ACTE I. — SCÈNE III
Anna di Bova^ Maria Cora... Et la dernière?
Candia.
Viens, Splèndore. Aide-moi à étendre la couverture. En soie double je te l'ai faite, chère bru. Elle verdoie comme un petit pré de serpolet et de thym où tu es, toi, l'abeille matinale.
Elle entrera avec Splèndore dans la chambre nuptiale.
Ornella.
Tu ne devines pas, Vienda, qui est la der-
nière?
Dans sa corbeille elle a For le plus riche; sous la torche de lin sa tempe est toute grise, comme les plumes que fait la viorne.
Favetta.
Qui c'est? Mais c'est ta vieille mère!
Vienda, emportée par l'élan de son cœur, se lèvera comme pour courir au-devant de sa mère; mais, dans ce mouvement, elle laissera tomber de son tablier le pain rompu. Elle s'arrêtera, frappée de crainte. On entendra, dans la chambre nuptiale, les coups donnés avec la main pour aplanir les matelas.
Ornella, d'une voix étouffée.
Ahî Libéra nos, Domine!... Ramasse, Ramasse et baise. Que mère ne voie pas!
Vienda, comme pétrifiée par la terreur superstitieuse, ne se baissera pas pour ramasser, mais elle considérera avec des yeux effarés les deux morceaux du pain tombés à terre. Aligi, lui, se lèvera et occupera la baie de la porte, comme pour empêcher sa mère de voir.
Favetta.
Ramasse et baise : car l'Ange pleure.
Fais un vœu muet, le plus grand que tu
pourras.
Appelle saint Sixte, si tu vois la mort. On entendra les coups donnés pour aplanir. Sur le vent arriveront, moins éloignés, les cris des moissonneurs.
Ornella.
aint Sixte, saint Sixte,
chasse l'esprit triste
et la maie mort.
Et tout ce qui nuit,
de jour et de nuit,
chasse-le loin d'elle,
chasse-le loin de nous;
arrache et piétine
tous les yeux qui clignent
et jettent le sort.