‹ La fille de ioroChapitre 42 sur 98 · ACTE IL — SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IL — SCÈNE IL

Je crois que j'ai dormi sept cents ans.

Le lundi, nous nous levâmes tard.

Et ma mère rompit son petit pain

sur la tête de la vierge qui pleura.

Je ne lavais pas touchée encore. Et la parenté

vînt avec les corbeilles du froment.

Mais moi y muet, j'étais là en grande tristesse,

comme si j'avais été dans l'ombre de la mort.

Et voici que soudain entre à la maison,

toute tremblante, cette créature.

Les moissonneurs la poursuivaient,

les chiens ! parce qu'ils voulaient la connaître.

Et elle nous suppliait de la sauver.

Et aucun de nous, Cosma, ne bougeait.

Seule ma plus petite sœur

court et ose fermer la porte.

Et voilà que la porte est heurtée

par ces chiens, avec toutes sortes d'outrages.

Et contre cette créature s'ouvre

une bouche de mensonge avec des paroles de haine.

Et la parenté veut la jeter à la meute.

Et elle, triste, près du foyer,

implore notre pitié, pour qu'ils ne la déchirent pas.

AMais moi, je la saisis et je la traine,

par méchanceté et trahison; et il me semble que je traine

mon cœur du temps où j'étais enfant.

Et elle crie; et moi, sur elle

je lève mon bâton. Et mes sœurs pleurent.

Et voilà que derrière elle, Cosma, de ces

pupilles-ci, je vois l'Ange qui pleure l

Je le vois, ô saint ! L'Ange me regarde

et pleure, et il se. tait. Je tombe à genoux.

Je demande pardon. Et, pour punir cette

mienne main, je prends sur le foyer

un tison ardent. « Non, ne te brûle pas ! »

crie la créature. Et puis elle me dit...

O Cosma, ô saint, avec des eaux de neige

tu t'es baptisé aube par aube;

et toi, vieille, tu connais toutes les herbes

qui guérissent la chair chrétienne,

tu sais la vertu de toutes les racines;

et toi, Malde, avec ta petite fourche

tu peux découvrir oîi sont les trésors

cachés au pied des morts qui sont morts

depuis cent ans, depuis mille ans, n'est-ce pas?

et profonde, profonde est la montagne.

Or je vous demanderai : vous qui sente^

venir les choses de si loin,

cette voix, de quelle profondeur lointaine

est-elle venue et a-t-elle parlé, pour qu'Aligi

l'ait entendue?

Réponde:^ -moi, vous! Cette femme m'a dit : « Et comment paitras-tu ton troupeau, Aligi, si ta rnain est malade? »

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