‹ La fille d'EschyleChapitre 36 sur 36 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

SOI'MW.LK.

Aiïreux est l'abîme où je suis î . . .

mi:c;a.mrk.

Encore un seul inslanl , mon f)ère , f t ju vous suis.

( Kl te se dt'tdclir. île son pire et se retourne vers Sophocle. ) Des adieux éleruels puisque l'heure est venue , Que ta douleur , Sophocle, en ton sein contenue , Se taise , et que ton àmc , à ce dernier instant , Receuille chaciue mot (juc j'exhale en partant. Lii vie insuuri«,'use est fertile en rnensonj;es ; Les discours des heureuxsont vains comme leurs songes ; Mais si le bonheur trompe et si le plaisir ment , La mort, du moins , la mort parle sincèrement. Or , celte vt'-rité solennelle et suprême , Écoute-la , Sophocle , écoute-la ! je t'aime ! Du jour où je te vis cet amour éclata , Immortel comme un feu qu'on dédie à Vesta. Je t'aime ! A. tes genoux voir s'écouler ma vie , Était mon seul esj>oir et mon unique envie. Aux dieux dont m;i prière invo<iuait la bonté , Je ne demandais pas d'autre félicité!

J'en atteste ces dieux , qui , d'une oreille austère , Recueil lent les serments proférés sur la terre ; J'en alte-ite l.i nuit muette et s.ins ll.nnhiMUX , Kt ma mère qui dort , là bas , dans ces tombeaux ! .Mais plus saint est l'amour , et plus il faut que l'âme Sans souillure et sans tache en conserve la llamme -. Plus nous devons garder avec un soin jaloux Ce trésor «pie les dieux dé|>osérent en nous. Voilà p«tiiri{(i(>i i«' |KU> : ta p.'ilc fi.iMt'»-!^ ,

Entre l'exil et toi par le destin placée , Sacrifie un bonheur profané de remords Au sévère devoir qui conduit chez les morts. Adieu ! de ces douleurs abrégeons la torture. Adieu ! sois consolé par ta gloire future. Mais , parmi les splendeurs que te doit l'avenir , A l'amour qui s'en va donne un long souvenir !

( Eschyle et Méganire , suspendue à son hras , gravissent la montagne. ) SOPHOCLE sur le devant de la scène.

La nuit se fait en moi , plus noire , plus profonde Que celle dont le crêpe enveloppe le monde. Adieu, vivant rayon de jeunesse et d'amour , A l'horizon désert disparais sans retour ! Dieux cruels ! voilà donc comment votre ironie Fait tenir en un jour l'ivresse et l'agonie ! Volupté du triomphe au matin , puis , le soir , Déchirement du cœur et morne désespoir !

ESCHYLE sur la montagne.

Pareil au roi thébain que la nuit environne , Je pars , et comme lui j'emmène une Antigone. Mais , plus maudit que lui , je sais qu'avant demain Je m'en irai laissant un cadavre en chemin.

MÉGA.NIRE , du dernier sommet.

A ton oreille encor si ma parole arrive , Reçois dans cet adieu mon âme fugitive , O bien aimé !

SOPHOCLE

Subis , mon cœur , la rude loi 1 Gloire et félicité se dressaient devant moi :

ACTK V. i09

Toutes deux , par la main l'une à l'autre enlacées , Je les voyais venir comme deux fiancées , Et , d'une égale ardeur brûlant de les saisir , J'ignorais (jiie le sort condamnait à choisir. Jo le sais maintenant : dans ma détresse amére , Je vois que mon erreur a choisi la chimère , Et que la gloire , hélas , fantôme suborneur , Sait mal remplir en nous la place du bonheur î

FIN nu CINoriKMF FI HFRMFH ACTF.

Les Directeurs des théâtres de province qui voudront mettre en scène la Fille d'Eschf/le , pourront s'adresser, pour la musique , à M, Augusle Morol.

Nous nous ferions un scrupule de louer en lui un de nos plus chers amis. Nous croyons toutefois devoir reproduire l'opinion formulée par un des organes de la critique parisienne, qui (disons ceci dans une parenthèse reconnaissante) a été aussi bienveillante , aussi généreuse pour la Fille d'Eschyle , (jue le public lui-même, et c'est beaucoup dire !

Voici en quels termes s'exprimait un juge des plus compétents , le lendemain de la première représentation :

m Par sa forme , le poète tendait à se rapprocher du procédé antique. Il n'a point le chœur chantant , comme dans le théiire grec , mais un personnage en remplit l'office , et vi»Mit après chaque acl»' deilamer l'anti -strophe. L'orchestre remplit aussi un rôle important ; un compatriote de M. Aulran , .\ugusle Morel. s'est chargé d'écrire la partition.

• Cette partition -^ butons rompus a toute l'importance d'une œuvre musicale, savante et inspirée. C'est une symphonie véritable. Deux morceaux surtout ont paru de la plus grande beauté. Nous qui connaissons le rare talent d'.Xugusle Morel , nous n'avons point été surpris ; mais bien des gens qui ne savaient point encore tout ce qu'il y a d inspiration cl de science sous sa modestie , se sont étonnés hier que nos scènes lyriques n'aient point appelé •• ilepuis longtemps ;i elles un musicien de cet onlre. •

MARSEILLE, Typographie j. barile,p1. de la République, i.

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