‹ La fille d'EschyleChapitre 18 sur 36 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

Grâce pour le soldat ! grâce pour le poète !

SOPHOCLE aux juges.

Entendez-vous ces voix ? Athènes le répète , Le mot libérateur de ma bouche exhalé ! Je me tais. — Tout est dit quand le peuple a parlé. ( // descend de la tribune. La foule s empresse autour de lui. Eschyle vient l'embrasser. )

AGAMÈDE.

Le peuple a prononcé : qu'affranchi de sa chaîne ,

Le poète aille libre ! A la fête prochaine ,

Qu'il glorifie encor la scène de Bacchus ,

Où ses pâles rivaux furent toujours vaincus.

Car, noble Eschyle, apprends que le peuple en attente

Prépare pour Thésée une fête éclatante ,

Et , si tu veux demain consacrer ton pardon ,

De la palme des vers va conquérir le don.

Peuple , sortez , et vous , allez , hiérophante.

( Mouvement rjénéral de sortie interrompu par les paroles d'Eschyle. )

ESCHYLE

Oui , je rapporterai la palme triomphante. Mon génie , un moment , ne s'était qu'endormi ;

( A Sophocle. ) Mais il s'est réveillé ! — grâce à toi , jeune ami , Dont la noble parole , à mon secours venue ,

.\i.ih III. tiT

A bri.s** les complols «riine haine connu*». DtMivrô |>.'ir toi mmiI <1(> ve picgr inliiirn.iin , Var toi, je «tours viiiii(|ueur .lux fi'*tes di* (Jcmnin. Oui ! vainqueur ! serait-il dans toute rilelicnie Un génie assez grand pour vaincre mon génie ! Où donc est le rival qui pourrait follenx'nt De la lutte avec moi tenter l'événement ! Qu'W se montre ! et sur moi si ce lutteur l'emporte , De mes ambitions si la dernière avorte , Que ce même trépas, qui m'absout aujourd'hui , Retombe sur ma tête et la honte avec lui ! { Ij amtfHifje et le jfeiiple se retirent. )

TIIMKXJIS.

Mon courroux étouffé n'eût p;is mieux dit lui-même. Bien , vieillard ; sois l'auteur de ton propre anathcme. Piiiss«»-t-il irriter les dieux qui l'entendront , Kl bientôt , a mes yeux , retomber sur ton fronl.

I // sort. > r.sriiYi.K.

Va , va . que ta fureur sans contrainte s'épanche! Je ne veux premlre, moi , qu'une noble revanche.

( ,1 Si)p/K>cle. j Au triomphe prochain , je vous attends tous deux : Lui , ix)ur s'en irriter, toi , pour en être heureux î

(lliort. )

sct:\K V.

SOPHOCLE .«.1 .. .««.«

Ou'a-t-il dit? et quel mol , hélas! vicns-je d'entendre!

A la palme des vers , moi , j'ose aussi prétendre !

Faudra-t-il renoncer à ce rêve éternel ,

Et puis-je y renoncer sans être criminel !

— Cette nuit , dans un songe , éclairant l'ombre noire ,

Le dieu cher à Claros m'a révélé sa gloire.

Il m'a dit, d'une voix qui troublait mes esprits :

« Demain , cours au théâtre et dispute le prix.

» Honte et malheur à toi si tu m'étais rebelle ! »

A ces mots , dans ma nuit , cette image si belle

A fait place aux horreurs d'une autre vision.

Sous un ciel d'où tombait un livide rayon ,

J'ai vu passer au loin , comme une forme errante ,

Une vierge au front pur qui me semblait mourante.

Elle allait dans la nuit. Où donc? je ne le sais ;

Mais , cette jeune fille , oh ! je la connaissais ! . . .

Pour détourner les coups dont l'annonce me glace ,

Parmi les concurrents j'irai donc prendre place ;

J'irai ! docile au dieu qui fait bondir mon cœur ,

J'essairai d'obtenir le rameau du vainqueur.

L'obtenir ! l'obtenir ! o rêve de ma vie !

Recevoir, au milieu de la foule ravie,

Aux acclamations des fanfares d'airain ,

La couronne qui fait un homme souverain !

Mais que dis-je?. . . à mes vœux si la chance est facile ,

Si ma gloire demain fait la honte d'Eschyle ,

Si le père adoré d'une adorable enfant,

Par moi vaincu, maudit son rival triomphant ;

Il peut me refuser la main de Méganirel . . .

Toute espérance chère , il peut me l'interdire:

De ses chants surpassés vengeant le déshonneur ,

ACTK Ht r.îl

11 |N-'ul briMT (i un mot mon fr.iKiti' bonittiir !

Ah! s;iiis doiiti' , l.i ;;loiro .1 riiori/oii llotlaiilc

Est proiiiple à faMÙiirr uiu'.uiio haletante;

S«'Mhictri(-e iiiHiinrtcilc au iiiaKi(|iie |X)iivuir .

Puur tomber son esclave il suflit de la voir-,

Mais , si hrill.iril que soit l'attrait (|ui la ilfcore,

ijH femme «|ue l'on aime est bien plus bel'e encore!

Du fantrime doré tout le rayonnement

Ne vaut (xis un sourire éclos d'un œil aimant !

Heureux qui dans ses bras toutes deux les possède :

A ses félicités tout autre bonheur cède !

Kt malheur a celui (pii, forcé de choisir ,

Doit à l'une des deux restreindre son désir!

Dédale où je me perds! vertige où je m'égare !

De sentiments confus alternative rare !

Lutte, où je sens en moi rivalisi^r d'elforts

Les deux tyrans des cœurs qui domptent les plus fo»"tsî

Amour ! dit le premier. Ix; secon»! re|>ond : gloire !

Entre ces deux cons4Mls , à qui donc faut-il croire?

Et qui l'emportera , dans un douteux moment ,

Le génie ou le cojur ! le pot'te ou l'amant!

I IN hi inoisiKM K %( ri^

Page 1