ACTE IL — SCÈNE I
MlLA.
Tu lui diras : « Bon porte-croix y je t'en prie,
si tu passes par le vallon de San Biagio,
par le fïnage de VAcquanova,
demande où est la maison d'une femme
appelée Candia délia Leonessa,
et fais halte : car tu auras certainement d'elle
un gobelet de vin pour te restaurer, et peutêtre
que tu auras mieux encore. Fais halte et dis-lui : — Ton fils
Aligi te salue ^ et ses sœurs aussi
avec toif et aussi Vienda^ son épouse;
et il te promet quil descendra
pour être par toi rebéni
en paix y avant son départ;
et il t'assure qu'il a été délivré
de tout mal et péril, délivré
de la triste Ennemie ^ finalement,
et que jamais plus il ne sera cause décolère,
que jamais plus, il ne sera cause de larmes
pour sa mère, . pour sa femme, pour ses sœurs... »
Aligi.
Mila, Mila, quel vent t'assaille
l'âme et te la retourne? Un vent subit,
un vent de peur. Et ta voix s'éteint
dans ta bouche et ton sang reflue de ta face... Pourquoi veux-tu que f envoie un message de mensonge à ma mère ?
MlLA.
En vérité^ en vérité je te le dis, mon frère ; vrai comme il est vrai que je n'ai commis
aucune faute avec toi, mais que f ai brûlé devant ta foi comme un cierge et que f ai lui d'amour immaculé en ta présence.
En vérité, en vérité je te le dis, mon frère : va, va, cours sur le chemin et cherche le porte-croix, pour qu'' il donne de
ta part le salut de paix à VAcquanova.
L'heure est venue de partir pour la fille de Jorio. Ainsi soit-il.
Aligi.
Sûrement tu as mangé du miel sauvage
qui te trouble l'esprit! Et oii iras-tu?
MlLA.
J'irai où, Von va par tous les chemins.
Aligi.
Ahl tu viendras donc avec moi, tu viendras
avec moil Très longue est la route. Mais, toi aussi.