ACTE V mi
M>PMOf:i.L.
Cl'fsl le ilicu lie iiutrc •• C'ei^t un homme si graïul t\uf \uis un d'entre voii>. . Mémo on hauMant k* front , n'atteint ii ses f;cnou\. Tandis que tous [msso/ , l>alayôs iwir l'histoire , Lui , poète et soldat , il a doubl<^ «ta gloire. 1^1 jwlrie en rornit un tribut ineessant . lx> tribut du p'nit; .ipres celui du san^ ! Et vous os4Tie/ , vous , que la cité renie , Vous qui n'avez pas plus de sung que de i^énie , Sur lo bord du chemin où nous le rencontrons , Faire ii sa renonjrnée un corlém' d'.iffronts !. .. Oh ! s'il est ivirnii vous un seul homme a sa taille ,
( // lire son épre et la jetif a leurs piedn. } Qu'il franchisse d'un |ias ce glaive de bataille . Ce fer qu'à Salamineon a vu resplendir !...
( lu reculent interdits. Vnnience.f Quoi ! pas un jusipie là n'ose plus s'enhardir '.' Va , troupeau d'inseiis«'«s <|ue la «lébauche énerve , Je no puis voir en toi le fXMiple de >liner>e : Chaque fois que U* vice impudent s'étala , Je me suis toujours dit : le |ieuple n'est |xi> l.i ! Arrière : la vengeance arrive . quoique lente. Dans Athènes tantôt j'ai vu sa main sanglante Frap|)er deux frf)nts maudits. J'ai vu de son {«lais La garde du st'»nat arracher rh('*oclès. Au même instant , j'ai vu l.i foule Neoi;rir^«c Sacrifier S4)n fils , amant d'une j>rètresM- Sous les (MHips furieux qui tombaient saiLs |>ardon , J'ai vu couler a Ilots le sang d'Oroniédon.
Tremblez , à votre tour , tremblez que ma colère A votre impiété ne donne son salaire ! Et vous , accordez leur, ô vieillard généreux, Le pardon que Sophocle ose implorer pour eux !
[Pendant les derniers vers que dit Sophocle^ les jeunes gens reculent pas à pas^ et disparaissent de la scène. ) ESCHYLE à Sophocle.
Veuillent les justes dieux , jeune cœur magnanime , Récompenser un jour la vertu qui l'anime. Tes nobles dévoùments m'étaient connus déjà ; Déjà , plus d'une fois , ta main nous protégea. Il est vrai qu'en un jour , à ma gloire funeste , De mes honneurs éteints te m'as ravi le reste. Saignant du coup , reçu devant tant de témoins , Je voulais pardonner , ou le feindre du moins ; Je ferai mieux : je sais qu'intrépide et fidèle Tu fus pour Méganire un amant digne d'elle : L'amant sera l'époux ! — Moi , je suis mon sentier ; A l'exil , dès ce soir , j'appartiens tout entier. Mais , avant d'accomplir ma sombre destinée , Je veux unir vos mains au nœud de l'hyménée. Reçois , dans ce désert où l'amour t'a conduit , Ton bonheur , consacré par mon malheur qui fuit. Déjà le sort , jaloux de toute gloire ancienne , Des lauriers de ma tête a couronné la tienne ; Cette enfant me restait , parure à mes douleurs : Je te la donne aussi. ... ma couronne de fleurs.
( // met la main de Méganire dans celle de Sophocle. )
MÉGANIRE.
M nis , vous ne pariez pas !
ai:tc V los
KM:HTLr..
Oh ! |»iis celle prière !
JejiUf (le ne faire aucun [ms en arrière. ( A Méijanire qui te détache de S^yphocle. ) Enfant , KanJu la main de ton «'*|ioux heureux. Il te protégera; tu le sais généreux.
MM.\MRF.
^un , je n'accepte |Mnnl une faveur si douce.
Quoi, l()rs<]uu lu vieillard , (fu'un dieu funeste |>ousse ,
Partant , comme un proscrit qui s'en irait pieds nus ,
Va chercher do l'exil les dangers inconnus ,
Moi, je {Miurrais ici , riante et satisfaite ,
Dans cette atfreuse nuit voir une nuit de fête !
Dans les hras de l'époux à ma tendresse uni ,
Je |Miurrais oublier les malheurs du banni !
Non , je n'affronte |wis une honte certaine !
Que |jenseraient de moi les familles d'Athene ,
Quand on saurait demain ipie la Ullesans co.'ur
De son père qui fuit épousa le vainqueur I
SOPHOCLi:.
S'il faut qu'en suppliant à vos pieds je me traine , S'il faut que de mes pleurs j'inonde ici l'arène , O vous dont ma prière embrasse les genoux , Laissez-vous attendrir , demeurez avec nous !
KS<:ilYLE.
^'on . jamais.
soi'inxi.K.
I^iis(|u'entin , gr;ke à votre clémence, l'ne «Hiinte union |>our vas enfants commence; Puisque vous acceptez un gendre dans l'ami ,
Ne laissez pas votre œuvre achevée à demi. Restez ; ne faites pas s'unir dans la même heure Le bonheur qui sourit et le malheur qui pleure ; Du miel et du poison ne mêlez pas les flots , Ne foulez pas aux pieds le myrthe à peine éclosî Par les chants immortels, nés de votre pensée. . . .
ESCHYLE
N'invoque pas ma gloire : elle fut efl'acée , Et tu sais par quel nom désormais radieux !
SOPHOCLE
Meure le souvenir d'un triomphe odieux I
ESCHYLE
Que ce souvenir vive ou meure dans l'histoire ,
Il existe éternel au fond de ma mémoire ;
Et puisque tes discours, comme un souffle imprudent ,
Ravivent le tison sous les cendres ardent ,
Apprends que mon courroux n'a point éteint sa flamme !
J'ai lutté , j'ai voulu l'étouffer dans mon âme;
J'ai couvert , un moment , d'un sourire mal feint ,
Cette sourde colère. . . . elle éclate à la fin ,
Elle jaillit sur toi dont le naissant génie
A jeté sur le mien un poids d'ignominie ;
Sur toi , rival heureux , par qui , la honte au cœur ,
Je me vois le rebut de ce peuple moqueur. Maintenant , quand ma gloire est livrée à l'offense , Tu daignes accourir et prendre sa défense ! Mais , sans toi qui vins seul d'abord l'humilier, Aurait-elle aujourd'hui besoin d'un bouclier ? Dans les affronts publics serait-elle abattue , Si tu n'avais brisé l'autel sous la statue ?
ACTK V. 105
8OPU0CLK.
Oh ! pardonnez ...
KM:iiYLF..
Ilélag ! j'ai toute vainement. Un roi dépofisMé peut-il tUrc dénient ? L'inimitié |)ourtanl , toul-à-coup déchainée , Ne rétractera point la p.irole donnée.
Tandis que de l'exil je prenais le chemin , De ma tille , tantôt , je t'ai promis la main : C'est bien : fj;arde avec toi la femme jeune et frêle ; Mon sinistre avenir serait trop noir pour elle. Prends-la , car sa faiblesse a besoin d'un soutien ; Car , enlin, son amour égale au moins le tien. Prends; mais (luand des faveurs je t'olfre la plus douce. Ne crois piis qu'en mon sein la colère s'émousse ; En te livrant ici mon suprême trésor , Encondil.uit tous tes vœux , je te maudis encor.
MIIGA.MRK.
Ciel!
SOPHOCLE
Oh ! je vous suivrai jusqu'à ce que je meure : Je vous suivrai |)artout criant ; grâce!
F.SCIIVLK.
Demeure !
ÏAi pire des malheurs qui m'attendent proscrit Serait qu'un même toit tous les deux nous couvrit ! MM;A.MnK.
Est-c«' un piiiMjiii j>.irle ? ah î m.i r.u>oii > ell.ice.
Toi qui m'aimes , du moins , que laut-il (|ue jr fasse ?
Dans un choix si cruel , SopluMle , inspire-moi.
Partirai-je avec lui ? resterai-je avec toi ?
SOPHOCLE
Ne m'interroge pas.
MÉGANIRE.
Parle.
SOPHOCLE
Je dois me taire.
MÉGANIRE.
Un mot 1
SOPHOCLE
Puis-je le dire ?
MÉGANIRE.
Entendez-vous , mon père ?
Il craindrait que le mot par son amour dicté Ne portât votre fille à quelque lâcheté. Puis-je épouser celui qui n'ose plus lui même Demander un bonheur qu'a brisé l'anathème ?
ESCHYLE
A de plus longs retards je ne puis consentir : Il faut résoudre enfin ce que tu veux.
MÉGANIRE.
Partir !
Je le voulais tantôt résolue et plus forte ; J'ose encor le vouloir , mourante , presque morte. Oui , je pars ; mais sachez , quand je vous tends la main , Que ma force chancelle au début du chemin. Par mes pressentimens je ne suis point trompée.
( La main sur son cœur. ) Je sens , ici , la place où la mort m'a frappée. N'importe , allons....