Creusera-t-on demain une tombe nouvelle?
Aux mAnes infernaux demain jettera-t-on
L'intrépid(> soldat , héros de Marathon !
Non ; le génie heureux qui garde notre ville A la main des bourreaux arracherait Eschyle. Je le vois qui se lève , et je l'entends crier : Grâce pour le poète en faveur du guerrier !